Renaissance

20 mai

Vous ne me lisez plus beaucoup ces temps-ci, j’en suis navrée (si cela vous manque évidemment) (sinon, bande d’ingrats). Pourtant je continue à écrire, c’est mon moyen de prendre du recul sur les choses qui me touchent. Mais diffuser ces textes ici ?

Je ne comprenais pas pourquoi je n’y arrivais plus, maintenant je crois savoir.

***

Dans ces derniers mois, les débats autour du mariage pour tous ont fait rage. Rage, c’est vraiment le mot. Que l’on ne soit pas d’accord n’est pas un problème, ou ne devrait pas l’être : c’est le principe même de la démocratie, je crois. D’ailleurs, de nombreuses personnes ont su discuter paisiblement de leurs positions respectives, c’était beau à voir ou à lire. D’autres, malheureusement, se sont crispées sur leur vision, ont confondu désaccord et attaques personnelles, et la violence s’est déversée dans les conversations, sur les blogs et sur Twitter.

J’ai lu des gens agressant l’Eglise, bien au-delà de la question du mariage pour tous. J’ai vu ma foi méprisée, moquée, trainée dans la boue. J’ai vu des catholiques lambda traités d’obscurantistes, de fous furieux, de dangers publics. J’ai vu chez certains la haine de l’Eglise, profitant de l’occasion pour s’exprimer, sans vraiment prêter attention aux arguments donnés pour ce débat précis.

J’ai lu la violence de croyants, et elle m’a heurtée bien plus profondément. Le mépris, le jugement, la colère, ne devraient pas avoir de place dans les propos d’enfants de Dieu, ou tout du moins – puisque nous sommes humains et pas meilleurs que les autres – devraient toujours être suivis d’excuses.  Cela n’a pas toujours été le cas.

J’ai enfin vu ma violence, à moi. Oui moi aussi, je me suis parfois crispée et repliée sur ma vision des choses, sur ma vérité, répondant à l’autre sans plus chercher à le comprendre, juste à défendre ma position.

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Vous avez peut-être l’impression que j’exagère, tant d’un côté comme de l’autre. Je ne sais pas, je dis juste que je l’ai ressenti comme ça, et que j’en ai souffert. Je devine des blessures terribles  derrière ces mots parfois si agressifs, et j’ai l’impression après ces quelques mois d’un grand gâchis. Entendons-nous bien : je ne parle pas du débat en lui-même, car beaucoup ont su discuter paisiblement, échanger et réfléchir ensemble. Je parle des ‘dommages collatéraux’.

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L’objet de ce blog est de vous raconter ma vie témoigner d’un regard catho sur l’hosto. En voyant cette violence, j’ai été prise de découragement : à quoi bon partager ma foi, puisque beaucoup ne la voient plus qu’avec le prisme mensonger de ce débat ? Je sais bien, moi, que Dieu est bien plus grand, que ma foi tient de l’Amour et non de règles à suivre… mais vous, saurez-vous le lire ?

Je n’en suis pas fière… Mais j’ai perdu cette espérance durant ces derniers mois.

Jusqu’à ce week-end.

Durant ces deux jours, avec d’autres jeunes, nous sommes sortis dans la rue pour parler de Dieu, pour témoigner de notre foi, de notre joie. J’ai redécouvert la soif d’amour inscrite dans le cœur de chacun, j’ai vu un homme me dire étonné : « Mais ? Mais c’est trop beau pour moi ! », j’ai vu son visage s’ouvrir, ses lèvres sourire, ses yeux pleurer, son cœur brûler.

Alors forcément, ça m’a rendu ma paix, ça m’a redonné la patate. \o/

Du coup, dès que j’aurai passé mes partiels (devoir d’état toussa), et dormi 24h d’affilée, je reviendrai vous écrire. Préparez-vous, ça va swinguer ! :D

La décision du curseur

4 mai

Réveil. Je me lève et je te bouscule, je prépare mon café soluble – je note mentalement de penser à  faire chauffer l’eau avant, la prochaine fois. En retard comme toujours souvent, je retrouve mon interne devant l’hôpital, bonjour bonjour, et nous allons dans le service. Nous enfilons nos blouses, puis écoutons les transmissions des infirmières.

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M. Gentil, 87 ans, ne va pas bien. Hospitalisé pour une infection grave, il accumule les problèmes : dénutrition, anémie, insuffisance rénale, allergie aux antibiotiques, insuffisance cardiaque, hypoxie… Pour l’instant tout est sous contrôle, mais il suffirait d’un rien pour décompenser l’une ou l’autre de ses co-morbidités. En gros, le patient est sur une ligne de crête, avec un cap aigu à passer. Il peut s’en sortir nickel, mais le moindre coup de vent peut lui faire perdre son équilibre… Et il se pourrait bien que sa nouvelle crise de goutte du jour soit ce coup de vent – un mistral perdant, en somme.

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Face à un tel patient, la question que personne n’ose poser clairement est : jusqu’où va-t-on ? Souvent, on en reste aux sous-entendus, aux soupirs, aux silences… Heureusement, mon interne est un chouette type : il décide de prendre le taureau par les cornes, et ça détend tout le monde : l’équipe peut imaginer ce qui risque d’arriver, donner son avis, échanger. Anticiper. Expliquer les soins, mettre tout le monde d’accord dessus.

En effet, s’il ne faut pas s’obstiner déraisonnablement, il ne faut pas non plus abandonner la partie. Il faut juste savoir où placer le curseur, et ce n’est pas vraiment fastoche. Ce n’est pas logique ou rigoureux, ce n’est pas dans les livres, ce n’est pas un protocole à suivre.

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Prenons le cas de la dénutrition. Elle grève sévèrement le pronostic, et son amélioration peut vraiment permettre à M. Gentil de passer ce foutu cap. Nous avons toute une gamme de moyens, plus ou moins invasifs, pour lutter efficacement et rapidement contre. Nous avons commencé par les compléments alimentaires, ça ne suffit visiblement pas. Il faut maintenant envisager l’étape 2 : la sonde naso-gastrique. Médicalement, ça va clairement l’aider à faire face à cet épisode aigu. Ce n’est pas douloureux une fois en place. La nutritionniste est partante. Le risque iatrogène est limité, et financièrement c’est peanuts. De notre point de vue, la sonde vaut largement le coup.

Mais pour M. Gentil ? Est-ce que c’est déjà trop ? Est-ce que ça a du sens d’aller coller un tuyau à un vieux monsieur de 87 ans tout plein de maladies qui de toute façon finiront par gagner ? Est-ce que le bénéfice est suffisant ?

Pour en parler, nous passons une heure avec lui, puis une heure avec sa famille. Nous abordons entre autres ce problème précis, en expliquant les intérêts de la sonde, en écoutant les réticences du patient. Finalement, nous convenons de la poser puis de réévaluer son intérêt dans une semaine.

Nous décidons tout simplement, ensemble, de l’emplacement du curseur pour chaque problème.

On se met aussi d’accord pour marquer NTBR dans son dossier, en gros, en rouge et en souligné : Not To Be Reanimated.

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A la fin de la journée, la prise en charge est claire. L’équipe, le patient et la famille sont d’accord avec ce qui est décidé, chacun a pu formuler ses questions et ses opinions : une vraie décision collégiale, comme dans les livres. Je bénis mon interne qui a si bien géré la situation.

Avant de partir, en retirant nos blouses, nous nous demandons : sérieusement, qui sommes-nous pour participer à des décisions pareilles ? Nous avons 23 et 27 ans, le chef qui a juste validé la décision en a 32.  Nous ne sommes ni philosophes ni penseurs, nous ne savons pas, la blouse ne nous rend pas meilleurs ou plus sages que les autres.

Mais peut-être qu’elle nous permet d’y croire un peu, pour nous rendre capables d’affronter ça ?

Être catho, le dimanche à la messe et la semaine à l’hosto

10 fév

Récemment, j’ai eu l’occasion de discuter avec des personnes très différentes, dans des occasions tout aussi variées, d’un même sujet de conversation : la place de la foi dans ma vie professionnelle. Et puis, à la messe ce matin, on m’a dit que c’était le Dimanche de la Santé, on a prié pour les malades et leurs soignants. Alors ça a fait tilt dans ma tête : que veut dire être « une catho à l’hosto » ? C’est plus ou moins facile d’en faire un blog, encore faut-il vivre le truc. Réfléchir deux trois minutes, voire plus si affinités. J’en avais déjà parlé , mais je sens que ça va être un thème récurrent par ici. 

croix rouge blog

Quand je suis à l’hosto, je suis catho. Pleinement. Je ne laisse pas Dieu à la porte, je passe la journée avec Lui. (Tout du moins j’essaie… Disons, des instants de journée). Il serait décevant de Lui donner ma vie, « sauf les heures où je travaille, parce que Tu comprends, là ce n’est pas possible, Tu n’es pas assez neutre et politiquement correct. Reste là, assis pas bougé, je Te récupère à 18h30 ». On nous répète avec raison qu’il faut soigner le malade et non la maladie, que le patient n’est pas qu’un corps… et l’on voudrait que le médecin ne soit qu’intelligence ? Je suis une jeune minette catholique, externe, légèrement névrosée mais gentille quand même, et il me faut tenir toutes ces dimensions ensemble, sans compartimenter ma vie. Certains appellent ça l’unité de vie, et il parait que c’est pas mal.

Bon, premier point, je reste croyante à l’hôpital. OK. Concrètement, ça veut dire quoi ?

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Eh bien, il y a une personne avec qui je ne respecte pas le secret médical… Dieu. Je Lui confie mes patients, en Lui donnant les noms et tout. Ma prière est invisible, et pourtant c’est elle qui change tout. La prière, c’est un élancement du cœur devant un certificat de décès. Une dizaine de mots silencieux pour accompagner un bon d’examen diagnostique. Une famille portée dans ma prière du soir. Un sourire de remerciement pour une guérison. 10 secondes d’intériorité pour recevoir la force de rester aimable… Oh ! Je suis bien loin d’une vie imprégnée par la prière, et souvent j’oublie de parler à Dieu plusieurs heures durant ; mais Lui est là, et m’accompagne tout au long du jour.

(Et même, ça n’a rien à voir mais tant pis, souvent je prie dans la rue, même si c’est interdit. Mais je le fais en silence alors ça va).

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Certains me disent que cela joue sur ma manière de soigner… J’espère bien ! J’espère et je prie pour que mon cœur de croyante transpire dans ma manière d’être, d’interagir, de regarder le monde (si tant est que des cardiomyocytes puissent transpirer, mais bref).  Pas pour faire du prosélytisme, pas pour répandre les idées sombres, obtuses et dangereuses qu’en bonne catholique rétrograde je véhicule, pas pour juger les gens à l’échelle de mes « valeurs ». D’abord je déteste le mot « valeurs ». Je ne crois pas en des valeurs, je crois en Dieu.

Non. Si mon cardiomyocyte se doit de transpirer, c’est pour aimer. Parce que ce Dieu en qui je crois, Il nous l’a dit : « Aimez-vous les uns les autres ». Alors pour vivre ma foi, il me faut aimer mes chefs, mes patients et leurs familles, la secrétaire, la dame de la cantine et le manip radio. Et tous les autres. Leur vouloir du bien, et voir en eux le bien. Et ben, punaise, souvent c’est difficile. Un sourire, un service rendu, un cours bossé, une oreille silencieuse, une parole de vérité, une bienveillance… De l’amour, quoi, je vais pas vous faire un cours là-dessus. Pour un exemple, j’ai un pote haut placé dans sa boite, il a appris le prénom de tous les employés, et il fait le tour des services chaque semaine. Par amour. Je sais pas vous, mais moi, ça m’épate.

Attention, hein. L’hôpital ne devient pas cuicui les ptits oiseaux, bienvenue à bisounoursland. Mes chefs restent mes chefs, les patients continuent de s’aigrir et leurs familles persistent à nous compliquer la tâche.  M’en fiche, moi j’essaie d’aimer gratuitement, sans retour sur investissement. Et puis, attention, hein (again): je ne prétends pas y arriver, je me donne pas en exemple, je vous parle de mon idéal de vie auquel j’aspire et dont je suis loin.

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Pour cet idéal, il y a des choses que je ne veux pas faire. Je ne veux pas pratiquer ou assister à un avortement, qu’il s’agisse d’une interruption volontaire ou médicale de grossesse. Par amour pour cette vie qu’on élimine. Et par amour pour ces parents, ne pas les juger eux, mais compatir à leur souffrance. Et tout faire pour diminuer le nombre d’avortements.

Et même si une loi venait à passer, je ne pratiquerai pas non plus d’euthanasie. Soulager la douleur, trouver de nouveaux médocs, écouter la souffrance. Mais jamais, JAMAIS, se dire que la vie de l’autre ne mérite plus d’être vécue.

Bien sûr, parfois c’est difficile de ne pas juger. C’est compliqué de trouver la juste distance, de prendre du recul sur mon histoire personnelle, de faire murir mes idées. Mais ce n’est pas propre aux externes cathos, c’est le lot de chaque externe. C’est ça aussi, apprendre à être médecin. Tous, nous devons apprendre à être en relation avec des patients, des collègues, des chefs.

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Et puis enfin, je porte une croix autour du cou. Et je n’ai pas honte de dire ma Foi, d’en parler à mes collègues, de témoigner de la joie qui m’habite. Ce n’est pas tabou, ce n’est pas une chose honteuse qui se cache. Croyants ou non, nous sommes tous habités par une soif de spiritualité, de transcendance, et de belles conversations peuvent surgir !

Je vous promets, ça ne changera pas mes ordonnances de Paracétamol.

 

 

31 jan

Bonjour à tous et à chacun !

Désolée pour cette interruption temporaire de blog, j’ai dû faire face à un ennemi antique qui revient hanter le monde régulièrement… J’ai nommé le Partiel. Tremble, petit étudiant. La bataille fut rude et épique, vous pouvez me croire ; même que je raconterai ça à mes petits-enfants, tiens.

En vrai, mes jupes ne sont pas si courtes.

En vrai, mes jupes ne sont pas si courtes.

Bref, je vous écris un article normalement bientôt, j’ai le clavier qui démange et des idées plein la tête ! D’ici-là, vous pouvez me lire dans un autre contexte, ici. Chouette expérience d’écrire sur un sujet donné, et surtout avec une deadline que j’ai respecté, OUI MONSIEUR ! 

A très vite la compagnie, portez-vous bien !

Ps: si l’un de vous ose imaginer que j’ai calé une grande image pour tromper sur la taille réelle de cet article, je crie à la calomnie. Et je sais crier très fort, alors ne vous risquez pas…

L’inconnue venue d’Afrique

8 jan

Elle est venue aux urgences, amenée par les pompiers ; quelqu’un les a appelés en l’ayant vue s’effondrer dans la rue. Elle est noire, très belle, environ 27 ans.  Elle ne parle ni français, ni anglais, ni espagnol, ni allemand, ni arabe. Elle semble très inquiète, elle répète en boucle une phrase mais personne ne la comprend.

L’examen clinique est plus ou moins normal, mis à part une dénutrition et quelques ganglions inguinaux. C’est alors qu’elle relève sa jupe, et l’interne des urgences générales se retrouve face à une lésion très moche et surtout très génitale. Soyons pragmatiques : situation pourrie, urgences blindées… Transfert aux urgences gynéco.

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Là-bas, même constat. On lui fait une prise de sang, tout plein de sérologies, de nouvelles tentatives de communication (surprise : la patiente ne parle ni russe, ni mandarin!), une nouvelle tête se penche sur son entre-deux-jambes ; après « lésion génitale », est posé le diagnostic d’ « ulcération de la grande lèvre gauche »… Transfert en gynécologie.

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C’est là que nos chemins se sont croisés.

Ma chef me parle d’elle : « bon, ta mission c’est de savoir d’où elle vient, pourquoi elle pleure, quelle langue elle parle, depuis quand elle a ce truc, bref de faire un peu le point quoi… ». Bien sûr, laisse-moi deux secondes pour retrouver ma baguette magique, et j’arrive.

On parle quelle langue en Afrique bordel ? Français, anglais, arabe… Portugais aussi, non ? Ça tombe bien, une externe dans le coin a vécu au Brésil, quand elle était petite. Elle se rappelle vaguement de la chose, alors ni une ni deux, nous allons voir cette mystérieuse inconnue. A l’entrée de la chambre, on enfile une surblouse, un masque, des gants… Les résultats des bilans ne sont pas encore arrivés, alors les infirmières ont bricolé un isolement au petit bonheur la chance. Bingo, elle comprend le portugais ! La suite de l’entretien s’avère ubuesque, entre ma co-externe bredouillant des questions, moi cherchant des mots sur mon smartphone, et la patiente nous dévidant son histoire glauque à souhait. Elle a fui son pays et son mari violent grâce à un « généreux donateur ». Elle est arrivée en France il y a quelques mois, avec son petit garçon, et depuis elle se prostitue et vit dans un squat. Et puis sa lésion, c’est là depuis plusieurs semaines. Nous jetons juste un œil, c’est sans doute un cas d’école mais aucune de nous deux n’a envie de s’y attarder. La patiente rajoute qu’elle a la tuberculose, et qu’elle est séropositive au VIH.

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Attendez, je reprends mes notes… Comment ça, un petit garçon ? 7 ans ? Et il est où, là ?

Ben justement, elle ne sait pas trop, c’est ce qu’elle essaye de dire depuis 48h. Si ça se trouve, il est tout seul dans la rue. Mais sinon, il est là, dit-elle en me tendant un bout de papier avec un numéro de téléphone.

Nous sortons de la chambre un peu sonnées, un fou rire nerveux se prépare. Bon, qu’est ce qu’on fait, maintenant ? D’abord, l’assistante sociale. Celle dédiée à ce service n’est pas là aujourd’hui, les autres sont surchargées, rappelez lundi. (Oui, parce que ÉVIDEMMENT, tout ça se passe un vendredi. Sinon, ce n’était pas drôle).  Attendez, on parle d’un gamin de 7 ans potentiellement à la rue, tout seul, qui ne parle pas un mot de français, là ! Houhou, y’a quelqu’un ? Moi ? Juste moi ?

D’accord. Pas le choix, j’appelle ce numéro. Je ne sais absolument pas ce que je vais trouver au bout, j’espère juste que ce bout saura parler français et m’indiquera où est le gamin. J’inspire un grand coup, et zou galinette. « Allo ? Oui ? Oui, euh, bonjour madame, euh voilà, je suis externe à l’hôpital, et euh, une patiente m’a donné votre numéro, et euh, vous êtes qui ? ». Toi aussi, essaie de ne pas trahir le secret médical dans des conditions pareilles.

Gros coup de bol, la dame a l’air de comprendre très vite, et d’ailleurs s’énerve parce qu’elle garde le petit, d’accord, mais c’est convenu que ce n’est pas gratuit et la mère a maintenant une semaine de retard, et puis en plus il est VIH +,  et ça elle ne savait pas au départ. Alors bien sûr elle a l’habitude, mais quand même c’est mieux de prévenir, comme ça elle met l’enfant avec les autres VIH+. Et puis ma patiente a intérêt à reprendre le boulot rapidement, sinon c’est son mari qui n’allait pas être content.

Scotchée, je comprends que je parle à la mère maquerelle du quartier. Évidemment, le fou-rire nerveux explose quand je raccroche voire un peu avant.

***

Mais l’urgence, c’est de rassurer la patiente : son enfant va bien, il est en sécurité chez, euh, une dame. Ouais, en sécurité à court terme, quoi. Puis, compléter le dossier, histoire de garder une trace de toutes ces nouvelles. Ensuite, aller voir ma chef, un peu fiérote de mon enquête, pour lui balancer toute cette misère.

Je vous le donne en mille… Transfert en Maladies Infectieuses.

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Je ne sais pas ce qu’il s’est passé ensuite, pour elle, pour son fils… Cette patiente restera un mystère jusqu’au bout. En tout cas, c’est sans doute celle pour laquelle j’ai fait le moins de grande-médecine-comme-dans-les-livres-pour-préparer-l’internat. J’ai adoré, en dépit de tout.

2013, année de la…

5 jan

Je dois vous l’avouer, je ne suis pas une grande fan de ces « bonne année, bonne santé ! », rabâchés et automatisés, en libre service jusque la fin du mois de février. A force de les répéter, ces mots ne veulent plus rien dire – en supposant que se souhaiter une bonne santé ait du sens à la base. Passons.

Mais j’essaie de soigner mon côté blasé, alors voici des vœux pour vous, chers lecteurs. Après tout, vous le valez bien. Je décide.

Bonne année !

(Ohé, ça va, je me chauffe, repassez plus tard pour l’originalité).

 ***

2013, année de la… braise, bien sûr !

Telle une braise, réchauffer le monde.

Telle une braise, ne pas craindre la cendre.

Telle une braise, attendre un Souffle pour que jaillisse le feu.

 ***

Une année pleine de bonnes résolutions et d’intériorité, pour chaque jour devenir un peu plus ce que nous sommes. Croyant ou pas, un chemin s’ouvre devant chacun : l’amour ! S’aimer soi-même, aimer l’autre, que ce soit la gentille voisine, le clodo des urgences, la boulangère aimable ou le patient contestataire. Tous.

Par l’amour, nous pouvons changer le monde !

***

Et je laisse la parole à Jésus (et à Mère Teresa qui a écrit ce texte) :

Voici que je me tiens à la porte et que je frappe. C’est vrai ! Je me tiens à la porte de ton coeur, jour et nuit. Même quand tu ne m’écoutes pas, même quand tu doutes que ce puisse être Moi, c’est Moi qui suis là. J’attends le moindre petit signe de réponse de ta part, le plus léger murmure d’invitation, qui me permettra d’entrer chez toi.

Je veux que tu saches que chaque fois que tu m’inviteras, je vais réellement venir. Je serai toujours là, sans faute. Silencieux et invisible, je viens, mais avec l’infini pouvoir de mon amour. Je viens avec ma miséricorde, avec mon désir de te pardonner, de te guérir, avec tout l’amour que j’ai pour toi ; un amour au-delà de toute compréhension, un amour où chaque battement du coeur est celui que j’ai reçu du Père même.

Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés.

Je viens, assoiffé de te consoler, de te donner ma force, de te relever, de t’unir à moi, dans toutes mes blessures. Je vais t’apporter ma lumière. Je viens écarter les ténèbres et les doutes de ton coeur. Je viens avec mon pouvoir capable de te porter toi-même et de porter tous tes fardeaux. Je viens avec ma grâce pour toucher ton coeur et transformer ta vie. Je viens avec ma paix, qui va apporter le calme et la sérénité à ton âme.

Je connais tout de toi. Même les cheveux de ta tête, je les ai tous comptés. Rien de ta vie est sans importance à mes yeux. Je connais chacun de tes problèmes, de tes besoins, des tes soucis. Oui, je connais tous tes péchés, mais je te le redis une fois encore : Je t’aime, non pas pour ce que tu as fait, non pas pour ce que tu n’as pas fait.

Je t’aime pour toi même, pour la beauté et la dignité que mon Père t’a données en te créant à son image et à sa ressemblance.

C’est une dignité que tu as peut-être souvent oubliée, une beauté que tu as souvent ternie par le péché, mais je t’aime tel que tu es.

You can do it !

12 déc

L’avantage d’avoir un blog, c’est d’avoir le « tableau de bord » qui va avec. Ce truc me donne plein d’infos sur vous, de votre pays à votre adresse IP, en passant par le nombre d’articles lus. D’ailleurs, cher lecteur du Vatican, je t’embrasse ! (Avec un peu de chance c’est un beau garde-suisse; au pire c’est le pape, ça le fait aussi).

Je vois aussi les requêtes que vous avez tapées dans Google, un vrai recueil de perles ; peut-être que j’en ferai un jour une belle liste avec des commentaires rigolos. C’est un peu la tradition, nan ? Ceci dit,  je connais pas bien la Tradition. Private joke.

Cependant en ce moment, c’est plutôt triste: le concours P1 alias PACES se rapproche, et y’en a plusieurs qui craquent sévèrement : "concours pleurer ventre". "p1 en détresse demande soutien émotionnel de toute urgence :’( ". "Après le concours je m’épile et ce sera biennnnnnnnnnnnn". Et ma préférée: "Une p1 qui s’épile est une carré qui s’ignore".  Y’a même une personne qui a tapé: "Dopamine aide-moi j’en peux plus de la p1 c’est horrible!". (Qui que tu sois, je t’aime, et courage. Et j’en avais fait un tweet, et je pense que c’est donc toi qui réponds, toujours dans Google: "merci beaucoup dopamine je viens de voir ton tweet :) " ). Enfin, un comm laissé ce matin m’informe que le concours commence demain pour certains… Alors voilà, juste un article en forme d’encouragement.

***

Ne fais pas comme moi.

- Ne dors pas 3h par nuit en prenant des Guronsans à 22h, ça t’évitera de t’endormir en épreuve d’embryologie.

- N’oublie pas ta carte d’identité, ça rajoute du stress pour rien. Sérieux.

- Ne décale pas les cases dans ton QCM d’histologie. Pareil, gros stress inutile.

- Ne lis pas l’horoscope du jour, ça peut te pourrir le moral. Jour 1 : « ne vous retenez pas de pleurer, ça fait du bien ! » Jour 2 : « vous avez une mémoire de poisson rouge aujourd’hui ». Jour 3 : « de nouvelles perspectives professionnelles pourraient s’ouvrir prochainement ». CIMER.

- Ne cherche pas à consoler ta voisine de foyer. Un, ça te prendra 3 heures, temps ô combien précieux la veille de l’épreuve d’anatomie. Deux, elle est de toute façon inconsolable, elle a rendu copie blanche en Sciences Humaines et Sociales (SHS) alors qu’elle carre. (A., si tu me lis, bisous).

- Lis bien toutes les questions en épreuve de statistiques. Si le test truc doit être utilisé à la question 6, ce n’était a priori pas lui à la question 2. Sachant cela, tu éviteras de tout recommencer 10 minutes avant la fin de l’épreuve, rendant ensuite une copie à moitié raturée, à moitié illisible, avec des flèches et des astérisques renvoyant deux pages plus loin…  Je ne sais même pas comment le prof a accepté de corriger ce torchon.

- N’écoute pas les commentaires des autres à la sortie. Parce que le mec qui m’a fichu le stress de ma vie à me parler de trucs qui avaient l’air super brillants mais qui n’étaient pas dans ma copie, et ben il a pas eu le concours, lui. Pouet pouet. (Pardon, je régresse, mais il m’avait vraiment fait peur, ce con).

 ***

Ne fais pas comme d’autres.

- Ne rends pas copie blanche en SHS alors que tu carres. Un, tu sais forcément des trucs, ne te laisse pas avoir par le stress. Deux, tu vas pourrir la soirée de ta voisine de foyer la veille de l‘épreuve d’anatomie, et 6 ans plus tard elle en tremblera encore. (A., si tu me lis, sache que tu me dois une bière. Oui, 5 ans après).

- Ne prends pas 3 Guronsans ET 4 cafés, tu finiras aux urgences.

- Mets plusieurs réveils, demande aux gens de t’appeler, reste groupé avec qui tu veux : c’est trop stupide de rater une épreuve. Anecdote : une fille de ma fac s’est levée 10 minutes avant la fermeture des portes, elle est arrivée en pyjama et baskets, un stylo à la main. La classe.

- Si possible, ne va pas vomir de stress dans les toilettes avant l’épreuve. Oh! Personne ne se fichera de toi (les plus prévoyants l’ont fait chez eux). En revanche, tu risques de tomber dans les pommes, et là c’est nettement plus humiliant quand on te retrouve, évanoui couvert de vomi.

- N’éclate pas en fou-rire nerveux au milieu de l’épreuve de droit de la santé, en découvrant la question : « qu’est-ce que le droit de la santé ? (300 mots) ».  

- Ne fonds pas en larmes non plus, ceci dit. C’est hyper déconcentrant pour les voisins.

 ***

En revanche, tu as le droit de faire comme moi à la sortie : assiste à une magnifique veillée de prière. Va boire 2L de vin chaud au marché de Noël avec tes potes, et oublie toutes ces bêtises.

  ***

Bref, dis-toi bien que rien n’est jamais perdu. Regarde ce que j’ai fait ou ce qu’ont fait les autres… Nous l’avons TOUS eu. Même A. et sa copie blanche. Même l’affreux stresseur (bon, il a carré, certes). Même la fille aux urgences, elle est revenue à temps. Même le mec évanoui dans les toilettes. Même la minette en pyjama, qui a objectivement la palme de la grande classe carabine.

Alors, bon courage, et surtout bonne chance, c’est surtout de ça dont il est question après tout ce travail… Que l’Esprit de force, de sagesse et d’intelligence  soit avec toi !

(Et moi je vais bosser. En vrai, c’est encore pire, après. Bisous).

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