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« de toute façon, pour être médecin, faut avoir la vocation »

19 Sep

Il y a plusieurs années, je discutais en soirée avec une étudiante, j’ai oublié ses études, son prénom, le lieu et l’horaire exacts de la conversation, mais je n’ai pas oublié l’étudiante. Car c’est elle, la première de la longue cohorte des gens qui m’ont dit avec beaucoup d’assurance : « de toute façon, pour être médecin, faut avoir la vocation ». Et ben c’est faux. Tous les médecins n’ont pas su à 7 ans que telle était leur destinée. Tous les médecins ne sont pas à leur place en médecine. Certains médecins ne voient dans le patient qu’une maladie, et certains autres qu’un moyen de s’en mettre pleins les poches. Un peu limite pour parler de vocation (je trouve). Et même moi…

Pourquoi ai-je décidé de faire médecine ? C’était loin d’être une « vocation » chez moi. Je me suis décidé en juin de terminale. A cette date-là, il fallait bien choisir, c’est l’effet « date butoir » qui marche toujours sur moi. Le boulot accompli la veille de l’exam est 100 fois plus efficace que celui fait trois mois avant. D’où la question : pourquoi bosser à l’avance ? Bref.

Il y a aussi une bonne dose de mégalomanie dans ma « vocation ». Quels qu’ils soient, quel que soit leur milieu social, religion, sexe, couleur préférée, les gens auront besoin de moi. Ils se retrouveront pauvres devant moi, suspendus à mes lèvres, attendant le verdict qui fera _ ou non_ basculer leur vie. Etre médecins, c’est vivre à l’égal des dieux, devenir la quatrième Parthe, avoir un superpouvoir….Comme je vous disais, une certaine dose de mégalomanie.

Et puis je suis quelqu’un très assoiffée d’égalité, et il faut dire que la maladie est sur ce coup très efficace: en pyjama d’hosto et le crane rasé, être ouvrier ou PDG, c’est bonnet blanc et blanc bonnet. Tous dans la mouise.

Tout çà, c’était ma vision de l’époque. Je vous rassure, sur le moment je ne le disais pas comme ça, pour la simple et bonne raison que je ne le savais pas. A 17 ans, je ne méditais pas franchement sur mes états d’âme. Moi je trouvais (ou pensais trouver, plus exactement) que Docteur Mamours il était trop bô, qu’être de garde avec Georges Clooney devait être assez chouette et que moi, je saurais en remonter au Docteur House (mégalo, oui oui je sais).

Et puis, un peu plus tard, toujours sans poser les mots dessus, j’ai eu des doutes sur mon choix d’études. Avec le recul je crois que c’était tout simplement une lutte entre mon petit coté mégalo (vous savez, j’en ai un peu parlé…) et mon inaptitude à me visualiser à plus de deux jours dans le futur. Bosser pour un exam qui est dans trois mois, c’est déjà dur pour moi. Mais alors passer des années à apprendre des trucs complètement inintéressants dans la pratique de la médecine, même si c’est pour squatter l’Olympe ensuite, ce n’est pas la peine. Et c’est ce qui m’a sauvé. Je connais d’autres mégalos qui n’ont pas cette chance ; ils seront des médecins très performants, certes ; mais complètement coupés de la réalité du patient.

Arrivée à ce stade, c’est-à-dire en pleurs devant mes polys en regrettant amèrement cette minute de juin ou j’ai choisi PCEM1, j’avais trois options :

1/ continuer tant bien que mal, parce « qu’après-trois-ans-je-ne-vais-pas-recommencer-autre-chose-quand-même »et puis « j’ai-eu-mon-concours-et-maintenant-ce-serait-dommage-de-tout-arrêter ». Succès garanti.

2/ arrêter et rejoindre un autre rêve un peu moins difficile. On prend les mêmes et on recommence.

3/me poser un peu. Réfléchir à mon mal être. C’est ce que j’ai fait, vous en avez le résultat sous vos yeux ébahis. Et puis, une fois posé le diagnostic de mégalo idéaliste, repenser mon choix, revoir la réalité de la médecine, trouver d’autres motivations plus sain(t)es pour continuer, ou alors arrêter, mais en ayant avancé et appris à me connaitre un peu plus.

Et ben j’ai continué. Et c’est le kiff baby. Mais venez pas me parler de vocation.

L’aventure commence, prêts à embarquer?

14 Sep

Sur la toile, on trouve de tout, c’est un fait. Cela va de là à de là, en passant par là.Et ce n’est même pas des cas particuliers: juste le résultat d’une rapide recherche, limitée à mon imagination à moi. A mon avis, y’a des trucs beaucoup plus louches à voir, je fais confiance à l’être humain, même si la majorité des sites se situe dans la sphère du compréhensible.

Parmi tout cela, on trouve les blogs, et la encore le choix est vaste. N’entrons pas dans le détail, ca tuerait mon message, mon fil conducteur et mon énergie, aucun intérêt donc.

Parmi tous ceux-là, on trouve certaines catégories de blogueurs qui semblent avoir un besoin particulier de s’exprimer, notamment les croyants/ journalistes/ fan de chevaux/ politique/ professions libérales en général.

Et voilà comment, parmi toux ceux-là, on finit par arriver à la fin de la poupée russe : les blogs des catholiques et des médecins, ou tout du moins des étudiants en médecine. Toutes les personnes passant leur heure réglementaire et quotidienne sur la toile le savent bien, le transit par un de ces blogs est fréquent, un peu comme l’est le feu rouge (ou vert, cela dépend de votre conception des choses) pour le conducteur parisien.

Ca tombe bien, on les aime bien ces blogs, en tout cas, MOI je les aime bien.  Les médecins nous font rire par leurs anecdotes rigolotes ou nous font réfléchir sur l’être humain et ses faiblesses. Les cathos sont assez drôles aussi, certes parfois involontairement, mais c’est une autre question. Souvent ils interpellent, prêts à ouvrir le débat pour témoigner de leur foi.

Et puis, gros comme l’éléphant que l’on connait tous dans le magasin de porcelaine, il y a moi, rentrant dans ces deux cases. D’où ma grande originalité : vous n’êtes pas simplement sur le blog d’une étudiante en médecine, je suis catho en +. Piégé ! Le raisonnement inverse est également vrai,  il l’est même plus : être catholique me définit bien plus qu’étudier la médecine.

Du coup, très concrètement, comment cela va t’il se passer sur ce blog ? Ben très franchement, je ne sais pas encore bien. Sans doute que les sujets vont porter sur la (sur)vie d’une catho  du XXIème siècle, sur la sur(vie) d’une externe en D2 _ peut-être aussi sur la schizophrénie.  Poser un regard de croyante sur l’hôpital, le malade, les situations rencontrées, les questions éthiques. Appliquer les réflexions ecclésiales et la doctrine chrétienne dans des situations concrètes de soignante.

Amen ?