Es-tu en manque ?

20 Juin

En introduction de ce nouveau billet, il me parait important de vous préciser que mes exams sont terminés, et je crois réussis, j’attends encore les résultats. Non pas que cela ait une quelconque importance pour la suite, mais je suis sûre que le suspense était à son comble pour mes fidèles lecteurs.

Allez, je vous le redis encore une fois : pardon de mon absence, pardon si je vous ai manqué. Cela ne se reproduira plus. Mais vous savez quoi ? J’ai découvert récemment – je suis à l’âge des grandes découvertes – que le manque pouvait être une bonne chose.

Je m’explique.

C’est la faim qui me pousse à manger, et la nourriture est nécessaire à ma vie. C’est la soif qui me pousse à boire, et l’eau, uniquement l’eau suivez mon regard est nécessaire à ma vie. Pourtant c’est désagréable d’avoir faim ou soif. Je ne me suis jamais retrouvée vraiment affamée, mais assoiffée, ça oui ! Je me rappelle d’une balade post-baignade avec des amis qui avait duré bien plus longtemps que prévu – pour le dire autrement, nous nous étions perdus  en pleine cambrousse sans GPS, sans carte, et surtout sans bouteilles d’eau. Ma gorge était si sèche que je pouvais faire des boules de pâte de salive – parfois je sais être glamour, hein ?

Enfin bref. Tout ça pour dire que si mon hypothalamus ne me titillait pas régulièrement l’estomac, je n’aurais pas faim, et je serais peu motivée pour aller chasser le bison, et je mourrais de dénutrition, et ce serait triste. Alors que là, gargouillis -> fusil -> gibier. Ou plutôt : gargouillis -> portefeuille -> kebab, c’est presque pareil alors on ne va pas chipoter.

***

Je pensais ça tranquillement, quand m’est venue en tête l’idée que la faim et la soif sont les signaux de manques physiques… Quid des manques spirituels ?

De ma mémoire a émergé un truc un peu flou d’un bouquin lu il y a 5 ans, prêté à une amie et jamais récupéré, évidemment : Étoile au grand large, de Guy de Larigaudie. (Je vous le conseille +++, ce type est formidable). Twitter est mon ami, et m’a donné les trois citations originelles que mon esprit avait mêlées :

«  À la pomme du grand mat sur un voilier, lorsque plus aucune terre n’est en vue, on possède pour soi le cercle d’horizon. On voudrait seulement pouvoir repousser plus loin encore cette ligne, faire éclater cette limite, qui malgré tout nous emprisonne parce que nous sommes faits pour les lointains plus vastes que les étendues rabougries des horizons terrestres. »

« Lorsque, devant la mer, le désert ou une nuit lourde d’étoiles, on se sent le cœur tout gonflé d’amour inachevé, il est doux de penser que nous trouverons dans l’au-delà quelque chose de plus beau, de plus vaste, quelque chose à l’échelle de notre âme et qui comblera cet immense désir de bonheur qui est notre souffrance et notre grandeur d’homme. »

« Notre désir de bonheur est trop démesuré pour qu’il puisse jamais être rassasié ailleurs que dans l’au-delà. Même corporellement, nous sommes ici-bas des insatisfaits. Aucun cheval ne peut galoper avec le monde pour piste, aucune planche de surf, aucune vague ne peut nous entrainer d’un bord à l’autre d’océans plus vastes que ceux que nous connaissons, aucun tremplin de ski ne peut nous lancer dans les espaces interplanétaires, aucune immensité ne peut contenter la soif d’infini de notre regard. Nous sommes bridés de toute part, alors que nous sommes faits pour l’illimité. »

Je ne sais pas à quel point ces phrases peuvent vous parler ; je sais qu’elles me rejoignent profondément, et me parlent de cette soif d’absolu, d’amour, et de bonheur inscrite au cœur de chacun. De ce manque.

Un manque qui n’est pas mauvais, même s’il est parfois si douloureux.

Un manque qui pousse en avant, qui nous lance dans une quête incroyable.

 ***

Certains disent que nous créons Dieu pour nous rassurer, pour combler ce manque.

Qui leur dit que ce n’est pas Dieu qui a créé ce manque pour nous pousser à Le chercher ?

7 Réponses to “Es-tu en manque ?”

  1. Rémi Chagarou 20 juin 2013 à 10 h 54 min #

    Nous ne sommes que des insectes qui regardent la création. Doués de pensées, du libre-arbitre, nous rêvons, nous bous berçons dans l’illusion, parfois l’illusoire, et nous ne savons même pas où est notre place.

    Tes extraits , nous pouvons chacun y donner notre propre sens.
    Est-ce l’ambition de se croire égale à Dieu et des autres? De la cupidité? Une frustration de ne pas être plus encore?
    Et pourtant, la faim, la soif, les besoins vitaux nous rappellent ce que nous sommes vraiment, des êtres humains, qui ont cette nécessité de se nourrir et de boire.

    Nous ne sommes pas les seuls êtres intelligents de la Créations, d’autres animaux, bien plus humbles le sont aussi.
    En quoi nous le sommes plus? Nous construisons, bâtissons, nous conduisons des voitures, nous volons dans des avions …
    Et pourtant, nous ne savons pas nous prévenir de la mort, nous ne savons pas nous préserver des déficiences physiques et mentales, nous ne savons même pas le pourquoi du comment…
    Mais les animaux, au dehors, qui vivent, le savent certainement mieux que nous. Ils perdurent, survivent, transmettent parfois leur savoir, prolifèrent.
    Chaque pas dans l’observation et la science, nous montre aussi que nous devons être humbles.
    Et pourtant, avec toutes ces sciences, ces avancer, nous ne sommes pas capables d’aimer notre prochain, ni de faire preuve d’une humanité sincère dans notre société de consommation.

    Qu’y a-t-il de plus fort que la soif? Qu’y a-t-il de mauvais que la faim?
    Avec le ventre vide, fait sans jeune, c’est-à-dire littéralement crever de faim comme un somalien, nous ne sommes que la barbaque qui tente de survivre.
    Et c’est dans ce « passage au désert » qu’on voit notre place, en-dessous de son pied.
    Jésus aussi a été dans le désert.
    On peut se demander si l’humilité et le liens avec dieu ne passe pas ce genre d’étape.
    Jésus aussi nous a montré cela, que l’on puisse avoir tout, tout posséder, et ne pas être plus heureux que celui qui n’ a rien et qui pourtant vit sous Son Regard.
    C’est extraordinairement véridique dans notre société actuelle, celui qui est riche, qui a tout : famille, richesse, enfants, métiers, voitures, propriétés, etc, méprise et jalouse celui qui vit avec rien ou presque. Même le plus démuni sera jalousé.
    Ce n’est pas la richesse qui donne la bienveillance, mais la foi. Et en fin de compte,  » tu montes au Ciel et tu descends » , comme j’aime à rappeler ce dicton de bons musulmans moi qui pourtant suis chrétiens et blancs, tu n’en auras pas plus dans ton cercueil et d’en l’au-delà qu’en jalousant et méprisant dans ta richesse le pauvre alors que le pauvre fait le bien dans le dénuement.le pauvre fera preuve de plus d’humanité que le riche.
    C’est pour cela qu’il est jaloux.
    « Chacun pour soi et Dieu pour tous », mais dans la tombe, tes voitures, tes sous, tes maisons, ils ne te suivent pas, les vers ne les prendront pas, mais toi si.
    Et ta place au Paradis, où sera-t-elle? Dans le regard du plus humble sur qui le riche a cracher?

    J’aime bien tes extraits Dopa, ça fait réfléchir!

  2. esperonstoujours 20 juin 2013 à 13 h 31 min #

    Très clairement, je pense que c’est Dieu qui a mis en nous un manque pour que nous le cherchions.
    Cf. par exemple Jésus qui détache la Samaritaine de ses occupations triviales habituelles (aller puiser de l’eau au puit) pour générer en elle un manque bien plus profond de vie vécue en plénitude vécue avec Dieu … et donc pour la pousser à chercher Dieu !

  3. docmam 20 juin 2013 à 15 h 19 min #

    Tag : boule de salive. Nan mais seriously ?😀

    Sinon, très joli texte.
    Ça me rappelle ma théorie dite du tiramisu. A mon mari qui – voyant mon goût pour la chose (le tiramisu je précise) – voulait m’en acheter tout le temps, j’ai été obligé de lui expliquer que ce qui faisait l’excellence du tiramisu, c’était aussi son côté exceptionnel, et que si j’en avais tous les jours à manger, je l’apprécierais bien moins. Voire ça finirait par m’écoeurer léger.

    Encore mieux dans les références : j’ai lu gamine un livre qui s’appelait « le plus délicieux des délices » où la quête du plus délicieux des délices mène à une guerre, et à une privation générale d’eau potable…
    A la fin, tout le monde tombe d’accord : le plus délicieux des délices, c’est l’eau.

    En bref, le manque est essentiel pour savoir savourer et apprécier les choses.

    • Vieil imbécile 20 juin 2013 à 18 h 37 min #

      Oh ! Ya quand même de chouettes ours… ou des ours chouettes, je sais pas trop.

  4. docmam 20 juin 2013 à 15 h 21 min #

    (tout comme l’ombre est indissociable de la lumière hein)

  5. Bigor 21 juin 2013 à 15 h 31 min #

    Merci Dopamine…

    tu viens de refaire le parcours qu’avait fait en son temps le cardinal de Lubac : pour désigner ce manque, ce creux, cet espace qui est en nous, il a utilisé l’expression de « désir naturel du surnaturel »… ce n’est pas la foi, ce n’est même pas un désir de Dieu, c’est simplement le constat qu’il y a en nous place pour plus grand ; et c’est ce qui peut être au tout début d’une quête.

    Je vous renvoie à « la Belle et la Bête » de Disney ; le personnage de Belle exprime ce sentiment, comme beaucoup d’autres des héros de Disney : « je veux vivre autre chose que cette vie ».

    La réponse de Disney est l’amour humain, dans sa grandeur… mais nous savons que cela ne suffit pas

    en union de prières

  6. Eliette 22 juin 2013 à 14 h 29 min #

    « le cœur tout gonflé d’amour inachevé » je crois bien que ce manque me parle un peu aussi. Comme si on était en quelque sorte « inconsolables ».
    Du coup, y a un jour comme ça où j’ai pigé un chouilla ce que voulait dire « plénitude »

Faites comme chez vous!

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