Investissons la psychanalyse de l’écriture

30 nov

Ouvrir un document Word. Fermer les yeux, laisser monter l’émotion, et écrire. Les mots jaillissent spontanément, ils débordent, ils soulagent. Avec eux, je peux prendre du recul sur mon sentiment, je peux m’approprier des situations bouleversantes en leur donnant un nouvel angle. Parfois je partage le texte ici, mais souvent non. Mon ordinateur recèle des dizaines de documents, allant de 2-3 lignes à des pages entières. J’en ai besoin, tous ces mots pensés me permettent de panser mes maux. Je sais, facile. :)

On ne revient pas indemne de l’hôpital. En tout cas, moi, je ne sais pas faire. L’injustice, la colère, la lassitude, la révolte ; la tendresse, l’espoir, la joie, l’amour… Ce métier est saturé d’émotions fortes. Et moi, j’ai besoin d’écrire tout ça, pour bien le vivre. Sinon ça ne passe pas, ça reste en travers de mon âme, et je m’alourdis petit à petit. Oh, je n’écris pas tout : certains patients, certains soignants, certaines histoires.

Service de psychiatrie. Chaque patient, chaque patiente me donne envie d’écrire un livre entier. Mais bizarrement, cette fois-ci les phrases ne s’alignent pas dans ma tête, et rien ne vient relier les quelques mots qui émergent. J’ouvre quand même un nouveau document Word, sait-on jamais ? Allez, Dop, pense très fort à… Camille, par exemple. Laisse monter l’émotion, n’en ai pas peur.

¾ d’heure. Une phrase, qui sonne mal en plus. Bon, on repassera.

 ***

Alors oui, tu ne rêves pas lecteur, je suis bien en train de faire un article sur mon incapacité à écrire. Disons que je suis une fille culottée, ça me fera plaisir. En plus c’est vrai, je porte une culotte.

La vraie question, c’est pourquoi je n’arrive pas à écrire ?

- Donnez-moi une cirrhose, j’en connais la physiopathologie, les étiologies, les complications, les traitements de fond et de crise. Je comprends. Alors qu’un dépressif, une anorexique, un schizophrène… c’est plus complexe, c’est dans la psyché, et ça me dépasse. Au début du stage, j’étais même en colère contre les suicidaires, et j’ai mis du temps avant de reconnaitre en eux de vrais malades *vraiment malades*.

- Je ne trouve pas  le ton juste. J’ai l’impression de salir leurs histoires si dures avec mes pauvres mots. L’abandon, l’inceste, la violence psychologique ou physique, les divorces, les décès, des relations mal ajustées… Tous ceux qui subissent cela ne finissent pas en psy, heureusement. Mais certains de mes patients ont été assez blessés pour développer des névroses / psychoses bien cognées, et je crois qu’au fond ça m’intimide. Leur souffrance m’intimide.

- Souvent je me dis que j’aurais pu être à la place de mes jeunes patientes, si Dieu ne s’était mêlé de la partie. Souvent j’ai reconnu des proches dans ces lits d’hôpitaux. Alors j’ai peur de projeter sur ces personnes mes blessures, mes schémas de pensée. Et je les respecte trop pour ça.

 

Sans doute un jour, plus tard, j’écrirai, il faudra bien que ça sorte. Peut-être que je publierai ici. On verra.

 ***

En attendant, pour rendre à ce billet le ton plus léger qui était prévu au départ, rha ces filles qui changent d’avis toutes les deux secondes c’est pénible,  voici quelques extraits de #LangageDePsy,  franchement c’est cadeau (et c’est 100% véridique ancré dans la réalité) !

[EDIT: pour le pot-pourri suivant, j'ai sélectionné les phrases les plus loufoques de plusieurs mois de stage. Mais je tiens à souligner que c'est un best-of, et donc non représentatif du discours des psy en général... D'autant plus que je mélange sous le terme 'psy' psychiatres, psychologues, psychomotriciens, infirmières psy... qui n'ont pas tous les mêmes envolées lyriques. Bref, c'est drôle, mais ce n'est pas représentatif.]

"C’est comme un jeu de dupes, où nous ne serions pas dupes… (Long silence)… Mais nous jouons quand même"

"Je vais mettre du temps à me repolariser, il m’a activée toutes mes barrières psychiques"

"Sa forclusion du nom du père est complètement caractéristique"

"Hmm hmm"

"Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises situations"

"Les chirurgiens sont des psychotiques non décompensés"

"On peut interpréter sa perte de poids à une manière bien à lui de résister à la mère archaïque"

"La seule manière de bien comprendre Lacan, c’est de regarder Matrix"

"Ça sert à quoi, déjà, l’urée et la créat’ ?"

"Je les ai vus dans une temporalité très courte"

"La part d’érotisation est bien émoussée par cette carapace"

"La sidération du psychique se tient dans un marasme environnemental"

"Le milieu apparait carencé éducativement"

"Nous n’avons pas encore eu le temps de rentrer dans l’intersubjectivité de notre relation que déjà elle m’a intégrée comme objet de séduction"

Ça donnerait presque envie de suivre une psychanalyse, non ?

Nan, franchement, ça donne envie.

Si, franchement, ça donne envie.

Admiration d’externe

24 nov

7h45, tour du matin. Bienvenue en chirurgie.

8h30, incision du premier patient. 7 blocs sont prévus dans la matinée.

14h30, déjeuner sur le pouce, avec ce qui reste du menu du jour.

15h, tour de l’après-midi.

17h, une appendicite aux urgences, retour au bloc.

18h, dictée des courriers de sortie du jour.

20h, RCP (Réunion de Concertation Pluridisciplinaire)

23h, fin de la journée.

***

Je pourrais faire un portait à l’acide des chirs, plaisanter sur leur tour express, vous rapporter leur propos orgueilleux, me défouler sur leur humour *spécial*, faire un top five des meilleurs courriers de chirs… et peut-être qu’un jour je ferai tout ça. (Nan sans dec’, y’a de la matière !)

***

Mais avant, bien avant… Je voudrais leur rendre hommage. Et ben ouais, ils m’épatent.

Ils ont 5 ans d’internat + 1 année de recherche quasi-systématique + 2 ans de clinicat. En gros, 13-14 ans avant d’être complètement de vrais chirurgiens.

Ils se donnent à fond, ils ont des horaires pourris, des gardes, des astreintes à n’en plus finir.

Ils ont une grosse pression. Une main qui tremble, et paf la veine cave. (Et paf le patient). Les plaintes et procès se multiplient, les erreurs ne sont plus admises.

Ils sont capables de déjeuner en 5 minutes top chrono.

Ils sont capables de ne pas déjeuner.

Ils sont capables de ne pas faire pipi pendant plus de 10h d’affilée. Vraie performance, mine de rien.

Ils sont capables de se réveiller à 4h du matin, de s’habiller en stérile (déjà), et d’aller sauver la dame en pleine péritonite.

Ils maitrisent le moindre recoin de l’anatomie humaine.

Ils savent rester polis garder la maitrise de leurs gestes quand le patient se transforme en champ de mines explosant les unes après les autres.

Ils sont un peu des grands gamins parfois, laissant l’externe graver ses initiales sur un bout de foie pour qu’elle s’entraine. (Et ouais, je sais).

Ils touchent des tumeurs de leurs doigts, ils luttent à mains gantées contre ces saloperies.

Ils doivent toujours rester dans la course. Toujours se former, essayer, innover. Diminuer les risques, limiter les dégâts, tenter l’impossible.

Ils sont plus que les autres peut-être soumis au manque de moyens : manque de blocs, de matériel, de personnel, de plateau technique.

Ils ne sont pas toujours bien vus, ni par leurs confrères, ni par leurs patients.

Ils voient des gens mourir en direct live (si j’puis dire).

Ils sauvent des vies.

***

C’est vrai, ils ont des défauts. Tant pis.

Ce sont avant tout des médecins incroyables.

(M’est avis que les anesths déteignent sur eux) :)

***

Ps: par exemple, tenez: Stockholm, interne de chir, ben elle déchire.

Fausse couche, vraie vie

25 oct

Il n’y a pas grand-monde ce jour-là aux urgences, son arrivée me sort de ma léthargie.

« Bonjour Madame, veuillez me suivre. Vous pouvez vous asseoir… Alors, racontez-moi ce qui vous amène ? » 

Merde, elle fond en larmes. Mauvais signe.

Elle est enceinte, elle est venue une semaine plus tôt pour être sûre, même que l’écho était normale. Elle est pliée en quatre de douleurs. Elle saigne. Elle angoisse, elle n’ose pas prononcer le mot de fausse-couche. « Ça porterait malheur. Et puis, c’est peut-être des jumeaux qui étaient superposés à l’écho, ils n’avaient pas assez de place pour deux, alors l’un d’entre eux s’est sacrifié ? ». Bon, ça ne va pas être facile.

J’évoque les différents diagnostics possibles, et tente de dédramatiser une éventuelle fausse-couche ; c’est bien ce qui se profile à l’horizon. Non, ce ne serait pas de votre faute. Oui, vous pourriez avoir d’autres grossesses sans problèmes. Oui, c’est fréquent, environ une grossesse sur 5. Je ne sais pas trop si le message passe, au milieu de ses mouchements ( ?) assez sonores. En tout cas elle s’arrête de pleurer, alors je lui prends ses constantes et lui palpouille le ventre.

L’interne arrive, l’examen gynéco commence avec moi dans le rôle du médecin. Effectivement, ça pisse le sang. Je pose mon spéculum et découvre… un truc bizarre. Je sais pas, le col est gonflé, mais surtout, là au-milieu, c’est, euh, quoi ? Interne chérie ? Me dis pas que c’est… si ?

Du matériel trophoblastique.

L’interne me tend la pince, un petit pot, et je commence à tirer sur les tissus, bloqués au milieu du col. La patiente gémit, elle doit douiller méchamment. Et soudain, je l’ai. Au bout de ma pince, un bout d’embryon.

Petit pot. Étiquette. Je ne le pose pas dans la bannette, je veux le descendre moi-même au labo. Seule dans l’ascenseur, avec ce petit bocal. Avec ce petit bout d’être humain. Avec ce mort qui a vécu. Je suis un peu paralysée… Je dessine timidement une croix de bénédiction, puis récite un Notre-Père, en communion avec cette petite âme déjà plongée dans la Béatitude éternelle, déjà auprès de Lui.

Finalement… Je crois bien que c’est elle qui me bénit.  :’)

Marraine

19 oct

Je n’oublierai jamais cette patiente.

Motif d’hospitalisation : prise en charge palliative d’une patiente de 72 ans, dans un contexte de néoplasie pulmonaire avec métastases hépatiques et cérébrales. Bienvenue en soins pall’.

Je me rappelle de son nom, son visage, son rire, ses yeux lumineux. Son mari était décédé, ils n’avaient pas eu d’enfants. Elle était croyante, catholique, d’une foi profonde qui avait guidé sa vie. Chaque fois que nous allions la voir dans sa chambre, elle essayait de nous convertir… « Vous savez, je vais mourir, je suis si heureuse de Le rejoindre !»… « Vous savez,  faut pas avoir peur, Il m’a rendue heureuse toute ma vie, Il veut faire pareil avec vous ! »… « Vous avez lu la Bible ? Vous devriez ! ». Autant vous dire que je riais beaucoup sous cape ma blouse.

***

Elle n’avait qu’une visite : sa filleule qu’elle avait élevée, protégée, aimée. Elle lui avait transmis sa foi. Ces deux femmes vivaient dans une incroyable complicité de cœur. Elles avaient traversé bien des choses ensemble, ça se voyait. La filleule ne parlait pas de Dieu, mais de sa marraine : « vous savez, dans les contes, les marraines ce sont des fées… ben Marraine c’est pareil : ma bonne fée. »… « Marraine a eu une belle vie, elle a aimé tous ceux qui se sont trouvé sur son chemin »… « Marraine a tellement de chance de pouvoir être là, quelle bulle de paix dans l’hôpital ! ».

Il y avait aussi la fille de sa filleule, une petite puce d’une dizaine d’années. Elle avait l’air de trouver tout ça normal, l’hôpital, les soins pall’… Elle passait des heures à dessiner près de Marraine, à lui tenir la main, à jouer avec le chien du patient d’à côté. Elle ne parlait pas beaucoup, mais elle chantait des cantiques, avec sa frêle voix d’enfant.

 ***

Marraine est restée quelques jours avec nous. Venir la voir était un bonheur, elle avait toujours le sourire. Elle voyait son ange-gardien, on notait hallucinations dans le dossier médical. Elle était béate, on écrivait état d’euphorie persistant. Sacrées métastases cérébrales !

 ***

Et puis, elle est décédée. Les mains croisées sur sa poitrine, tenant son vieux crucifix de bois. Sa filleule lui caressait la main et égrenait un chapelet en silence. La petite fille chantonnait, on l’entendait du couloir.

Evenou shalom alerhem !
Evenou shalom alerhem !
Evenou shalom alerhem !
Evenou shalom alerhem !


Nous vous annonçons la paix,
Nous vous annonçons la paix,
Nous vous annonçons la paix,
Nous vous annonçons la paix, la paix, la paix de Jésus !

Nous vous annonçons la joie,
Nous vous annonçons la joie,
Nous vous annonçons la joie,
Nous vous annonçons la joie, la joie, la joie de Jésus !

Nous vous annonçons l’amour,
Nous vous annonçons l’amour,
Nous vous annonçons l’amour,
Nous vous annonçons l’amour, l’amour, l’amour de Jésus !

Nous vous annonçons la paix,
Nous vous annonçons la joie,
Nous vous annonçons l’amour,
Nous vous annonçons la paix, la joie, l’amour de Jésus !

Je suis catho, kesako ?

13 oct

Jeudi dans le (pas si) petit monde catho, a débuté l’année de la Foi. Du coup, y’a pas de raisons que vous n’en profitiez pas. C’est l’occasion d’en parler, surtout à vous, chers lecteurs athées (voire anticléricaux pour les plus vilains). 

Je suis catholique. Qu’est ce que ça veut dire ?

Je ne couche pas le premier soir

Je vote à droite

Je vote à gauche

Je ne vote pas

Je suis contre le mariage homosexuel

Je suis contre l’avortement

J’ai 23 Claire dans mon répertoire

Je suis sage

Je me brosse les dents 3 fois par jour

Je ne peux pas comprendre

C’est un peu ma faute pour le SIDA

J’écoute Glorious en boucle

Je fais de l’humour catho

J’ai un père spi (coucou mon père)

J’aide les gens

Je connais beaucoup de familles nombreuses

Je suis pour la paix dans le monde

Je crois en Dieu.

Croyez-moi, c’est déjà beaucoup.

 

Je crois que Dieu est trine, le Père (le vieux à la barbe), le Fils (Jésus), et le Saint-Esprit (la colombe). Trois personnes différentes, et si profondément unies dans l’amour qu’on ne peut les dissocier. (Je suis d’accord, ça m’occupe des heures entières à méditer là-dessus).

Je crois que Dieu a créé le monde et l’a donné à l’homme, par amour. Et cela était bon, harmonieux, splendide. A l’image de Dieu.

Je crois que l’homme (un peu aidé de la femme, faut l’admettre) a voulu faire bande à part, et devenir calife à la place du calife. Au lieu d’obéir par amour pour Dieu, il a désobéi par amour pour lui-même, par orgueil: c’est ce qu’on appelle le péché originel. Il s’est retrouvé bien embêté ensuite, soudain l’harmonie était rompue. Et Dieu a souffert de voir sa création entachée ; Il avait prévu le coup, bien sûr… mais avait préféré voir l’homme pécheur plutôt que privé de la liberté de pécher. (Notez l’Amour du bon Dieu pour nous).

Je crois que Dieu n’a pas lâché l’affaire, Il nous aime pas à moitié, Il s’est décidé à sauver l’humanité de son péché. Il a commencé par un peuple, parce qu’Il est pragmatique quand même. Va savoir pourquoi, Il a choisi les juifs. Abraham devait avoir une bonne tête, ou alors Il voulait du soleil… ça, c’est son mystère. Il a envoyé des prophètes à ce peuple (Moïse, Élie, et des centaines d’autres), Il leur a donné une Loi (les 10 Commandements), Il les a accompagné dans leur histoire… Le peuple juif écoutait, priait, apprenait à connaitre Dieu… puis s’en écartait. Ben ouais, même élus par Dieu, ils restaient des hommes.

Je crois que Dieu a alors mis le paquet : Il est venu lui-même sur terre. Il a grandi dans une famille normale (j’veux dire, à part sa mère vierge), il avait un boulot normal (charpentier), Il s’est chopé des coups de soleil et a tapé sur un bout de bois pour faire de la musique, comme tout un chacun. Il a annoncé la Bonne Nouvelle, à savoir le salut de l’humanité et la résurrection. Il a prêché la révolte de l’Amour parfait. Il a guéri les malades, Il a dépassé les clivages de son époque… Il a aimé. Étiqueté « fauteur de troubles », Il a été tué : Dieu s’est laissé crucifier par sa créature, et Il est mort. Rigidité cadavérique et tout. Vraiment mort, quoi. Et après… IL EST RESSUSCITÉ ! (Alléluia, Il est vraiment ressuscité! #réflexe #pardon) La mort est vaincue, le Mauvais est laminé à plates coutures. Oh, encore aujourd’hui il se déchaine, y a pas de doute ; justement, il sait qu’il a perdu. L’amour de Dieu vaincra, toujours.

Je crois que l’Esprit Saint a alors élargi son action pour atteindre le monde entier; que depuis 2012 ans, Il souffle dans le cœur de chaque homme, pour venir y vivre et en faire des saints, pour construire la Civilisation de l’amour ! Je crois que St Paul, St Louis, Ste Jeanne d’Arc, Ste Thérèse de Lisieux, Bienheureux Jean-Paul II, mère Térésa, les moines de Tibhirine et tous les autres (et ils sont nombreux) vivaient de cet Esprit, de cet Amour. Et que moi, Dopamine, je suis appelée à la même chose. Et ouais.

Sainte Dopamine, ça claque, non ?

Ps: je vous rassure, aucun des psychiatres de l’hosto ne veut m’interner pour l’instant. En même temps, y’a 2 milliard de personnes comme moi, y’aurait un sérieux manque de place. \o/

Ps 2: j’ai utilisé mes propres mots pour vous parler de ma foi, je ne saurais pas faire autrement… Si un catho passant par là voit des erreurs ou approximations, qu’il n’hésite pas! Merci :)

 

Réflexion de cafet’

27 sept

L’autre jour, le service était désert, le chef était absent, il flottait dans l’air comme un petit goût de liberté… Je suis descendue à la cafet’ de l’hosto faire une pause, et même que j’ai pris mon temps. Ok, j’assume, j’ai scandaleusement glandé en regardant les gens qui passaient la porte. J’ai ce côté concierge qui sommeille en moi.

Bref, je savourais tranquillement mon double-expresso, et j’en ai profité pour réfléchir – ou méditer si tu préfères (c’est la même chose en version catho) – à l’incroyable mélange de personnes que constitue un hôpital.

Il manque juste ma cafet’, mais sinon l’hôpital des Sims parait cool. De "Theme Hospital, pardon. (Merci les geeks <3 )

***

Des fœtus, des enfants, des adultes, des vieux.

Des vivants et des morts. Des qui vont naître, des qui vont mourir.

Des pauvres et des riches, des ouvriers et des patrons, des clodos et des célébrités. Surtout des clodos, quand même.

Des familles et des amis.

Des femmes enceintes et des femmes éplorées.

Des médecins, des chirurgiens. Des internes, des externes et quelques thrombus de couloir qui font joli dans le décor.

Des cadres, des infirmières, des aides soignantes, des sages-femmes.

Des psychologues, des assistantes sociales, des ergothérapeutes, des kinés.

Des brancardiers, des laborantins, des manips radio, le mec de la morgue.

Des secrétaires, des femmes de ménage, des informaticiens, des mecs de la sécurité.

La nana de la cafétéria, aussi. Elle a le droit à une ligne pour elle toute seule, elle. <3

Le directeur avec son joli costume, la direction, ceux qui gèrent le côté business. Les mecs du bureau du Personnel.

Les dames (et le monsieur) cantine.

Les bénévoles de soins palliatifs, ceux de la bibliothèque, ceux pour les enfants malades, l’aumônier.

 ***

Cette liste est loin d’être exhaustive ; pourtant déjà, elle me donne le tournis.

Et tous ces gens sont réunis… par la volonté de soigner les malades.

Au service de la vie.

Je ne sais pas, je trouve ça dingue. Je trouve ça beau.

Quand je discerne

23 sept
Elle a 24 ans.
Elle fume.
Elle est anorexique.
Elle croit qu’elle est allergique au pollen mais elle n’est pas sûre.
Elle est dépressive.
Elle ne voit plus bien dans ses lunettes d’il y a 4 ans.
Elle a une IVG à son actif, pas de contraception et des rapports sexuels non protégés dès qu’il y a « un moment de passion ».
Elle a souvent mal au ventre, souvent ballonnée, tous les examens sont normaux, elle ne comprend pas. Son médecin « ne la croit pas ».
Elle a les jambes lourdes en fin de journée, et une veine qui commence à bien se voir.
***
Elle est aux urgences gynéco.
Elle vient pour une infection urinaire.
Elle est soignée pour une infection urinaire.
***
Je suis terriblement frustrée.
Je pense que je veux être médecin généraliste. :)

 

 

[Article court pour me remettre en jambes après tout ce temps, vous m'excuserez... Et pour ceux qui vivent dans le suspense depuis le dernier article: j'ai validé mes rattrapages! \o/ ]
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