Tag Archives: fibre empathique

Quand il n’y a plus d’espoir, il reste l’Espérance.

21 Fév

Depuis deux semaines, j’apprends beaucoup de mauvaises nouvelles. Décès, suicide, maladie, chômage. Une amie enceinte d’un enfant atteint de la trisomie 21. Un pote dont le père vient d’apprendre son cancer du poumon. Un père de famille viré de sa boite au retour des vacances. Une amie que l’on redécouvre anorexique.

Une série noire, comme on en fait peu.

Une amie me soutient que c’est le mois de février qui veut cela. Février et septembre seraient deux mois sombres. Ouverture des bouches de l’enfer, alignement des planètes, passage entre deux trous noirs, je ne sais pas. Toujours est-il qu’elle me le soutient mordicus, et je suis priée d’en croire sa longue expérience, 6 ans de plus que moi tout de même.

Bref. Ça se voit qu’elle ne bosse pas dans ce monde à part qu’est l’hôpital, parce que là-dedans, c’est un carnaval de mauvaises nouvelles, chaque jour que Dieu fait. Les pleurs et les grincements de dents, c’est par là que ça se passe.  Entre Mme F. qui allait rentrer chez elle mais dont l’état s’est aggravé la nuit dernière et qui est décédée ce matin, et Mme L. dont des nodules suspects ont été découverts au foie, en passant par le père de Mr M. qui est hospitalisé pour un AVC… Faut avoir le sourire bien accroché.

Mais comment peut-on gérer ça au quotidien ? Ce lot de souffrances nous contamine, nous affaiblit, nous salit si vite !

Alors mes profs, les médecins, mes co-externes, tous ces gens qui partagent cette difficulté, me disent les mots de distance, recul, autoprotection, barrière. Il faut se préserver, ne surtout pas trop s’investir, garder un œil extérieur. Et pas de compassion.  La compassion, c’est le maaaal.

Certes. Mais moi ça ne me suffit pas. L’anesthésie de fibre empathique, je sais pas bien faire (d’une manière générale d’ailleurs, l’anesthésie, ce n’est pas mon trip). Ou alors, il faudrait que ce soit permanent, parce que c’est exactement la même fibre qui s’allume quand je vois un clodo, un toxico, un désespéré, un mal-aimé, un con, un chômeur, un éconduit, un divorcé, un immigré, un émigré, un raciste, un misérable, un rejeté, un superbe, un… Ouais, vous l’avez compris, j’ai l’empathie facile.

Et du coup, c’est dur à vivre. Bordel, c’est quoi toute cette souffrance ?

Et je suis catholique. Et Dieu est Amour. Et franchement, Dieu, je ne comprends pas, moi. Tu es sérieusement en train de me demander d’être pleine d’Espérance ? Et même de témoigner de cette Espérance ? T’as pas bien vu l’état du monde, c’est pas possible. Tu sais que 2000 ans ont passé depuis la dernière fois,  faut que tu redescendes un coup, là, hein !

(Et ouais, je lui parle comme ça moi, au Seigneur, c’est parce qu’on est potes).

Et Il me répond, avec un sacré sens de l’à-propos (ce « sacré » étant globalement assez bien calé) :
« Heureux les pauvres de cœur : le Royaume des cieux est à eux.
Heureux les doux : ils auront la terre en partage.
Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés.
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés.
Heureux les miséricordieux : il leur sera fait miséricorde.
Heureux les cœurs purs : ils verront Dieu.
Heureux ceux qui font œuvre de paix: ils seront appelés fils de Dieu.
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le Royaume des cieux est à eux.
Heureux êtes-vous lorsque l’on vous insulte, que l’on vous persécute et que l’on dit faussement contre vous toute sorte de mal à cause de moi.
Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux; c’est ainsi en effet qu’on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés. »

Matthieu, 5, 1-12.

Ainsi, le Seigneur me donne des raisons d’espérer, de cette Espérance qui vient de Lui, que l’on peut demander dans la prière. Ce qui n’est pas toujours facile face à la souffrance,comme en témoigne Zabou.

Et comme Il est généreux et mauvais commercial, Il nous fait un pack : pour une vertu demandée, trois vertus données ! Ce sont la Foi, l’Espérance et la Charité, et cette offre exceptionnelle est valable… toute l’année.

Mauvais commercial, vous dis-je. Mais Bon Dieu.