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Réflexion de cafet’

27 sept

L’autre jour, le service était désert, le chef était absent, il flottait dans l’air comme un petit goût de liberté… Je suis descendue à la cafet’ de l’hosto faire une pause, et même que j’ai pris mon temps. Ok, j’assume, j’ai scandaleusement glandé en regardant les gens qui passaient la porte. J’ai ce côté concierge qui sommeille en moi.

Bref, je savourais tranquillement mon double-expresso, et j’en ai profité pour réfléchir – ou méditer si tu préfères (c’est la même chose en version catho) – à l’incroyable mélange de personnes que constitue un hôpital.

Il manque juste ma cafet’, mais sinon l’hôpital des Sims parait cool. De "Theme Hospital, pardon. (Merci les geeks <3 )

***

Des fœtus, des enfants, des adultes, des vieux.

Des vivants et des morts. Des qui vont naître, des qui vont mourir.

Des pauvres et des riches, des ouvriers et des patrons, des clodos et des célébrités. Surtout des clodos, quand même.

Des familles et des amis.

Des femmes enceintes et des femmes éplorées.

Des médecins, des chirurgiens. Des internes, des externes et quelques thrombus de couloir qui font joli dans le décor.

Des cadres, des infirmières, des aides soignantes, des sages-femmes.

Des psychologues, des assistantes sociales, des ergothérapeutes, des kinés.

Des brancardiers, des laborantins, des manips radio, le mec de la morgue.

Des secrétaires, des femmes de ménage, des informaticiens, des mecs de la sécurité.

La nana de la cafétéria, aussi. Elle a le droit à une ligne pour elle toute seule, elle. <3

Le directeur avec son joli costume, la direction, ceux qui gèrent le côté business. Les mecs du bureau du Personnel.

Les dames (et le monsieur) cantine.

Les bénévoles de soins palliatifs, ceux de la bibliothèque, ceux pour les enfants malades, l’aumônier.

 ***

Cette liste est loin d’être exhaustive ; pourtant déjà, elle me donne le tournis.

Et tous ces gens sont réunis… par la volonté de soigner les malades.

Au service de la vie.

Je ne sais pas, je trouve ça dingue. Je trouve ça beau.

L’hôpital, ce lieu de perdition.

16 fév

L’hôpital dans lequel je travaille est un grand bâtiment. Avec une aile nord, une aile ouest, et même un endroit que l’on appelle « les nouveaux locaux ». Pour une raison assez mystérieuse, du reste, les travaux remontant tout de même à une dizaine d’année. La Tradition orale, sans doute. Enfin bref, toujours est-il qu’en digne fille d’Ève…je ne me lasse pas de m’y perdre. Le gène de l’orientation doit se trouver sur le chromosome Y, j’vois qu’ça.

Sérieusement, les points cardinaux, je n’ai jamais bien compris comment on pouvait se repérer avec. Si je vous dis nord, là tout de suite, vous sauriez me le montrer ? Alors je sais, je connais, le coup du soleil, des églises orientées à l’est, et même celui de la mousse sur les arbres (on ne me la fait pas à moi), mais impossible, je n’y arrive pas. C’est physiologique. J’ai cru un instant être sauvée par l’application boussole (je suis un peu une geek en fait) mais autant moi, je ne trouve pas le Nord, autant elle, elle en trouve un peu trop.

Bref, lorsque je suis envoyée en mission par mes internes et chefs, je me perds facilement. Et comme je suis un agent secret incroyable une externe esclave, ça arrive souvent. Déposer les bons de radios, aller chercher les clichés, négocier avec la secrétaire pour avoir le compte-rendu, rendre visite aux potes externes aux anciens patients, demander une consultation à un spécialiste, prévenir les responsables de la réunion que mon chef arrivera à la bourre, aller récupérer une batterie pour ce fucking bladderscan, choper le chirurgien pour lui demander un avis, faire mon plus charmant sourire (et il l’est, ’tention) au radiologue de garde, réapprovisionner le stock de Dujarrier… C’est beau, le noble Art de la Médecine, hein ?

Tout au début de ma vie hospitalière, j’aimais bien me paumer. Cela me permettait de faire voler un peu partout ma toute nouvelle blouse blanche AU RALENTI (cela va sans dire), et c’était un peu la classe.

Depuis, le temps a passé, les patients se sont accumulés, les feuilles de salaire d’argent de poche sont arrivées. Ma tête a sans doute un peu dégonflée aussi… Le coup de la blouse au ralenti, aujourd’hui, ça me fait bien marrer.

Ce qui me fait moins rire, c’est donc très logiquement mes escapades répétées dans tous les recoins de l’hôpital. Certes, j’y découvre des trucs fort intéressants : la chapelle, le service du personnel, le bureau du directeur, la chambre funéraire… bon à savoir. Mais j’y perds quand même un temps fou. Et puis, dans un bâtiment ou des patients trainent partout, porter une blouse blanche, ça peut-être dangereux : avis médicaux, renseignements, tentative de drague (femme médecin, ça vous fait rêver, et ce n’est pas qu’une rumeur).

(Un jour, un monsieur a carrément profité de l’occasion pour me faire un AVC. Toute seule dans le couloir, avec un papy qui soudainement présente une déviation de la bouche, un clignotement de la paupière, une asymétrie faciale, et une incapacité à parler. J’étais en deuxième année, juste assez pour savoir que c’était grave. Heureusement, une infirmière vadrouillait dans le couloir d’à coté. )

Parfois, on me demande même où est la sortie. Poker face.

L’autre jour, quand la secrétaire de neuro (secrétaire que j’avais déjà eu bien du mal à trouver) m’a dit d’aller voir le Dr Babinski "dans l’aile ouest des nouveaux locaux" (combo!), elle a du penser que ce serait mieux d’en informer toute la populace rassemblée autour du secrétariat, usant donc de sa voix de stentor.

(En vrai, je sais qu’elle mène un long travail de déstabilisation des externes, du fait de son tragique complexe d’infériorité. Sale garce.)

Bon. Blouse blanche, autorité, Olympe, tout ça. Je ne vais pas casser le mythe en ayant l’air hésitante, égarée, voire effrayée à l’idée d’errer des heures avant d’arriver chez le Dr Babinski. J’établis donc in petto un plan en trois étapes, c’est mon côté cartésien.

Étape 1 : je souris. Je suis une gentille fille, catholique tendance bisounours, et en plus mes futures rides seront plus jolies. Et puis quoi, je gère la situation. Aile ouest des nouveaux locaux, c’est dans mes cordes. Ein kinderspiel für mich (7 ans d’allemand, tout de même). Il suffit de s’en convaincre.

Étape 2 : je fuis je pars d’un pas assuré, et je chope le premier ascenseur venu pour quitter cet étage maudit. Je profite de l’attente pour regarder le scan de ma patiente, et me rachète ainsi une contenance à peu de frais.

Étape 3 : j‘appuie sur n’importe quel bouton dudit ascenseur. Tiens, par exemple, le rez-de-chaussée. Bonne stratégie, c’est bien le rez-de-chaussée, c’est le seul étage avec des panneaux partout.

A cet instant précis de l’histoire, je me retrouve donc perdue dans un ascenseur, avec une confiance en moi frôlant le zéro. Aussi proche de trouver le Dr Babinski que de réussir à retenir le spectre des antibiotiques.  Si jeune et déjà brisée par le monde hospitalier… Pour un peu, je pleurerais.

Premier étage, l’ascenseur marque une pause, un patient rentre en trainant sa perf’. Me regarde. Me sourit (suis pas sûre de l’efficacité antirides, finalement). Et me salue d’un timide « bonjour DOCTEUR ». Pour le coup, c’est moi qui souris, ma fierté retrouvée. Il m’en faut peu, je sais.

Cet homme pouilleux en pyjama d’hosto, le teint trop jaune et le nez trop rouge pour ne pas être alcoolique, qui sortait fumer sa misérable clope, attaché au bout de sa perf’… rigolez pas, mais je crois l’avoir reconnu : c’était mon ange-gardien. J’vois qu’ça.

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