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Il était une fois des premières fois, et puis une foi.

26 Avr

Avant toute chose, ami lecteur, faut lire cet article en écoutant une chanson précise. Et comme la vidéo de cette chanson est parfaitement collector, je te propose de la regarder une première fois, puis de faire replay et de revenir ici pour lire avec le son.

Tu y apprendras entre autre que Bellatrix Lestrange ne sort pas de nulle part.

Que le mouvement « le changement c’est  maintenant »  n’est pas né en 2012, mais à 3min39 de cette vidéo.

Que le déboitement spontané d’épaule peut être perçu comme glamour.

Que y’a des gens, tu croirais qu’il faut les interner, mais en fait non. C’est de l’art, tu peux paaaas comprendre.

Et puis normalement, tu devrais bien rigoler. Allez, découvre cette petite merveille.

C’est bon, tu es revenu ? Tu as gardé le son ? Alors, je peux commencer mon article. L’avantage de cette introduction à la mord-moi-le-nœud que je t’ai fait, c’est que tu as compris le sujet (je mise sur le fait que tu es malin, ça me parait probable au vu de tes lectures).

On a tous des « premières fois » : le premier but en handball (jamais vécu pour ma part), la première cigarette, le premier vote, la première voiture, la première dernière-cigarette,  le premier tweet, le premier « oups, ça ira mieux avec la pièce jointe », le premier déambulateur… C’est plutôt bon signe : nous n’arrêtons pas de découvrir des nouveaux trucs.

À l’hôpital, c’est pareil. Pour devenir médecin, y’a tout un tas de « première fois » qui jalonnent le chemin. Laisse-moi te raconter les miennes.

Premier jour à l’hôpital. 17 ans, le concours tout juste en poche. Le chef de service me hurle dessus : « TROUVE MOI MARTINE, C’EST L’INFIRMIÈRE, BORDEL! ». « Bienvenue à l’hosto, petite » aurait suffit.

Premier dextro. Je n’ai jamais fait, j’ai vu faire une fois. Rassembler le matériel : un pansement, la languette, le truc pour piquer, la machine… un monde à l’époque.

Première prise de sang. Une vieille dame qui geignait dès qu’on la touchait. Et je vous le donne en mille… elle avait un Parkinson. L’infirmière (Martine ?) a du s’asseoir sur son épaule pour arrêter le tremblement. Épique.

Premier bloc. Pose d’une PTH (prothèse totale de hanche). J’ai passé une demi-heure à ne surtout pas analyser la position de la jambe déboitée par rapport au reste du corps. Et ça fait bien 3 ans que j’essaie d’oublier le bruit de succion lors du « ré-emboitage » du fémur. Sluuurp.

Premier décès. En réa, un monsieur dans le coma, intubé et ventilé. Juste un corps que je lavais tous les matins, pour qui je préparais des perfs, à qui je faisais des dextros… Pfiout, un jour en arrivant, son nom n’était plus dans le tableau, et l’histoire était terminée. On ferme.

Première saloperie sentie sous mes doigts. En médecine polyvalente, un cancer du foie. J’avais l’impression de palper directement l’adversaire, de n’avoir plus rien entre lui et moi. Tu vas voir, sale crabe, à partir de maintenant, c’est fini la fiesta hépatique, j’appelle les flics. Euh, les oncologues.

Première (et unique) patiente qui meurt alors que je lui tiens la main. En soins palliatifs, évidemment. On avait appelé sa famille et ses enfants arrivaient, mais il était hors de question de la laisser seule en attendant. Je l’ai donc accompagnée pendant 20 minutes avant qu’elle ne décède… à la dernière dizaine de mon chapelet, que j’avais choisi glorieux : couronnement de Marie au Ciel.

Première garde. « Bonjour, j’ai des crampes aux cuisses. J’ai fait 3h de sport aujourd’hui alors c’est peut-être ça mais dans le doute je suis venu ». Les urgences, en vrai. Rendez-moi Docteur Carter.

Premiers points de suture. Une belle plaie du crâne sur un patient dur au mal. C’est un peu le rêve de tout externe : on n’a pas peur d’y aller franco ou de foirer la cicatrice. Malheureux les chauves, ils porteront des casquettes.

Premier TR (toucher rectal). Inoubliable. D’abord, j’en ai parlé dans un billet, et Internet n’enlève rien du gouffre intersidéral qu’est sa mémoire (mais que ça ne t’empêche pas de commenter, hein!). Puis ensuite, un TR, quoi ! Mon doigt, son rectum, le contact. Tout est dit.

À venir: premier plâtre, premier bloc en étant « habillée » (mais c’est pas ce que tu crois pour mes blocs précédents), premier toucher vaginal (c’est exactement ce que tu crois), premier massage cardiaque, premier gaz du sang RÉUSSI, premier sourire de la secrétaire de radio (vaste défi), premier accouchement, première échographie cardiaque comprise (va reconnaitre ta valve mitrale insuffisante et on en reparle), premier….

Ça fait un peu peur tous ces trucs, vais-je arriver à faire tout ça ? J’ai un sérieux doute sur le gaz du sang par exemple, vraiment. Mais au moins, je sais où je vais.

Avec Dieu, c’est un peu plus galère.

Je peux me projeter dans 10 ans comme remplaçante d’un médecin généraliste (pourquoi pas). Je serais bien incapable de dire ce que je vivrai à ce moment-là avec Dieu.

De une, Il adore les surprises.

De deux, tu saurais dire comment ta relation avec ton meilleur pote évoluera sur ces dix prochaines années, toi? Les amitiés se construisent à partir de la vie même, il n’y a pas d’étape obligatoire comme à l’hosto. Par exemple, j’ai un ami dont je n’ai même pas le numéro de téléphone. Pourtant, normalement, c’est quand même la base, non ?

Du coup, ça ne sert à rien de se projeter dans l’amitié. Encore moins dans celle avec Dieu : je l’ai dit, Il adore faire des surprises.

Le truc, je crois, c’est de vivre aujourd’hui avec Lui. C’est maintenant que l’on peut faire un pas en plus sur ce chemin d’amitié.

Euh… devant cet épisode aigu de kitscherie, je laisse la place à Saint Augustin – en tout cas ce dont ma mémoire en a retenu – pour conclure ce billet avec une citation qui donne le peps (je trouve).

« Avance sur ta route, car elle n’existe que par ta marche ».

Au pas camarade, au pas camarade, au pas, au pas, au pas.