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Apprendre à être là.

12 jan

Il était environ 16h, je crois ; il me restait encore 2h30 avant de finir cette garde aux urgences. La matinée avait été agitée, beaucoup de patients, beaucoup d’énervement, beaucoup de cas qui ne ressemblaient à rien. Nous avions été déjeuner tour à tour, rapidement, sur le pouce, la ceinture nouée aux reins, les sandales aux pieds et le bâton à la main. Mais finalement le flux de patients s’était tari, et l’après-midi était particulièrement calme.

Il est environ 16h, et voici qu’une nouvelle patiente arrive. L’ordinateur m’apprend qu’il s’agit d’une AEG (Altération de l’État Général) chez une patiente de 89 ans, soit la pire combinaison possible à mes yeux d’externe : ça peut aller du syndrome grippal à la dépression mélancolique en passant par la découverte d’un cancer, la confusion sur fécalome, l’infection du poumon… Tout est possible, tout est réalisable.

J’entre donc dans la chambre telle une exploratrice en terre inconnue, armée de mon stéthoscope et de mon marteau réflexe, au taquet pour dégainer mon bon de radio ou de scanner… Prête à sauver une vie en somme ! (C’est beau, hein ?)

Tadaaaaaam !

Dopa l’exploratrice

Bref.

Je me retrouve en fait face à une frêle femme de 89 ans, qui m’explique doucement qu’elle a une masse abdominale et du sang dans les selles depuis plus d’un an, mais qu’elle a refusé les explorations. Elle ne voulait de toute façon pas se faire opérer si on lui trouvait un cancer, encore moins envie de chimio… je la comprends. Elle est restée tranquillement dans sa maison de retraite, se rappelant de son mari décédé, regrettant les enfants qu’ils n’avaient pas eus, recevant parfois la visite de sa nièce. La boule a grossi, la patiente a maigri. Et puis voilà, aujourd’hui son médecin traitant l’envoie pour AEG, avec un courrier expliquant que le maintien à domicile est devenu impossible, avec une fatigue majeure, de grosses difficultés à manger et boire, des douleurs difficiles à juguler, et une anémie bien cognée sur le bilan de la veille.

Je relève la tête de mon courrier, nous échangeons un regard. Nous savons toutes les deux qu’elle risque fort de ne jamais retourner chez elle, qu’elle est probablement arrivée au bout de sa vie. Je l’examine doucement, j’essaie de prendre le temps de l’écouter, de lui tenir la main, de la rassurer.  Elle me dit – peut-être pour me rassurer moi ? – « vous savez mademoiselle, à mon âge, on n’attend plus que ça. Mon mari me manque… Je n’ai pas eu d’enfants. Il n’y a plus personne qui m’aime, je ne sers plus à rien, je veux mourir maintenant ».

Oh, mon Dieu, Jésus… Que dire, que faire, du haut de mes 23 ans ?

Je lui glisse maladroitement que bien sûr je comprends, c’est vrai que c’est difficile, mais que je crois qu’aucun de nous ne sert à quelque chose, que le sens de la vie n’est pas d’être utile, qu’elle peut encore aimer, que c’est l’essentiel.

« Oui, je peux aimer, c’est vrai. Mais aimer qui ? Moi je suis toute seule…»

Je ne sais pas quoi répondre, je suis désemparée, je suis là avec mes grandes idées face à une souffrance toute nue, je suis en colère contre sa solitude, je suis mal à l’aise dans mon rôle de médecin, je voudrais juste lui faire un câlin. Je me sens petite, alors je me contente de lui caresser la main et de lui promettre de faire au mieux pour sa prise en charge. Elle refuse le scanner, mais accepte la prise de sang.

Je ressors de la chambre, un peu perdue. Je demande le bilan biologique, j’appelle dans les étages pour trouver une place. Pas de souci, il faut juste attendre les résultats du bilan. Je m’assois en salle de garde, vraiment c’est très calme cet après-midi. Nous discutons avec les autres externes et internes, le chef est là, ça alterne entre discussions médicales et blagues vaseuses. Une heure passe, sans patient pour moi.

Le bilan arrive enfin, l’anémie est toujours aussi cognée, la dénutrition est sévère, les reins déconnent… pas vraiment de surprise, la patiente peut monter.

C’est à ce moment-là que je réalise que j’aurais très bien pu passer l’heure d’attente avec elle, plutôt que de la laisser seule dans son box. J’aurais pu passer une heure à l’écouter, à lui parler. Une heure à être un peu plus que médecin, une heure à prendre le risque de l’humanité gratuite.

Je me promets que je serai plus vigilante la prochaine fois, que je saurai être là.

Ma patiente est probablement décédée aujourd’hui, 6 mois après cette rencontre ; je regrette toujours ce temps que je n’ai pas su ou pas osé prendre.

Heureusement… Je crois que l’Éternité nous l’offrira.

\o/

Fausse couche, vraie vie (2)

8 oct

J’ai été choquée de te rencontrer aujourd’hui à l’hôpital, tellement que je suis rentrée chez moi plus tôt que prévu. J’ai parlé de toi à ma coloc, la voix pleine de sanglots, et après je me suis blottie sous ma couette.

Tu avais subi une fausse couche la veille. 13 semaines d’aménorrhée, environ 11 semaines de grossesse. Personne ne sait pourquoi c’est arrivé… C’est comme ça, voilà.

***

Tu étais là, si petit dans ton bocal.

Nous avons commencé par te mesurer, 9 centimètres et demi.

Nous t’avons pesé, 22 grammes.

Nous avons regardé tes deux yeux, un peu blanchâtres. Tes oreilles légèrement basses, ton nez que l’on devinait.

Nous avons ouvert ta bouche avec un petit stylet.

Nous avons compté tes doigts et tes orteils, 20 tout pile.

Nous avons ouvert tes jambes, vu ton anus, et ce qui ressemblait à un début d’organes génitaux masculins.

Nous avons mesuré la longueur de ton pied, un peu plus d’un centimètre.

***

C’était choquant de te voir si petit, et si complet.

C’était choquant de les voir te toucher, te porter, comme un vulgaire bout de foie. Ils appuyaient fort sur ta tête pour voir comme elle était toute molle ; ils observaient la couleur et la texture de ta peau qui disaient que tu étais tout déshydraté, mort depuis quelques jours déjà ; puis ils t’ont maintenu avec des règles pour te garder bien droit pour la photo.

C’était choquant d’être la seule choquée.

***

Je ne savais pas quoi faire, j’étais un peu tétanisée.  Alors j’ai fait la seule chose que je pouvais faire, je t’ai caressé doucement le dos, le ventre, le visage, du bout de mon doigt ganté.

Et j’ai prié.

Qu’est-ce qui vous amène ?

29 sept

Bonjour ! Alors dites-moi, qu’est-ce qui vous amène aux urgences ?

-voilà, je suis venu il y a deux jours, on m’a dit que j’avais une entorse, mais je ne comprends pas, j’ai encore mal si je ne prends pas de paracétamol… Vous croyez que c’est grave ?

-voilà, j’ai une verrue je crois, depuis 3 semaines, mais elle me fait mal et je voudrais voir un dermato pour l’azote.

-voilà, j’ai été voir mon médecin traitant et il m’a dit de venir ici : j’ai une tique à faire retirer.

-voilà, j’ai remarqué depuis quelques mois que quand je suis pliée vers le sol et qu’ensuite je relève la tête, ben ça tourne quelques secondes.

-voilà, j’ai mon fils  qui est venu ici hier, il venait pour malaise avec perte de connaissance et il a eu un scanner de la tête, je me suis dit que ce serait pas mal que j’en ai un aussi, je suis tombée il y a 3 semaines.

-voilà, j’ai un bouton bizarre qui a poussé, j’ai gratté et maintenant il y a un truc tout noir. (Une croute de bouton de moustique, en fait).

-voilà, je viens pour faire un ketchup complet, vu que je suis vieille maintenant. (Un check-up, en fait).

-Voilà, parfois j’ai des malaises, je m’évanouis de là à de là (montre son cou et ses genoux), mais je ne perds pas connaissance, hein !

-voilà, mon ami m’a dit au réveil que j’avais les yeux rouges, je me suis dit que ça pouvait être grave.

-voilà, je n’arrive plus à situer les évènements de la journée, je suis désorientée. Et sinon, normalement je ne bois jamais, mais là j’ai bu 4 vodkas.

-voilà, il y a deux semaines j’avais une grosse bronchite et j’ai craché un petit peu de sang. J’étais en vacances alors je n’ai rien fait, mais je devais reprendre le boulot ce matin, je me suis dit que c’était l’occasion.

-voilà, je n’ai plus de Subutex et mon médecin traitant a refusé de m’en prescrire, il me déteste vous comprenez ?

- je ne sais pas pourquoi je suis là, et d’ailleurs on est où ?

-je ne vous le dirai pas. Je veux parler au chef.

Un métier à apprendre, un métier pour apprendre

19 juil

Aujourd’hui, j’ai appris à

-différencier un vertige d’origine centrale ou périphérique,

-conclure à l’origine ORL d’un vertige,

-reconnaitre une péritonite appendiculaire,

-diagnostiquer une pancréatite aiguë (typique, comme dans les livres),

-demander la biologie nécessaire au calcul du score de Ranson de ladite pancréatite aiguë,

-prendre en charge un phlegmon des gaines,

-palper un ganglion de Troisier.

Aujourd’hui, j’ai appris à soigner des maladies.

***

Aujourd’hui, j’ai appris à

-appeler un ORL en ville pour lui demander une consult’ ce jour,

-expliquer à des parents inquiets le déroulement d’une appendicectomie,

-consoler une ado déçue de ses vacances « gâchées par un p’tit bout de ventre absurde »

-appeler la fille d’un patient pour voir les différentes aides à domicile envisageables,

-appeler un tuteur pour avoir l’accord pour hospitalisation,

-négocier avec l’infirmière de chir pour que le patient monte avant le bloc pour diminuer l’encombrement des urgences,

-faire sortir les parents pour demander à une jeune si elle avait une contraception ou une consommation de substances illicites,

-appeler le pneumologue pour avoir un avis EN URGENCE (c’est là toute la subtilité),

-appeler la sécurité pour le patient violent qui tapait dans les murs pour se casser de cet hôpital de merde,

-écouter l’angoisse d’un vieil homme qui ne veut pas aller en maison de retraite.

Aujourd’hui, j’ai appris à être médecin.

***

Aujourd’hui, j’ai appris à

-aimer mes patients,

-laisser Dieu aimer mes patients en moi (bien plus facile, héhé),

-prier pour mes patients,

-accueillir Sa patience quand mes yeux se levaient au ciel (sans se tourner vers le Ciel)

-regarder avec Sa bienveillance, surtout quand mon stock d’empathie était vide,

-voir en mes patients des bien-aimés de Dieu,

-rendre grâce de pouvoir soigner des petits en faisant tout simplement mon travail.  

Aujourd’hui, j’ai appris à être chrétienne.

 ***

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S’il suffisait qu’on s’aime

28 juin

Lorsque je n’étais qu’une jeune et insouciante externe, le monde était beau, il suffisait d’aimer.

Depuis, les stages se sont enchainés, chacun apportant son lot de souffrance observée et de morts constatés. Être externe, c’est découvrir à 22ans qu’un vieux peut être abandonné aux urgences début juillet, donc hospitalisé ; c’est comprendre après trois semaines que la famille a vendu la maison. Fallait payer les vacances, comprenez. Et ce n’est pas un fait divers lu dans le journal, c’est une personne en face de nous, ça pleure, c’est dément, ça comprend pas. Ça souffre. 

***

Lors d’un stage en médecine générale, j’ai découvert le concept d’EHPAD, Établissement d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes.  Les maisons de retraites, quoi. Mon praticien intervenait dans les trois structures de sa ville : différents prix, différents niveaux.

*L’EHPAD « bridge ». Institution privée.  Grande classe. On se croirait un peu dans un club house : parquet, peintures, moquettes, grandes chambres. L’équipe soignante est nombreuse, les familles présentes. La salle à manger est un « restaurant », avec de grandes baies vitrées donnant sur un parc. Limite, on y voit des écureuils et des faons gambader gaiement sur la pelouse.

*L’EHPAD « couture ». Établissement public de niveau respectable. Les couloirs sont plus étroits, la peinture est moins pimpante, la nourriture moins attrayante. Les aides-soignantes sont nettement moins nombreuses, il n’y a qu’une infirmière. La salle à manger est un « self », et les verres à pied sont remplacés par des ex-pots de Nutella – vous voyez de quoi je veux parler.

*L’EHPAD « tu l’as cru ». Tu l’as cru qu’une activité serait proposée. La durée de survie moyenne de l’unique infirmière en poste est de 6 mois avant de démissionner, le reste de l’équipe soignante n’est pratiquement composée que de stagiaires. La salle à manger est une « cantine », les tables sont en mauvais formica. On pourrait sans doute y croiser un fauteuil roulant abandonné, dernier signe d’une personne récemment décédée.

Pour un peu, je déciderai de me mettre au bridge, faut bien penser à son avenir ma bonne dame. 

***

Mais comme globalement (ne nous engageons pas), je suis une fille sincère, je vais vous avouer un truc : quel que soit le niveau, ça pue une EHPAD. On parle quand même d’une baraque où il n’y a que des vieux.

Oh, certains sont très biens, très bonne tenue, bien habillés, élégants. Félicitations du Conseil de classe. Mais d’autres sont de mauvais élèves : ils bavent, ils ne se tiennent pas droit, ils louchent, ils ne parlent plus, ils se grattent, ils sont mal fagotés.

Et des blouses blanches les placent autour d’une table basse, dans un simulacre de vie sociale. Et ils passent l’après-midi, qui dans son fauteuil roulant, qui couvant des yeux son déambulateur, qui surveillant sa canne (on sait jamais), les uns à côté des autres, attendant endormis que le temps passe.

***

Je suis catholique, j’aime la faiblesse, la pauvreté, et chaque prochain m’est une merveille, mais n’empêche. Vous avouerez que c’est glauque, à vision humaine.

Et puis… Et puis… Et puis arrivent les visites. Et tout d’un coup, ces vieux corps décharnés s’animent, des regards s’échangent, des baisers tout piquants se donnent. L’amour trace sa route.

Avant de s’engager politiquement pour le respect des plus faibles, vivons-le. Allons voir nos vieux dans leurs maisons de retraite, appelons-les, tweetons-leur (parait que du coup ils ne seront plus vieux).

Parce que le monde est beau, parce qu’il suffit d’aimer.

 

 

Edit: ma description des différentes EHPAD est glauque, je sais bien. C’est le premier regard que j’ai eu lorsque je suis rentrée à l’intérieur, lorsque cette ambiance si particulière m’a choquée. Et c’est justement le propos de mon billet: il faut dépasser cette vision des choses, qui n’est qu’extérieure. La vérité est autre: ces personnes âgées sont des trésors, si on prend le temps de vraiment les rencontrer, de les écouter. Pour conclure, je reprends une phrase très juste du comm’ de Babeth: "ce n’est pas la vieillesse qui est un naufrage, c’est la façon dont elle est traitée".

La décision du curseur

4 mai

Réveil. Je me lève et je te bouscule, je prépare mon café soluble – je note mentalement de penser à  faire chauffer l’eau avant, la prochaine fois. En retard comme toujours souvent, je retrouve mon interne devant l’hôpital, bonjour bonjour, et nous allons dans le service. Nous enfilons nos blouses, puis écoutons les transmissions des infirmières.

***

M. Gentil, 87 ans, ne va pas bien. Hospitalisé pour une infection grave, il accumule les problèmes : dénutrition, anémie, insuffisance rénale, allergie aux antibiotiques, insuffisance cardiaque, hypoxie… Pour l’instant tout est sous contrôle, mais il suffirait d’un rien pour décompenser l’une ou l’autre de ses co-morbidités. En gros, le patient est sur une ligne de crête, avec un cap aigu à passer. Il peut s’en sortir nickel, mais le moindre coup de vent peut lui faire perdre son équilibre… Et il se pourrait bien que sa nouvelle crise de goutte du jour soit ce coup de vent – un mistral perdant, en somme.

***

Face à un tel patient, la question que personne n’ose poser clairement est : jusqu’où va-t-on ? Souvent, on en reste aux sous-entendus, aux soupirs, aux silences… Heureusement, mon interne est un chouette type : il décide de prendre le taureau par les cornes, et ça détend tout le monde : l’équipe peut imaginer ce qui risque d’arriver, donner son avis, échanger. Anticiper. Expliquer les soins, mettre tout le monde d’accord dessus.

En effet, s’il ne faut pas s’obstiner déraisonnablement, il ne faut pas non plus abandonner la partie. Il faut juste savoir où placer le curseur, et ce n’est pas vraiment fastoche. Ce n’est pas logique ou rigoureux, ce n’est pas dans les livres, ce n’est pas un protocole à suivre.

***

Prenons le cas de la dénutrition. Elle grève sévèrement le pronostic, et son amélioration peut vraiment permettre à M. Gentil de passer ce foutu cap. Nous avons toute une gamme de moyens, plus ou moins invasifs, pour lutter efficacement et rapidement contre. Nous avons commencé par les compléments alimentaires, ça ne suffit visiblement pas. Il faut maintenant envisager l’étape 2 : la sonde naso-gastrique. Médicalement, ça va clairement l’aider à faire face à cet épisode aigu. Ce n’est pas douloureux une fois en place. La nutritionniste est partante. Le risque iatrogène est limité, et financièrement c’est peanuts. De notre point de vue, la sonde vaut largement le coup.

Mais pour M. Gentil ? Est-ce que c’est déjà trop ? Est-ce que ça a du sens d’aller coller un tuyau à un vieux monsieur de 87 ans tout plein de maladies qui de toute façon finiront par gagner ? Est-ce que le bénéfice est suffisant ?

Pour en parler, nous passons une heure avec lui, puis une heure avec sa famille. Nous abordons entre autres ce problème précis, en expliquant les intérêts de la sonde, en écoutant les réticences du patient. Finalement, nous convenons de la poser puis de réévaluer son intérêt dans une semaine.

Nous décidons tout simplement, ensemble, de l’emplacement du curseur pour chaque problème.

On se met aussi d’accord pour marquer NTBR dans son dossier, en gros, en rouge et en souligné : Not To Be Reanimated.

***

A la fin de la journée, la prise en charge est claire. L’équipe, le patient et la famille sont d’accord avec ce qui est décidé, chacun a pu formuler ses questions et ses opinions : une vraie décision collégiale, comme dans les livres. Je bénis mon interne qui a si bien géré la situation.

Avant de partir, en retirant nos blouses, nous nous demandons : sérieusement, qui sommes-nous pour participer à des décisions pareilles ? Nous avons 23 et 27 ans, le chef qui a juste validé la décision en a 32.  Nous ne sommes ni philosophes ni penseurs, nous ne savons pas, la blouse ne nous rend pas meilleurs ou plus sages que les autres.

Mais peut-être qu’elle nous permet d’y croire un peu, pour nous rendre capables d’affronter ça ?

Être catho, le dimanche à la messe et la semaine à l’hosto

10 fév

Récemment, j’ai eu l’occasion de discuter avec des personnes très différentes, dans des occasions tout aussi variées, d’un même sujet de conversation : la place de la foi dans ma vie professionnelle. Et puis, à la messe ce matin, on m’a dit que c’était le Dimanche de la Santé, on a prié pour les malades et leurs soignants. Alors ça a fait tilt dans ma tête : que veut dire être « une catho à l’hosto » ? C’est plus ou moins facile d’en faire un blog, encore faut-il vivre le truc. Réfléchir deux trois minutes, voire plus si affinités. J’en avais déjà parlé , mais je sens que ça va être un thème récurrent par ici. 

croix rouge blog

Quand je suis à l’hosto, je suis catho. Pleinement. Je ne laisse pas Dieu à la porte, je passe la journée avec Lui. (Tout du moins j’essaie… Disons, des instants de journée). Il serait décevant de Lui donner ma vie, « sauf les heures où je travaille, parce que Tu comprends, là ce n’est pas possible, Tu n’es pas assez neutre et politiquement correct. Reste là, assis pas bougé, je Te récupère à 18h30 ». On nous répète avec raison qu’il faut soigner le malade et non la maladie, que le patient n’est pas qu’un corps… et l’on voudrait que le médecin ne soit qu’intelligence ? Je suis une jeune minette catholique, externe, légèrement névrosée mais gentille quand même, et il me faut tenir toutes ces dimensions ensemble, sans compartimenter ma vie. Certains appellent ça l’unité de vie, et il parait que c’est pas mal.

Bon, premier point, je reste croyante à l’hôpital. OK. Concrètement, ça veut dire quoi ?

***

Eh bien, il y a une personne avec qui je ne respecte pas le secret médical… Dieu. Je Lui confie mes patients, en Lui donnant les noms et tout. Ma prière est invisible, et pourtant c’est elle qui change tout. La prière, c’est un élancement du cœur devant un certificat de décès. Une dizaine de mots silencieux pour accompagner un bon d’examen diagnostique. Une famille portée dans ma prière du soir. Un sourire de remerciement pour une guérison. 10 secondes d’intériorité pour recevoir la force de rester aimable… Oh ! Je suis bien loin d’une vie imprégnée par la prière, et souvent j’oublie de parler à Dieu plusieurs heures durant ; mais Lui est là, et m’accompagne tout au long du jour.

(Et même, ça n’a rien à voir mais tant pis, souvent je prie dans la rue, même si c’est interdit. Mais je le fais en silence alors ça va).

***

Certains me disent que cela joue sur ma manière de soigner… J’espère bien ! J’espère et je prie pour que mon cœur de croyante transpire dans ma manière d’être, d’interagir, de regarder le monde (si tant est que des cardiomyocytes puissent transpirer, mais bref).  Pas pour faire du prosélytisme, pas pour répandre les idées sombres, obtuses et dangereuses qu’en bonne catholique rétrograde je véhicule, pas pour juger les gens à l’échelle de mes « valeurs ». D’abord je déteste le mot « valeurs ». Je ne crois pas en des valeurs, je crois en Dieu.

Non. Si mon cardiomyocyte se doit de transpirer, c’est pour aimer. Parce que ce Dieu en qui je crois, Il nous l’a dit : « Aimez-vous les uns les autres ». Alors pour vivre ma foi, il me faut aimer mes chefs, mes patients et leurs familles, la secrétaire, la dame de la cantine et le manip radio. Et tous les autres. Leur vouloir du bien, et voir en eux le bien. Et ben, punaise, souvent c’est difficile. Un sourire, un service rendu, un cours bossé, une oreille silencieuse, une parole de vérité, une bienveillance… De l’amour, quoi, je vais pas vous faire un cours là-dessus. Pour un exemple, j’ai un pote haut placé dans sa boite, il a appris le prénom de tous les employés, et il fait le tour des services chaque semaine. Par amour. Je sais pas vous, mais moi, ça m’épate.

Attention, hein. L’hôpital ne devient pas cuicui les ptits oiseaux, bienvenue à bisounoursland. Mes chefs restent mes chefs, les patients continuent de s’aigrir et leurs familles persistent à nous compliquer la tâche.  M’en fiche, moi j’essaie d’aimer gratuitement, sans retour sur investissement. Et puis, attention, hein (again): je ne prétends pas y arriver, je me donne pas en exemple, je vous parle de mon idéal de vie auquel j’aspire et dont je suis loin.

***

Pour cet idéal, il y a des choses que je ne veux pas faire. Je ne veux pas pratiquer ou assister à un avortement, qu’il s’agisse d’une interruption volontaire ou médicale de grossesse. Par amour pour cette vie qu’on élimine. Et par amour pour ces parents, ne pas les juger eux, mais compatir à leur souffrance. Et tout faire pour diminuer le nombre d’avortements.

Et même si une loi venait à passer, je ne pratiquerai pas non plus d’euthanasie. Soulager la douleur, trouver de nouveaux médocs, écouter la souffrance. Mais jamais, JAMAIS, se dire que la vie de l’autre ne mérite plus d’être vécue.

Bien sûr, parfois c’est difficile de ne pas juger. C’est compliqué de trouver la juste distance, de prendre du recul sur mon histoire personnelle, de faire murir mes idées. Mais ce n’est pas propre aux externes cathos, c’est le lot de chaque externe. C’est ça aussi, apprendre à être médecin. Tous, nous devons apprendre à être en relation avec des patients, des collègues, des chefs.

***

Et puis enfin, je porte une croix autour du cou. Et je n’ai pas honte de dire ma Foi, d’en parler à mes collègues, de témoigner de la joie qui m’habite. Ce n’est pas tabou, ce n’est pas une chose honteuse qui se cache. Croyants ou non, nous sommes tous habités par une soif de spiritualité, de transcendance, et de belles conversations peuvent surgir !

Je vous promets, ça ne changera pas mes ordonnances de Paracétamol.

 

 

L’inconnue venue d’Afrique

8 jan

Elle est venue aux urgences, amenée par les pompiers ; quelqu’un les a appelés en l’ayant vue s’effondrer dans la rue. Elle est noire, très belle, environ 27 ans.  Elle ne parle ni français, ni anglais, ni espagnol, ni allemand, ni arabe. Elle semble très inquiète, elle répète en boucle une phrase mais personne ne la comprend.

L’examen clinique est plus ou moins normal, mis à part une dénutrition et quelques ganglions inguinaux. C’est alors qu’elle relève sa jupe, et l’interne des urgences générales se retrouve face à une lésion très moche et surtout très génitale. Soyons pragmatiques : situation pourrie, urgences blindées… Transfert aux urgences gynéco.

***

Là-bas, même constat. On lui fait une prise de sang, tout plein de sérologies, de nouvelles tentatives de communication (surprise : la patiente ne parle ni russe, ni mandarin!), une nouvelle tête se penche sur son entre-deux-jambes ; après « lésion génitale », est posé le diagnostic d’ « ulcération de la grande lèvre gauche »… Transfert en gynécologie.

***

C’est là que nos chemins se sont croisés.

Ma chef me parle d’elle : « bon, ta mission c’est de savoir d’où elle vient, pourquoi elle pleure, quelle langue elle parle, depuis quand elle a ce truc, bref de faire un peu le point quoi… ». Bien sûr, laisse-moi deux secondes pour retrouver ma baguette magique, et j’arrive.

On parle quelle langue en Afrique bordel ? Français, anglais, arabe… Portugais aussi, non ? Ça tombe bien, une externe dans le coin a vécu au Brésil, quand elle était petite. Elle se rappelle vaguement de la chose, alors ni une ni deux, nous allons voir cette mystérieuse inconnue. A l’entrée de la chambre, on enfile une surblouse, un masque, des gants… Les résultats des bilans ne sont pas encore arrivés, alors les infirmières ont bricolé un isolement au petit bonheur la chance. Bingo, elle comprend le portugais ! La suite de l’entretien s’avère ubuesque, entre ma co-externe bredouillant des questions, moi cherchant des mots sur mon smartphone, et la patiente nous dévidant son histoire glauque à souhait. Elle a fui son pays et son mari violent grâce à un « généreux donateur ». Elle est arrivée en France il y a quelques mois, avec son petit garçon, et depuis elle se prostitue et vit dans un squat. Et puis sa lésion, c’est là depuis plusieurs semaines. Nous jetons juste un œil, c’est sans doute un cas d’école mais aucune de nous deux n’a envie de s’y attarder. La patiente rajoute qu’elle a la tuberculose, et qu’elle est séropositive au VIH.

***

Attendez, je reprends mes notes… Comment ça, un petit garçon ? 7 ans ? Et il est où, là ?

Ben justement, elle ne sait pas trop, c’est ce qu’elle essaye de dire depuis 48h. Si ça se trouve, il est tout seul dans la rue. Mais sinon, il est là, dit-elle en me tendant un bout de papier avec un numéro de téléphone.

Nous sortons de la chambre un peu sonnées, un fou rire nerveux se prépare. Bon, qu’est ce qu’on fait, maintenant ? D’abord, l’assistante sociale. Celle dédiée à ce service n’est pas là aujourd’hui, les autres sont surchargées, rappelez lundi. (Oui, parce que ÉVIDEMMENT, tout ça se passe un vendredi. Sinon, ce n’était pas drôle).  Attendez, on parle d’un gamin de 7 ans potentiellement à la rue, tout seul, qui ne parle pas un mot de français, là ! Houhou, y’a quelqu’un ? Moi ? Juste moi ?

D’accord. Pas le choix, j’appelle ce numéro. Je ne sais absolument pas ce que je vais trouver au bout, j’espère juste que ce bout saura parler français et m’indiquera où est le gamin. J’inspire un grand coup, et zou galinette. « Allo ? Oui ? Oui, euh, bonjour madame, euh voilà, je suis externe à l’hôpital, et euh, une patiente m’a donné votre numéro, et euh, vous êtes qui ? ». Toi aussi, essaie de ne pas trahir le secret médical dans des conditions pareilles.

Gros coup de bol, la dame a l’air de comprendre très vite, et d’ailleurs s’énerve parce qu’elle garde le petit, d’accord, mais c’est convenu que ce n’est pas gratuit et la mère a maintenant une semaine de retard, et puis en plus il est VIH +,  et ça elle ne savait pas au départ. Alors bien sûr elle a l’habitude, mais quand même c’est mieux de prévenir, comme ça elle met l’enfant avec les autres VIH+. Et puis ma patiente a intérêt à reprendre le boulot rapidement, sinon c’est son mari qui n’allait pas être content.

Scotchée, je comprends que je parle à la mère maquerelle du quartier. Évidemment, le fou-rire nerveux explose quand je raccroche voire un peu avant.

***

Mais l’urgence, c’est de rassurer la patiente : son enfant va bien, il est en sécurité chez, euh, une dame. Ouais, en sécurité à court terme, quoi. Puis, compléter le dossier, histoire de garder une trace de toutes ces nouvelles. Ensuite, aller voir ma chef, un peu fiérote de mon enquête, pour lui balancer toute cette misère.

Je vous le donne en mille… Transfert en Maladies Infectieuses.

***

Je ne sais pas ce qu’il s’est passé ensuite, pour elle, pour son fils… Cette patiente restera un mystère jusqu’au bout. En tout cas, c’est sans doute celle pour laquelle j’ai fait le moins de grande-médecine-comme-dans-les-livres-pour-préparer-l’internat. J’ai adoré, en dépit de tout.

Investissons la psychanalyse de l’écriture

30 nov

Ouvrir un document Word. Fermer les yeux, laisser monter l’émotion, et écrire. Les mots jaillissent spontanément, ils débordent, ils soulagent. Avec eux, je peux prendre du recul sur mon sentiment, je peux m’approprier des situations bouleversantes en leur donnant un nouvel angle. Parfois je partage le texte ici, mais souvent non. Mon ordinateur recèle des dizaines de documents, allant de 2-3 lignes à des pages entières. J’en ai besoin, tous ces mots pensés me permettent de panser mes maux. Je sais, facile. :)

On ne revient pas indemne de l’hôpital. En tout cas, moi, je ne sais pas faire. L’injustice, la colère, la lassitude, la révolte ; la tendresse, l’espoir, la joie, l’amour… Ce métier est saturé d’émotions fortes. Et moi, j’ai besoin d’écrire tout ça, pour bien le vivre. Sinon ça ne passe pas, ça reste en travers de mon âme, et je m’alourdis petit à petit. Oh, je n’écris pas tout : certains patients, certains soignants, certaines histoires.

Service de psychiatrie. Chaque patient, chaque patiente me donne envie d’écrire un livre entier. Mais bizarrement, cette fois-ci les phrases ne s’alignent pas dans ma tête, et rien ne vient relier les quelques mots qui émergent. J’ouvre quand même un nouveau document Word, sait-on jamais ? Allez, Dop, pense très fort à… Camille, par exemple. Laisse monter l’émotion, n’en ai pas peur.

¾ d’heure. Une phrase, qui sonne mal en plus. Bon, on repassera.

 ***

Alors oui, tu ne rêves pas lecteur, je suis bien en train de faire un article sur mon incapacité à écrire. Disons que je suis une fille culottée, ça me fera plaisir. En plus c’est vrai, je porte une culotte.

La vraie question, c’est pourquoi je n’arrive pas à écrire ?

- Donnez-moi une cirrhose, j’en connais la physiopathologie, les étiologies, les complications, les traitements de fond et de crise. Je comprends. Alors qu’un dépressif, une anorexique, un schizophrène… c’est plus complexe, c’est dans la psyché, et ça me dépasse. Au début du stage, j’étais même en colère contre les suicidaires, et j’ai mis du temps avant de reconnaitre en eux de vrais malades *vraiment malades*.

- Je ne trouve pas  le ton juste. J’ai l’impression de salir leurs histoires si dures avec mes pauvres mots. L’abandon, l’inceste, la violence psychologique ou physique, les divorces, les décès, des relations mal ajustées… Tous ceux qui subissent cela ne finissent pas en psy, heureusement. Mais certains de mes patients ont été assez blessés pour développer des névroses / psychoses bien cognées, et je crois qu’au fond ça m’intimide. Leur souffrance m’intimide.

- Souvent je me dis que j’aurais pu être à la place de mes jeunes patientes, si Dieu ne s’était mêlé de la partie. Souvent j’ai reconnu des proches dans ces lits d’hôpitaux. Alors j’ai peur de projeter sur ces personnes mes blessures, mes schémas de pensée. Et je les respecte trop pour ça.

 

Sans doute un jour, plus tard, j’écrirai, il faudra bien que ça sorte. Peut-être que je publierai ici. On verra.

 ***

En attendant, pour rendre à ce billet le ton plus léger qui était prévu au départ, rha ces filles qui changent d’avis toutes les deux secondes c’est pénible,  voici quelques extraits de #LangageDePsy,  franchement c’est cadeau (et c’est 100% véridique ancré dans la réalité) !

[EDIT: pour le pot-pourri suivant, j'ai sélectionné les phrases les plus loufoques de plusieurs mois de stage. Mais je tiens à souligner que c'est un best-of, et donc non représentatif du discours des psy en général... D'autant plus que je mélange sous le terme 'psy' psychiatres, psychologues, psychomotriciens, infirmières psy... qui n'ont pas tous les mêmes envolées lyriques. Bref, c'est drôle, mais ce n'est pas représentatif.]

"C’est comme un jeu de dupes, où nous ne serions pas dupes… (Long silence)… Mais nous jouons quand même"

"Je vais mettre du temps à me repolariser, il m’a activée toutes mes barrières psychiques"

"Sa forclusion du nom du père est complètement caractéristique"

"Hmm hmm"

"Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises situations"

"Les chirurgiens sont des psychotiques non décompensés"

"On peut interpréter sa perte de poids à une manière bien à lui de résister à la mère archaïque"

"La seule manière de bien comprendre Lacan, c’est de regarder Matrix"

"Ça sert à quoi, déjà, l’urée et la créat’ ?"

"Je les ai vus dans une temporalité très courte"

"La part d’érotisation est bien émoussée par cette carapace"

"La sidération du psychique se tient dans un marasme environnemental"

"Le milieu apparait carencé éducativement"

"Nous n’avons pas encore eu le temps de rentrer dans l’intersubjectivité de notre relation que déjà elle m’a intégrée comme objet de séduction"

Ça donnerait presque envie de suivre une psychanalyse, non ?

Nan, franchement, ça donne envie.

Si, franchement, ça donne envie.

Admiration d’externe

24 nov

7h45, tour du matin. Bienvenue en chirurgie.

8h30, incision du premier patient. 7 blocs sont prévus dans la matinée.

14h30, déjeuner sur le pouce, avec ce qui reste du menu du jour.

15h, tour de l’après-midi.

17h, une appendicite aux urgences, retour au bloc.

18h, dictée des courriers de sortie du jour.

20h, RCP (Réunion de Concertation Pluridisciplinaire)

23h, fin de la journée.

***

Je pourrais faire un portait à l’acide des chirs, plaisanter sur leur tour express, vous rapporter leur propos orgueilleux, me défouler sur leur humour *spécial*, faire un top five des meilleurs courriers de chirs… et peut-être qu’un jour je ferai tout ça. (Nan sans dec’, y’a de la matière !)

***

Mais avant, bien avant… Je voudrais leur rendre hommage. Et ben ouais, ils m’épatent.

Ils ont 5 ans d’internat + 1 année de recherche quasi-systématique + 2 ans de clinicat. En gros, 13-14 ans avant d’être complètement de vrais chirurgiens.

Ils se donnent à fond, ils ont des horaires pourris, des gardes, des astreintes à n’en plus finir.

Ils ont une grosse pression. Une main qui tremble, et paf la veine cave. (Et paf le patient). Les plaintes et procès se multiplient, les erreurs ne sont plus admises.

Ils sont capables de déjeuner en 5 minutes top chrono.

Ils sont capables de ne pas déjeuner.

Ils sont capables de ne pas faire pipi pendant plus de 10h d’affilée. Vraie performance, mine de rien.

Ils sont capables de se réveiller à 4h du matin, de s’habiller en stérile (déjà), et d’aller sauver la dame en pleine péritonite.

Ils maitrisent le moindre recoin de l’anatomie humaine.

Ils savent rester polis garder la maitrise de leurs gestes quand le patient se transforme en champ de mines explosant les unes après les autres.

Ils sont un peu des grands gamins parfois, laissant l’externe graver ses initiales sur un bout de foie pour qu’elle s’entraine. (Et ouais, je sais).

Ils touchent des tumeurs de leurs doigts, ils luttent à mains gantées contre ces saloperies.

Ils doivent toujours rester dans la course. Toujours se former, essayer, innover. Diminuer les risques, limiter les dégâts, tenter l’impossible.

Ils sont plus que les autres peut-être soumis au manque de moyens : manque de blocs, de matériel, de personnel, de plateau technique.

Ils ne sont pas toujours bien vus, ni par leurs confrères, ni par leurs patients.

Ils voient des gens mourir en direct live (si j’puis dire).

Ils sauvent des vies.

***

C’est vrai, ils ont des défauts. Tant pis.

Ce sont avant tout des médecins incroyables.

(M’est avis que les anesths déteignent sur eux) :)

***

Ps: par exemple, tenez: Stockholm, interne de chir, ben elle déchire.

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