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Renaissance

20 mai

Vous ne me lisez plus beaucoup ces temps-ci, j’en suis navrée (si cela vous manque évidemment) (sinon, bande d’ingrats). Pourtant je continue à écrire, c’est mon moyen de prendre du recul sur les choses qui me touchent. Mais diffuser ces textes ici ?

Je ne comprenais pas pourquoi je n’y arrivais plus, maintenant je crois savoir.

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Dans ces derniers mois, les débats autour du mariage pour tous ont fait rage. Rage, c’est vraiment le mot. Que l’on ne soit pas d’accord n’est pas un problème, ou ne devrait pas l’être : c’est le principe même de la démocratie, je crois. D’ailleurs, de nombreuses personnes ont su discuter paisiblement de leurs positions respectives, c’était beau à voir ou à lire. D’autres, malheureusement, se sont crispées sur leur vision, ont confondu désaccord et attaques personnelles, et la violence s’est déversée dans les conversations, sur les blogs et sur Twitter.

J’ai lu des gens agressant l’Eglise, bien au-delà de la question du mariage pour tous. J’ai vu ma foi méprisée, moquée, trainée dans la boue. J’ai vu des catholiques lambda traités d’obscurantistes, de fous furieux, de dangers publics. J’ai vu chez certains la haine de l’Eglise, profitant de l’occasion pour s’exprimer, sans vraiment prêter attention aux arguments donnés pour ce débat précis.

J’ai lu la violence de croyants, et elle m’a heurtée bien plus profondément. Le mépris, le jugement, la colère, ne devraient pas avoir de place dans les propos d’enfants de Dieu, ou tout du moins – puisque nous sommes humains et pas meilleurs que les autres – devraient toujours être suivis d’excuses.  Cela n’a pas toujours été le cas.

J’ai enfin vu ma violence, à moi. Oui moi aussi, je me suis parfois crispée et repliée sur ma vision des choses, sur ma vérité, répondant à l’autre sans plus chercher à le comprendre, juste à défendre ma position.

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Vous avez peut-être l’impression que j’exagère, tant d’un côté comme de l’autre. Je ne sais pas, je dis juste que je l’ai ressenti comme ça, et que j’en ai souffert. Je devine des blessures terribles  derrière ces mots parfois si agressifs, et j’ai l’impression après ces quelques mois d’un grand gâchis. Entendons-nous bien : je ne parle pas du débat en lui-même, car beaucoup ont su discuter paisiblement, échanger et réfléchir ensemble. Je parle des ‘dommages collatéraux’.

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L’objet de ce blog est de vous raconter ma vie témoigner d’un regard catho sur l’hosto. En voyant cette violence, j’ai été prise de découragement : à quoi bon partager ma foi, puisque beaucoup ne la voient plus qu’avec le prisme mensonger de ce débat ? Je sais bien, moi, que Dieu est bien plus grand, que ma foi tient de l’Amour et non de règles à suivre… mais vous, saurez-vous le lire ?

Je n’en suis pas fière… Mais j’ai perdu cette espérance durant ces derniers mois.

Jusqu’à ce week-end.

Durant ces deux jours, avec d’autres jeunes, nous sommes sortis dans la rue pour parler de Dieu, pour témoigner de notre foi, de notre joie. J’ai redécouvert la soif d’amour inscrite dans le cœur de chacun, j’ai vu un homme me dire étonné : « Mais ? Mais c’est trop beau pour moi ! », j’ai vu son visage s’ouvrir, ses lèvres sourire, ses yeux pleurer, son cœur brûler.

Alors forcément, ça m’a rendu ma paix, ça m’a redonné la patate. \o/

Du coup, dès que j’aurai passé mes partiels (devoir d’état toussa), et dormi 24h d’affilée, je reviendrai vous écrire. Préparez-vous, ça va swinguer ! :D

Femme battue

8 juil
Il est minuit trente, je rentre tout juste chez moi, l’eau de ma tisane chauffe encore. Tu vois, tu m’as touchée avec tant de force que j’ai trop besoin de t’écrire.
Tu t’es pointée aux urgences, et sur mon ordi s’est affiché ton nom, ton âge, 22 ans, et ton motif d’entrée : « traumatisme fermé mains/pieds/genoux». Encore une qui vient pour une entorse, je lui fais son bon de radio et j’irai dîner pendant ce temps là. Voilà ce que je me suis dit.
Je suis arrivée devant toi, je t’ai demandé ce qui t’amenait, et c’est ta petite sœur qui a répondu.
Ton mari t’a battue, et ce n’était pas la première fois. Ça a commencé après le mariage, tout de suite, très vite, et tu n’as rien dit, évidemment. Tu as été chez le kiné pour des « douleurs dans le dos », tu lui as dit que tu t’étais réveillée avec, comme ça un beau jour, non non tu comprenais pas.
Mais cette fois-ci, ta petite sœur était présente, et elle a vu la scène. Elle me raconte. Il t’a tordu le bras dans le dos, longtemps. Puis il t’a jetée par terre, bloquée contre le mur, et t’a frappée. Tu t’es roulée en boule alors c’est le dos, les jambes, les épaules qui ont pris. Tes vêtements sont déchirés. Ta sœur raconte tout ça, vite, très vite, elle est choquée. Toi je t’observe, tu ne dis rien, simplement ton mascara a coulé, et tu me regardes timidement. Ta sœur te prend la main, vous échangez un regard, et tu reposes tes yeux sur moi. Plus fort.
« Docteur, vous pourriez me faire un certificat ? Je veux porter plainte. »
Docteur?
Si tu savais que je n’ai que 22 ans, comme toi. 22 ans, putain.
Si tu savais que je ne suis qu’une petite fille soudain bien perdue dans sa blouse blanche, face à toi.
Si tu savais que j’ai envie d’aller chercher un adulte et de dire « pouce, c’est pas du jeu, il a triché ».
Mais tu n’as pas à le savoir. Ce soir, je suis la personne rassurante. Encourageante. Solide. La personne à qui tu peux un peu te raccrocher.
Alors, je t’examine. Hématomes. Contusions multiples. La radio montre une fracture du poignet. Je bous à l’intérieur, mon bide se tord, je pleure en-dedans. Mais devant toi, je reste calme. Je rédige mon certificat, en mettant bien comme on m’a appris à la fac : « la patiente déclare être victime d’une agression. Elle présente… ». Je ne peux pas certifier que c’est lui qui t’as fait ça, tu comprends.
Je vais chercher mon interne, pour qu’elle valide tout ça.
Je reviens te voir, te donne tous tes documents, et te laisse repartir. Ce soir, tu iras chez ta mère, et tu dormiras avec ta petite sœur. Tu dois y être en ce moment, peut-être que vous buvez la même tisane que moi, pour vous remettre de ce dimanche tumultueux.
C’est grâce à elles deux que tu es venue ce soir, c’est grâce à elles deux que tu iras demain chez les flics. J’espère.
Moi j’ai fait ce que je pouvais faire, j’ai fait semblant d’être un médecin. Je crois que c’est la première fois que c’est aussi difficile.
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