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Pâques woman

24 Avr

Nous sommes tous des êtres blessés. Manque d’amour, trahison, peurs, insécurité, maladie, abandon, solitude… je ne connais personne dans mon entourage qui ne soit arrivé à l’âge adulte sans casserole psychologique.

Pour ma part, je n’ai jamais connu mes parents vraiment heureux ensemble, de ma petite enfance jusqu’à leur divorce. Ils ont fait de leur mieux pour nous épargner, je crois… mais il y a des mots que je n’aurais pas dû entendre, il y a des scènes que je n’aurais pas dû voir. C’est mon passé.

 

A 15 ans, je m’enfilais les Vodkas-pommes en soirée, regardant cyniquement des jeunes fils-à-papa danser le rock avec application, bien sagement comme on leur avait appris.

A 18ans, concours en poche, je sortais tous les soirs pour l’happy hour des bars du coin ; je rentrais ivre plusieurs fois par semaine, me fiant à la lumière des lampadaires pour marcher droit. Les soirées se finissaient par des joints de cannabis et autres fausses-joyeusetés. Il ne m’est jamais rien arrivé, j’ai un ange-gardien du tonnerre (d’ailleurs je dédie ce post à mon ange-gardien ❤ ).

A 19 ans, j’ai frôlé la boulimie. Je tenais un cahier de calories, ne mangeant que des poivrons à la vapeur pendant 4 jours pour finalement craquer et acheter brioche et cacahuète dont je me gavais. Pour compenser, je me faisais ensuite vomir avec une vieille brosse à dent, et j’avais même acheté des laxatifs pour, euh, you know. Encore une fois, ❤ mon ange-gardien.

 

***

Pourquoi je vous raconte tout cela ?

Parce que… dimanche dernier, nous avons fêté Pâques. #RapportChoucroute

 

Rappel des faits :

1/ Le vendredi, Jésus est condamné à mort à la suite d’un procès que nous qualifierons pudiquement de vaste fumisterie. Il est flagellé, couronné d’épines, chargé de la croix ; Il tombe, trois fois. Il est ensuite cloué sur Sa croix, et meurt. Le rideau du temple se déchire, le ciel s’obscurcit, et les conversions commencent : un centurion romain, en ce pauvre dont il a joué les vêtements, en ce cadavre dont un de ses soldat va percer le côté, reconnait le Fils de Dieu. Mystère de la Foi…

Absence de pouls.
Rigidité cadavérique.
Ablation du pacemaker.
Mise au tombeau.
Mort.

2/ Le samedi, jour de Shabbat, jour de repos, jour de silence.

3/ Le dimanche, les femmes prennent huiles et parfums pour embaumer ce corps voué aux vers de terre. Elles se demandent sur la route comment rouler la pierre sans homme fort à leur côté (les ravages du patriarcat toussa).
Mais TADAAAAAM, la pierre est déjà roulée, le tombeau est vide, VIDE ! Et Dieu est ressuscité, Il apparaît, Il montre ses plaies à St Thomas, il mange du poisson, c’est pour dire.
Joie de Pâques !

 

***

Certes.
Ça fait une belle histoire pour endormir les enfants (tant qu’on ne s’appesantit pas trop sur les épines dans le crâne et les clous dans les tendons, certes). #BonneNuitLesPetits

 

Mais ça ne suffit pas pour expliquer 2000 ans de christianisme, des centaines de communautés religieuses, des milliers de martyrs, des millions de saints, des milliards de prières. Ça n’explique pas la transmission de la Foi à travers les âges.

 

Je veux dire… Je ne suis pas catholique parce que j’ai lu quelque part que le cadavre d’un chouette type de l’an zéro était revenu à la vie. Je suis catholique parce que – restez calmes ça va bien se passer – ce chouette type, je Le connais aujourd’hui.
En fait, c’est super logique : si je crois qu’il est ressuscité, ça veut bien dire qu’Il est encore vivant aujourd’hui. Si je L’ai rencontré aujourd’hui, ça veut bien dire qu’Il est vraiment ressuscité deux millénaires plus tôt.

Le deuxième effet Kisscool de Pâques, c’est les chocolats la présence de Jésus VIVANT aujourd’hui dans ma vie. Et ça change tout ! Ça explique mes prières, mes sourires, mes communions, mes confessions, mon espérance et ma joie !

 

***

 

Jamais deux sans trois, et ce n’est pas Dieu qui vous dira le contraire. Colossiens 2, 12 : « vous êtes aussi ressuscités en Lui et avec Lui, par la foi en la puissance de Dieu ».

Passé composé.

Je suis AUSSI ressuscitée.
Tu es AUSSI ressuscité(e).
Il/Elle est AUSSI ressuscité(e).

#ToiAussiRéviseTaConjugaison

 

Voilà pourquoi je vous racontais un peu mes blessures : c’est mon témoignage de  Pâques-woman (oui oui j’assume).

J’étais haineuse, et Dieu me donne de pardonner. 
J’étais autodestructrice, et Dieu me donne de m’aimer.
J’étais narcissique, et Dieu me donne de me tourner vers les autres.
J’étais morte, et Dieu me ressuscite.

Dès aujourd’hui.

Petit à petit.
Il Lui a bien fallu trois jours, à Lui.

 

JOIE DE PÂQUES, ALLÉLUIA !

Si vous regardez bien, on me voit sur cette photo.

Si vous regardez bien, on me voit sur cette photo. Avec toi  ?


Apprendre à être là.

12 Jan

Il était environ 16h, je crois ; il me restait encore 2h30 avant de finir cette garde aux urgences. La matinée avait été agitée, beaucoup de patients, beaucoup d’énervement, beaucoup de cas qui ne ressemblaient à rien. Nous avions été déjeuner tour à tour, rapidement, sur le pouce, la ceinture nouée aux reins, les sandales aux pieds et le bâton à la main. Mais finalement le flux de patients s’était tari, et l’après-midi était particulièrement calme.

Il est environ 16h, et voici qu’une nouvelle patiente arrive. L’ordinateur m’apprend qu’il s’agit d’une AEG (Altération de l’État Général) chez une patiente de 89 ans, soit la pire combinaison possible à mes yeux d’externe : ça peut aller du syndrome grippal à la dépression mélancolique en passant par la découverte d’un cancer, la confusion sur fécalome, l’infection du poumon… Tout est possible, tout est réalisable.

J’entre donc dans la chambre telle une exploratrice en terre inconnue, armée de mon stéthoscope et de mon marteau réflexe, au taquet pour dégainer mon bon de radio ou de scanner… Prête à sauver une vie en somme ! (C’est beau, hein ?)

Tadaaaaaam !

Dopa l’exploratrice

Bref.

Je me retrouve en fait face à une frêle femme de 89 ans, qui m’explique doucement qu’elle a une masse abdominale et du sang dans les selles depuis plus d’un an, mais qu’elle a refusé les explorations. Elle ne voulait de toute façon pas se faire opérer si on lui trouvait un cancer, encore moins envie de chimio… je la comprends. Elle est restée tranquillement dans sa maison de retraite, se rappelant de son mari décédé, regrettant les enfants qu’ils n’avaient pas eus, recevant parfois la visite de sa nièce. La boule a grossi, la patiente a maigri. Et puis voilà, aujourd’hui son médecin traitant l’envoie pour AEG, avec un courrier expliquant que le maintien à domicile est devenu impossible, avec une fatigue majeure, de grosses difficultés à manger et boire, des douleurs difficiles à juguler, et une anémie bien cognée sur le bilan de la veille.

Je relève la tête de mon courrier, nous échangeons un regard. Nous savons toutes les deux qu’elle risque fort de ne jamais retourner chez elle, qu’elle est probablement arrivée au bout de sa vie. Je l’examine doucement, j’essaie de prendre le temps de l’écouter, de lui tenir la main, de la rassurer.  Elle me dit – peut-être pour me rassurer moi ? – « vous savez mademoiselle, à mon âge, on n’attend plus que ça. Mon mari me manque… Je n’ai pas eu d’enfants. Il n’y a plus personne qui m’aime, je ne sers plus à rien, je veux mourir maintenant ».

Oh, mon Dieu, Jésus… Que dire, que faire, du haut de mes 23 ans ?

Je lui glisse maladroitement que bien sûr je comprends, c’est vrai que c’est difficile, mais que je crois qu’aucun de nous ne sert à quelque chose, que le sens de la vie n’est pas d’être utile, qu’elle peut encore aimer, que c’est l’essentiel.

« Oui, je peux aimer, c’est vrai. Mais aimer qui ? Moi je suis toute seule…»

Je ne sais pas quoi répondre, je suis désemparée, je suis là avec mes grandes idées face à une souffrance toute nue, je suis en colère contre sa solitude, je suis mal à l’aise dans mon rôle de médecin, je voudrais juste lui faire un câlin. Je me sens petite, alors je me contente de lui caresser la main et de lui promettre de faire au mieux pour sa prise en charge. Elle refuse le scanner, mais accepte la prise de sang.

Je ressors de la chambre, un peu perdue. Je demande le bilan biologique, j’appelle dans les étages pour trouver une place. Pas de souci, il faut juste attendre les résultats du bilan. Je m’assois en salle de garde, vraiment c’est très calme cet après-midi. Nous discutons avec les autres externes et internes, le chef est là, ça alterne entre discussions médicales et blagues vaseuses. Une heure passe, sans patient pour moi.

Le bilan arrive enfin, l’anémie est toujours aussi cognée, la dénutrition est sévère, les reins déconnent… pas vraiment de surprise, la patiente peut monter.

C’est à ce moment-là que je réalise que j’aurais très bien pu passer l’heure d’attente avec elle, plutôt que de la laisser seule dans son box. J’aurais pu passer une heure à l’écouter, à lui parler. Une heure à être un peu plus que médecin, une heure à prendre le risque de l’humanité gratuite.

Je me promets que je serai plus vigilante la prochaine fois, que je saurai être là.

Ma patiente est probablement décédée aujourd’hui, 6 mois après cette rencontre ; je regrette toujours ce temps que je n’ai pas su ou pas osé prendre.

Heureusement… Je crois que l’Éternité nous l’offrira.

\o/

Quand il n’y a plus d’espoir, il reste l’Espérance.

21 Fév

Depuis deux semaines, j’apprends beaucoup de mauvaises nouvelles. Décès, suicide, maladie, chômage. Une amie enceinte d’un enfant atteint de la trisomie 21. Un pote dont le père vient d’apprendre son cancer du poumon. Un père de famille viré de sa boite au retour des vacances. Une amie que l’on redécouvre anorexique.

Une série noire, comme on en fait peu.

Une amie me soutient que c’est le mois de février qui veut cela. Février et septembre seraient deux mois sombres. Ouverture des bouches de l’enfer, alignement des planètes, passage entre deux trous noirs, je ne sais pas. Toujours est-il qu’elle me le soutient mordicus, et je suis priée d’en croire sa longue expérience, 6 ans de plus que moi tout de même.

Bref. Ça se voit qu’elle ne bosse pas dans ce monde à part qu’est l’hôpital, parce que là-dedans, c’est un carnaval de mauvaises nouvelles, chaque jour que Dieu fait. Les pleurs et les grincements de dents, c’est par là que ça se passe.  Entre Mme F. qui allait rentrer chez elle mais dont l’état s’est aggravé la nuit dernière et qui est décédée ce matin, et Mme L. dont des nodules suspects ont été découverts au foie, en passant par le père de Mr M. qui est hospitalisé pour un AVC… Faut avoir le sourire bien accroché.

Mais comment peut-on gérer ça au quotidien ? Ce lot de souffrances nous contamine, nous affaiblit, nous salit si vite !

Alors mes profs, les médecins, mes co-externes, tous ces gens qui partagent cette difficulté, me disent les mots de distance, recul, autoprotection, barrière. Il faut se préserver, ne surtout pas trop s’investir, garder un œil extérieur. Et pas de compassion.  La compassion, c’est le maaaal.

Certes. Mais moi ça ne me suffit pas. L’anesthésie de fibre empathique, je sais pas bien faire (d’une manière générale d’ailleurs, l’anesthésie, ce n’est pas mon trip). Ou alors, il faudrait que ce soit permanent, parce que c’est exactement la même fibre qui s’allume quand je vois un clodo, un toxico, un désespéré, un mal-aimé, un con, un chômeur, un éconduit, un divorcé, un immigré, un émigré, un raciste, un misérable, un rejeté, un superbe, un… Ouais, vous l’avez compris, j’ai l’empathie facile.

Et du coup, c’est dur à vivre. Bordel, c’est quoi toute cette souffrance ?

Et je suis catholique. Et Dieu est Amour. Et franchement, Dieu, je ne comprends pas, moi. Tu es sérieusement en train de me demander d’être pleine d’Espérance ? Et même de témoigner de cette Espérance ? T’as pas bien vu l’état du monde, c’est pas possible. Tu sais que 2000 ans ont passé depuis la dernière fois,  faut que tu redescendes un coup, là, hein !

(Et ouais, je lui parle comme ça moi, au Seigneur, c’est parce qu’on est potes).

Et Il me répond, avec un sacré sens de l’à-propos (ce « sacré » étant globalement assez bien calé) :
« Heureux les pauvres de cœur : le Royaume des cieux est à eux.
Heureux les doux : ils auront la terre en partage.
Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés.
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés.
Heureux les miséricordieux : il leur sera fait miséricorde.
Heureux les cœurs purs : ils verront Dieu.
Heureux ceux qui font œuvre de paix: ils seront appelés fils de Dieu.
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le Royaume des cieux est à eux.
Heureux êtes-vous lorsque l’on vous insulte, que l’on vous persécute et que l’on dit faussement contre vous toute sorte de mal à cause de moi.
Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux; c’est ainsi en effet qu’on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés. »

Matthieu, 5, 1-12.

Ainsi, le Seigneur me donne des raisons d’espérer, de cette Espérance qui vient de Lui, que l’on peut demander dans la prière. Ce qui n’est pas toujours facile face à la souffrance,comme en témoigne Zabou.

Et comme Il est généreux et mauvais commercial, Il nous fait un pack : pour une vertu demandée, trois vertus données ! Ce sont la Foi, l’Espérance et la Charité, et cette offre exceptionnelle est valable… toute l’année.

Mauvais commercial, vous dis-je. Mais Bon Dieu.