Mme C., le gentil médecin et la communion des saints. Et l’aspirateur, aussi.

17 Jan

Ça fait longtemps que je n’ai rien écrit, c’est un fait. Euh… niveau phrase d’accroche, je ne suis pas sûre d’envoyer du rêve. Bon, c’est pas grave, après tout, j’ai envie de dire que voilà, quoi.

Définitivement, je tiens mon accroche.

J’ai rien écrit parce que je ne savais pas trop quel sujet aborder. Et puis en fait, j’en ai conclu que si je voulais faire un article sur l’aspirateur idéal pour l’appart’ étudiant, je pouvais (j’le ferai pas, je vous rassure). Le monde ne m’appartient pas (pas encore, mais vous verrez un jour, et ce sera quelque chose), mais ce blog, si.

Aujourd’hui, je vais donc vous parler de Madame C., que j’ai vue en consultation de médecine générale. Le médecin que je suivais est vraiment chouette, en plus il est catho. Bon, certes, il ne croit pas vraiment, mais il tient le bon bout. Ou alors il en est pas trop loin, du bout. Le bout de quoi d’ailleurs ? Pétard, un jour, je ferai un billet sur les expressions loufoques.

Bref. Il me raconte un peu sa vie à elle (Mme C.). Elle vient d’une famille de glandus finis, y’en a pas un qui bosse. À 20 ans, elle revendiquait l’envie de faire des gosses à suffisamment d’hommes différents pour que les pensions alimentaires lui permettent de vivre. Aujourd’hui, elle a 43 ans, elle habite une petite maison poisseuse avec une basse-cour aux conditions hygiéniques douteuses. Et pour ceux que ça intéresse, 3 maris lui ont suffi, à raison d’un enfant par mari, sauf le dernier avec qui elle s’est un peu loupée, faut dire, pas de bol, c’était des jumeaux. Donc 4 enfants, bande de ptits malins. Qu’elle n’a jamais aimé, qu’elle n’a jamais détesté. Ils étaient là, quoi.

Et sinon, elle fume, elle boit, elle ne fait pas grand-chose d’autre. Ah si, bien sûr, elle joue au tiercé. La preuve par A+B que les clichés ne sortent pas de n’importe où.

En gros, à ce niveau-là de l’histoire, je n’ai pas beaucoup de sympathie pour Mme C.

Mais voilà t’y pas qu’elle vient voir son médecin, lui-même étant  accompagné ce jour-là, d’une jeune,  brillante  et pétillante stagiaire. Oh, chuuuuuuut, j’en rougis.

Bref. Alors déjà, Mme C. arrive avec son fils, pour deux consultations différentes, sur un RDV donné. Je ne l’aime pas beaucoup plus que deux lignes au-dessus, donc.

Elle est diabétique, type I. Elle a fait sa prise de sang, et « vraiment docteur c’est hors de question que j’en fasse une tous les mois, docteur, faut pas pousser moi ça me fait mal, et en plus on parle du trou de la sécu mais alors comment ça se fait qu’elle me paye une prise de sang par mois docteur ? »

C’est ça, ma vieille, fait passer ta peur des piqûres pour une tentative citoyenne. Que j’lui réponds de suite. À l’intérieur de ma tête, je vous rassure. (Brillante, la stagiaire, hein ?)

Le médecin lui renouvelle son ordonnance, puis on peut passer à son fils qui « a tombé »  et s’est cassé l’ulna. Oh la feinte, normalement j’ai largué tout mon lectorat un-médical (et le dictionnaire de Word aussi). Bon allez, vous vous coucherez moins bêtes ce soir, l’ulna, c’est le cubitus. Ça sert à çà, les 10 ans d’études en vrai.

Je me disperse, excusez-moi.

Fin de la consultation du fils, la mère repart à la bataille. Elle veut qu’on lui explique son diabète. Le médecin fait une phrase avec pancréas, sucre, glycémie, insuline, malade, compliqué, compliqué, compliqué. Le fils croit comprendre, et donne avec les même mots une version disons… édulcorée. Très très un-médical, voire complètement fausse. Qu’elle ne comprend pas non plus. Le médecin est un peu lassé je crois, donc approuve le fils et ignore l’incompréhension plus que lisible dans les yeux de Mme C.

Et là, c’est le drame.

Oui ce billet manquait un peu de suspense.

Voilà-t’y pas que ma fibre empathique se réveille. Cette dame ne comprend pas sa maladie, ni le pourquoi de ses douloureuses prises de sang, ni les risques, ni pourquoi sa vie n’est pas si douce que cela. Je trouve ça quand même un peu dur, comme d’être prisonnier d’une cage sans barreau.

Et si on est lucide, on ne peut pas lui expliquer, parce que la salle d’attente est pleine, que la fatigue est là, que son Q.I. ne vole pas bien haut, qu’elle n’incite pas beaucoup à la patience ou bienveillance. Parce qu’on est humains, voilà tout. Que la gentillesse ça va bien mais c’est pas possible tout le temps ma bonne dame.

Alors le médecin lui a dit au revoir, bonne journée. Et moi, avec ma fibre empathique qui clignotait à qui mieux-mieux, j’ai eu le sentiment d’un abandon. C’est vrai quoi, s’il se fut agi d’une petite dame charmante prête à  refiler sa confiture maison, je ne suis pas sûre qu’il ne lui aurait pas expliqué un peu plus. En tout cas, il l’aurait rassurée, avec sa voix de gentil médecin.

Du coup, Mme C., je l’ai aussi saluée d’un au revoir, bonne journée. Mais j’ai rajouté : « et que Dieu vous bénisse ! » , juste à l’intérieur de ma tête, ou plutôt juste à l’intérieur de mon cœur cette fois-ci. Mais comme y’a une oreille qui écoute à cet endroit, ce ne fut point en vain. J’espère, je crois, je sais.

Quand même, heureusement que je suis catholique.

2 Réponses to “Mme C., le gentil médecin et la communion des saints. Et l’aspirateur, aussi.”

  1. charlesvaugirard 17 janvier 2012 à 22 h 42 min #

    Je te comprends, ça peut sembler dur, comme un abandon. Mais heureusement qu’il y a la prière, c’est une grande force. Dieu lui enverra un Bon Samaritain.
    🙂

  2. @cyberdoc82 4 juillet 2012 à 21 h 41 min #

    Des patients comme Mme C. on en a tous. Ce jour là ton gentil maitre de stage n’a pas eu de patience. Mais l’avantage en médecine générale c’est qu’on peut revoir les patients plusieurs fois et donc à force on peut arriver a une meilleur communication même si ça peut prendre plusieurs années. Cela n’empêche pas de les bénir, chose que j’oublis de faire surtout avec mes patients difficiles. Alors merci pour ton post, je vais essayer de suivre ton enseignement.

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