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La gynéco est une lecon de sainteté.

13 Déc

Je repensais récemment à mes cours de gynéco, et soudain ce fut le big-bang dans mon cerveau, l’illumination totale et incommensurable, la révélation inattendue… bref, la lumière fut. Lumière que je résume par : « Chacun son chemin ».

Oui, alors comme ça, forcément, vous vous demandez quelle moquette j’ai bien pu fumer. Pour vite courir acheter la même, allez, je vous connais, chers geeks. Bon, ne partez pas trop vite chez Mondial Moquette, je vais redérouler le fil de ma pensée, et vous verrez la cohérence. J’espère.

 

Pour moi, un accouchement se passe en 3 phases :

1. modifications du col,

2. engagement, descente, rotation et dégagement,

3. délivrance

Le post partum nécessite une surveillance en 3 étapes, et il ne faut surtout pas oublier de prescrire la rééducation abdomino-périnéale, 10 séances remboursées par la sécu. « Accouchement normal et délivrance » constitue l’item 22 du module 2, c’est tombé à l’internat en 2005. Il faut se méfier de l’accouchement inopiné à domicile, ca peut être une question traitre, surtout si elle est en lien avec un item de module 1. Voila, c’est ma vision de l’accouchement.

Pour ma môman, ses accouchements furent des moments merveilleux, « oui ca fait un peu mal, mais tu oublies si vite, ils te posent ton bébé dans tes bras, celui que tu as porté pendant 9 mois, et le lien créé dans le subjectif devient concret…. »

Bon, après, elle part dans ses trips sur l’allaitement et en général je la coupe avec l’expression vache à lait. Bizarrement le dialogue tourne court.

Pour des amies de mon âge, l’accouchement, c’est un peu l’épée de Damoclès au dessus de leurs têtes. La grossesse ok, le bébé ok, mais entre les 2, la fatalité de l’accouchement fait une sérieuse contre balance. C’est un peu comme le jogging du dimanche matin : c’est lorsqu’on l’a fait qu’on l’apprécie vraiment, qu’on savoure l’agréabilité de la chose.

Pour un de mes potes, « putain c’est quand je pense à un accouchement que je suis le plus content d’avoir le chromosome Y ».  Sans commentaire.

 

J’en étais là de ma réflexion, lorsqu’une évidence s’est dévoilée : chacun de ses regards est vrai. Tous différents, mais tous vrais.

 

Bon, jusque là, vous suivez. Et c’est là que mon cerveau métaphoriphile me fait comparer l’accouchement avec… la sainteté. Et ouais.

Je pensais à un accouchement, un seul, vu différemment par différentes personnes en fonction de leur histoires, leurs vies, leurs personnalité. Je pense désormais à la sainteté, unique, qui ne vient que de Dieu, le seul Saint. Mais vue différemment par chacun, en fonction de son époque, de sa condition, de son…unicité.

Chacun de ses regards est différent, chacun est juste.

Je peux admirer la façon de voir les choses de Maman, son émerveillement devant le « miracle de la vie qui sort de son ventre ». Mais je ne peux pas me mettre à sa place, je ne le dois pas, la mienne se situe de l’autre coté du ventre, avec un stétho et une blouse blanche. Ou plutôt devant mes bouquins d’internat, à boire du café.

J’admire profondément les écrits de sainte Thérèse de Lisieux, l’œuvre de Mère Térésa, la radicalité de Charles de Foucault, l’ardeur de St Jean-Baptiste, le zèle de St Paul, le sourire de Claire de Castelbajac. Ils m’inspirent, ils me guident, ils sont des témoins de la puissance de Dieu dans une vie.

Mais ma sainteté ne sera pas pour autant un copier collé d’un modèle particulièrement réussi dans le passé. Ce sera la MIENNE: moi, tout simplement, mais en sainte, à MA place dans le plan de Dieu.

Et ce sera déjà très bien, c’est moi qui vous l’dit.

« de toute façon, pour être médecin, faut avoir la vocation »

19 Sep

Il y a plusieurs années, je discutais en soirée avec une étudiante, j’ai oublié ses études, son prénom, le lieu et l’horaire exacts de la conversation, mais je n’ai pas oublié l’étudiante. Car c’est elle, la première de la longue cohorte des gens qui m’ont dit avec beaucoup d’assurance : « de toute façon, pour être médecin, faut avoir la vocation ». Et ben c’est faux. Tous les médecins n’ont pas su à 7 ans que telle était leur destinée. Tous les médecins ne sont pas à leur place en médecine. Certains médecins ne voient dans le patient qu’une maladie, et certains autres qu’un moyen de s’en mettre pleins les poches. Un peu limite pour parler de vocation (je trouve). Et même moi…

Pourquoi ai-je décidé de faire médecine ? C’était loin d’être une « vocation » chez moi. Je me suis décidé en juin de terminale. A cette date-là, il fallait bien choisir, c’est l’effet « date butoir » qui marche toujours sur moi. Le boulot accompli la veille de l’exam est 100 fois plus efficace que celui fait trois mois avant. D’où la question : pourquoi bosser à l’avance ? Bref.

Il y a aussi une bonne dose de mégalomanie dans ma « vocation ». Quels qu’ils soient, quel que soit leur milieu social, religion, sexe, couleur préférée, les gens auront besoin de moi. Ils se retrouveront pauvres devant moi, suspendus à mes lèvres, attendant le verdict qui fera _ ou non_ basculer leur vie. Etre médecins, c’est vivre à l’égal des dieux, devenir la quatrième Parthe, avoir un superpouvoir….Comme je vous disais, une certaine dose de mégalomanie.

Et puis je suis quelqu’un très assoiffée d’égalité, et il faut dire que la maladie est sur ce coup très efficace: en pyjama d’hosto et le crane rasé, être ouvrier ou PDG, c’est bonnet blanc et blanc bonnet. Tous dans la mouise.

Tout çà, c’était ma vision de l’époque. Je vous rassure, sur le moment je ne le disais pas comme ça, pour la simple et bonne raison que je ne le savais pas. A 17 ans, je ne méditais pas franchement sur mes états d’âme. Moi je trouvais (ou pensais trouver, plus exactement) que Docteur Mamours il était trop bô, qu’être de garde avec Georges Clooney devait être assez chouette et que moi, je saurais en remonter au Docteur House (mégalo, oui oui je sais).

Et puis, un peu plus tard, toujours sans poser les mots dessus, j’ai eu des doutes sur mon choix d’études. Avec le recul je crois que c’était tout simplement une lutte entre mon petit coté mégalo (vous savez, j’en ai un peu parlé…) et mon inaptitude à me visualiser à plus de deux jours dans le futur. Bosser pour un exam qui est dans trois mois, c’est déjà dur pour moi. Mais alors passer des années à apprendre des trucs complètement inintéressants dans la pratique de la médecine, même si c’est pour squatter l’Olympe ensuite, ce n’est pas la peine. Et c’est ce qui m’a sauvé. Je connais d’autres mégalos qui n’ont pas cette chance ; ils seront des médecins très performants, certes ; mais complètement coupés de la réalité du patient.

Arrivée à ce stade, c’est-à-dire en pleurs devant mes polys en regrettant amèrement cette minute de juin ou j’ai choisi PCEM1, j’avais trois options :

1/ continuer tant bien que mal, parce « qu’après-trois-ans-je-ne-vais-pas-recommencer-autre-chose-quand-même »et puis « j’ai-eu-mon-concours-et-maintenant-ce-serait-dommage-de-tout-arrêter ». Succès garanti.

2/ arrêter et rejoindre un autre rêve un peu moins difficile. On prend les mêmes et on recommence.

3/me poser un peu. Réfléchir à mon mal être. C’est ce que j’ai fait, vous en avez le résultat sous vos yeux ébahis. Et puis, une fois posé le diagnostic de mégalo idéaliste, repenser mon choix, revoir la réalité de la médecine, trouver d’autres motivations plus sain(t)es pour continuer, ou alors arrêter, mais en ayant avancé et appris à me connaitre un peu plus.

Et ben j’ai continué. Et c’est le kiff baby. Mais venez pas me parler de vocation.