Tag Archives: hôpital de campagne

Profil type: missionnaire

12 Jan

Je suis une chanceuse.

En garde, je dors 3h quand les autres ne font que fermer les yeux. Je soigne des constipations quand les autres affrontent des chocs septiques. Je n’ai jamais été tirée au sort pour une garde impromptue.

Je suis ce qu’on appelle un chat blanc.

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Moi, pépouze, en garde.

La plus grande chance de toute ma vie, ce fut ma conversion, ce jour où ma foi culturelle est devenue personnelle.

D’abord, découvrir que le bon Dieu existe pour de vrai, que c’est une vraie personne, qu’Il m’aime, qu’Il est joie et que je peux être en relation intime avec Lui… C’est en soi un bon cadeau, LE cadeau ultime.

Cerise sur le gâteau, ma conversion a eu lieu lors d’une veillée animée par un mouvement d’évangélisation, dont on ne citera pas le nom, coucou les amis (chut, pseudonymat, tout ça). 24h après cette rencontre, j’étais dans la rue à témoigner de l’Amour de Dieu auprès de parfaits inconnus. Il n’y a eu aucun effort de ma part, j’étais déjà dedans…. Du coup je n’ai pas eu à basculer, je n’ai pas eu cette difficulté que je ne comprends donc pas bien.

Si je vous raconte tout ça, c’est pour atténuer un peu la suite de cet article.

***

Parce que zut à la fin.

On a un pape qui nous veut missionnaire,

On a des vieux évêques qui font des efforts pour se sortir les doigts de leur confort,

On a des curés qui trouvent du temps dans leur agenda pour organiser des missions de paroisses et motiver les troupes,

Et puis derrière…  On a des gens occupés à regarder quel profil de catholique ils sont dans l’Église.

***

Bon ok c’était facile, et en vrai c’est drôle, et moi je suis conciliaire – et même pas inspirée, l’hallu est totale – et voilà, quoi.

Je sais bien que ce n’est qu’un test, que ça ne veut pas dire grand-chose – encore une fois, je ne suis pas dans les inspirés (j’envisage de porter plainte). Et ces catégories sont intéressantes, et je note d’ailleurs qu’il n’y a pas de profil missionnaire : tous les profils sont appelés à être des missionnaires. Même toi, là au fond, qui te cache en disant que toi mais non mais pas du tout. Missionnaire comme les autres, ET PUIS C’EST TOUT.

Si ce truc a réussi à me sortir de ma torpeur, après ce qu’il est convenu d’appeler un long interlude – surpriiiise je ne suis pas morte en fait – c’est que ça illustre un vrai sujet : est-ce que nous regardons dans l’Église, ou est-ce que nous regardons vers le monde ?

Parce que j’ai un scoop : le monde se fiche de la forme ordinaire ou extraordinaire, le monde se fiche de savoir s’il faut joindre les mains ou dévisser des ampoules, le monde se fiche de savoir qui va remplacer 23, le monde se fiche de la bonne traduction du Notre-Père et le monde se fiche du sexe des anges.

Ça ne veut pas dire que ces questions sont inintéressantes, évidemment. Et d’ailleurs, le monde lui-même ne s’en fiche pas totalement. Ça veut dire qu’elles ne peuvent pas être notre première préoccupation. Je ne sais pas, baladez-vous dans la rue, écoutez vos potes qui ne connaissent pas Dieu, regardez la misère de nos rues, de nos villes et de nos campagnes, de nos rivières, de nos montagnes, de la vie man, du monde animal, crie le bien fort use tes cordes vocales…

Le monde meurt de soif de connaître l’Amour de Dieu. Et nous qui connaissons la source, nous passons notre vie à discuter de la forme de nos cruches respectives – c’est nous les cruches.

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Dimanche dernier, file de communiants.

Je dis évangélisation, on me dit oui mais pas dans la rue.

Je dis mission partout, dans la rue – au boulot – avec ses amis – en famille, on me dit oui mais il ne faut pas l’imposer.

Je dis proposer, on me dit oui mais en fait non, répondre. Avec cette fameuse phrase de Claudel : « Ne parle du Christ que si on te le demande, mais vis de telle manière qu’on te le demande. »

C’est beau, il faut vivre cette cohérence. Avoir une vie tellement donnée qu’elle est un témoignage en soi. Charles de Foucauld invitait à être un évangile sur pattes (à peu près). Ça s’appelle la sainteté, et on y est tous appelés.

Mais si tu te planques derrière ta sainteté à venir pour ne pas témoigner aujourd’hui, tu risques de ne jamais être saint.

Quand je parle des merveilles de Dieu, je prends de plus en plus conscience de combien je suis petite et faible et ohlala tu n’as pas idée.  Ce n’est pas moi que j’annonce, c’est Lui. L’évangélisation me permet de mieux accueillir le Saint-Esprit, de m’émerveiller toujours plus devant Lui, de L’aimer plus fort. Bref. Le témoignage est un chemin de sanctification. Jésus Lui-même a envoyé ses disciples en mission DE SON VIVANT, deux par deux. Il y avait Jésus sur terre, imagine l’arnaque totale de devoir annoncer pauvrement un type vivant à 5km, qui pourrait le faire mille fois mieux… mais non, le fameux type a choisi de t’envoyer toi. Pierre a annoncé le Royaume de Dieu, avant de douter et de couler, avant de s’entendre dire « passe derrière moi, Satan », avant de renier 3 fois… avant d’être saint.

Si tu te planques derrière le fait que l’autre ne t’a rien demandé, que fais-tu de ton frère ?

Pour prendre soin d’un homme fracassé, le bon Samaritain n’a pas attendu d’entendre s’il te plaît. Parler de l’amour de Dieu à un homme est l’acte humanitaire par excellence. C’est le plus beau cadeau qu’on puisse faire à quelqu’un (casse-dédi mon ami).

En plus, cette logique marche quand chacun connaît au moins un catholique. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. On fait quoi pour tous ceux qui n’ont aucun croyant dans leur entourage ? On attend qu’ils nous voient dans la rue, tellement lumineux de Dieu qu’ils nous arrêtent et nous demandent notre secret ? Well, préviens-moi quand ça arrivera.

***

Tu as peur ? Moi aussi, de plus en plus.

Ce ne te plaît pas ? Moi non plus, toujours pas. Sauf après, quand mon cœur déborde de joie devant les œuvres de Dieu.

Tu préfères témoigner auprès de tes collègues ? C’est génial, fonce !

Ta foi est privée ? Le Salut est public. De toutes les nations…

***

Je suis une conciliaire, il paraît que ma vision de l’Église est un hôpital de campagne. C’est vrai. Je dirais même les urgences d’un hôpital de campagne.

Et cette fois, je ne veux pas être de ceux qui dorment sereinement lorsque les autres sont au feu.

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