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La décision du curseur

4 mai

Réveil. Je me lève et je te bouscule, je prépare mon café soluble – je note mentalement de penser à  faire chauffer l’eau avant, la prochaine fois. En retard comme toujours souvent, je retrouve mon interne devant l’hôpital, bonjour bonjour, et nous allons dans le service. Nous enfilons nos blouses, puis écoutons les transmissions des infirmières.

***

M. Gentil, 87 ans, ne va pas bien. Hospitalisé pour une infection grave, il accumule les problèmes : dénutrition, anémie, insuffisance rénale, allergie aux antibiotiques, insuffisance cardiaque, hypoxie… Pour l’instant tout est sous contrôle, mais il suffirait d’un rien pour décompenser l’une ou l’autre de ses co-morbidités. En gros, le patient est sur une ligne de crête, avec un cap aigu à passer. Il peut s’en sortir nickel, mais le moindre coup de vent peut lui faire perdre son équilibre… Et il se pourrait bien que sa nouvelle crise de goutte du jour soit ce coup de vent – un mistral perdant, en somme.

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Face à un tel patient, la question que personne n’ose poser clairement est : jusqu’où va-t-on ? Souvent, on en reste aux sous-entendus, aux soupirs, aux silences… Heureusement, mon interne est un chouette type : il décide de prendre le taureau par les cornes, et ça détend tout le monde : l’équipe peut imaginer ce qui risque d’arriver, donner son avis, échanger. Anticiper. Expliquer les soins, mettre tout le monde d’accord dessus.

En effet, s’il ne faut pas s’obstiner déraisonnablement, il ne faut pas non plus abandonner la partie. Il faut juste savoir où placer le curseur, et ce n’est pas vraiment fastoche. Ce n’est pas logique ou rigoureux, ce n’est pas dans les livres, ce n’est pas un protocole à suivre.

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Prenons le cas de la dénutrition. Elle grève sévèrement le pronostic, et son amélioration peut vraiment permettre à M. Gentil de passer ce foutu cap. Nous avons toute une gamme de moyens, plus ou moins invasifs, pour lutter efficacement et rapidement contre. Nous avons commencé par les compléments alimentaires, ça ne suffit visiblement pas. Il faut maintenant envisager l’étape 2 : la sonde naso-gastrique. Médicalement, ça va clairement l’aider à faire face à cet épisode aigu. Ce n’est pas douloureux une fois en place. La nutritionniste est partante. Le risque iatrogène est limité, et financièrement c’est peanuts. De notre point de vue, la sonde vaut largement le coup.

Mais pour M. Gentil ? Est-ce que c’est déjà trop ? Est-ce que ça a du sens d’aller coller un tuyau à un vieux monsieur de 87 ans tout plein de maladies qui de toute façon finiront par gagner ? Est-ce que le bénéfice est suffisant ?

Pour en parler, nous passons une heure avec lui, puis une heure avec sa famille. Nous abordons entre autres ce problème précis, en expliquant les intérêts de la sonde, en écoutant les réticences du patient. Finalement, nous convenons de la poser puis de réévaluer son intérêt dans une semaine.

Nous décidons tout simplement, ensemble, de l’emplacement du curseur pour chaque problème.

On se met aussi d’accord pour marquer NTBR dans son dossier, en gros, en rouge et en souligné : Not To Be Reanimated.

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A la fin de la journée, la prise en charge est claire. L’équipe, le patient et la famille sont d’accord avec ce qui est décidé, chacun a pu formuler ses questions et ses opinions : une vraie décision collégiale, comme dans les livres. Je bénis mon interne qui a si bien géré la situation.

Avant de partir, en retirant nos blouses, nous nous demandons : sérieusement, qui sommes-nous pour participer à des décisions pareilles ? Nous avons 23 et 27 ans, le chef qui a juste validé la décision en a 32.  Nous ne sommes ni philosophes ni penseurs, nous ne savons pas, la blouse ne nous rend pas meilleurs ou plus sages que les autres.

Mais peut-être qu’elle nous permet d’y croire un peu, pour nous rendre capables d’affronter ça ?

Être catho, le dimanche à la messe et la semaine à l’hosto

10 fév

Récemment, j’ai eu l’occasion de discuter avec des personnes très différentes, dans des occasions tout aussi variées, d’un même sujet de conversation : la place de la foi dans ma vie professionnelle. Et puis, à la messe ce matin, on m’a dit que c’était le Dimanche de la Santé, on a prié pour les malades et leurs soignants. Alors ça a fait tilt dans ma tête : que veut dire être « une catho à l’hosto » ? C’est plus ou moins facile d’en faire un blog, encore faut-il vivre le truc. Réfléchir deux trois minutes, voire plus si affinités. J’en avais déjà parlé , mais je sens que ça va être un thème récurrent par ici. 

croix rouge blog

Quand je suis à l’hosto, je suis catho. Pleinement. Je ne laisse pas Dieu à la porte, je passe la journée avec Lui. (Tout du moins j’essaie… Disons, des instants de journée). Il serait décevant de Lui donner ma vie, « sauf les heures où je travaille, parce que Tu comprends, là ce n’est pas possible, Tu n’es pas assez neutre et politiquement correct. Reste là, assis pas bougé, je Te récupère à 18h30 ». On nous répète avec raison qu’il faut soigner le malade et non la maladie, que le patient n’est pas qu’un corps… et l’on voudrait que le médecin ne soit qu’intelligence ? Je suis une jeune minette catholique, externe, légèrement névrosée mais gentille quand même, et il me faut tenir toutes ces dimensions ensemble, sans compartimenter ma vie. Certains appellent ça l’unité de vie, et il parait que c’est pas mal.

Bon, premier point, je reste croyante à l’hôpital. OK. Concrètement, ça veut dire quoi ?

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Eh bien, il y a une personne avec qui je ne respecte pas le secret médical… Dieu. Je Lui confie mes patients, en Lui donnant les noms et tout. Ma prière est invisible, et pourtant c’est elle qui change tout. La prière, c’est un élancement du cœur devant un certificat de décès. Une dizaine de mots silencieux pour accompagner un bon d’examen diagnostique. Une famille portée dans ma prière du soir. Un sourire de remerciement pour une guérison. 10 secondes d’intériorité pour recevoir la force de rester aimable… Oh ! Je suis bien loin d’une vie imprégnée par la prière, et souvent j’oublie de parler à Dieu plusieurs heures durant ; mais Lui est là, et m’accompagne tout au long du jour.

(Et même, ça n’a rien à voir mais tant pis, souvent je prie dans la rue, même si c’est interdit. Mais je le fais en silence alors ça va).

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Certains me disent que cela joue sur ma manière de soigner… J’espère bien ! J’espère et je prie pour que mon cœur de croyante transpire dans ma manière d’être, d’interagir, de regarder le monde (si tant est que des cardiomyocytes puissent transpirer, mais bref).  Pas pour faire du prosélytisme, pas pour répandre les idées sombres, obtuses et dangereuses qu’en bonne catholique rétrograde je véhicule, pas pour juger les gens à l’échelle de mes « valeurs ». D’abord je déteste le mot « valeurs ». Je ne crois pas en des valeurs, je crois en Dieu.

Non. Si mon cardiomyocyte se doit de transpirer, c’est pour aimer. Parce que ce Dieu en qui je crois, Il nous l’a dit : « Aimez-vous les uns les autres ». Alors pour vivre ma foi, il me faut aimer mes chefs, mes patients et leurs familles, la secrétaire, la dame de la cantine et le manip radio. Et tous les autres. Leur vouloir du bien, et voir en eux le bien. Et ben, punaise, souvent c’est difficile. Un sourire, un service rendu, un cours bossé, une oreille silencieuse, une parole de vérité, une bienveillance… De l’amour, quoi, je vais pas vous faire un cours là-dessus. Pour un exemple, j’ai un pote haut placé dans sa boite, il a appris le prénom de tous les employés, et il fait le tour des services chaque semaine. Par amour. Je sais pas vous, mais moi, ça m’épate.

Attention, hein. L’hôpital ne devient pas cuicui les ptits oiseaux, bienvenue à bisounoursland. Mes chefs restent mes chefs, les patients continuent de s’aigrir et leurs familles persistent à nous compliquer la tâche.  M’en fiche, moi j’essaie d’aimer gratuitement, sans retour sur investissement. Et puis, attention, hein (again): je ne prétends pas y arriver, je me donne pas en exemple, je vous parle de mon idéal de vie auquel j’aspire et dont je suis loin.

***

Pour cet idéal, il y a des choses que je ne veux pas faire. Je ne veux pas pratiquer ou assister à un avortement, qu’il s’agisse d’une interruption volontaire ou médicale de grossesse. Par amour pour cette vie qu’on élimine. Et par amour pour ces parents, ne pas les juger eux, mais compatir à leur souffrance. Et tout faire pour diminuer le nombre d’avortements.

Et même si une loi venait à passer, je ne pratiquerai pas non plus d’euthanasie. Soulager la douleur, trouver de nouveaux médocs, écouter la souffrance. Mais jamais, JAMAIS, se dire que la vie de l’autre ne mérite plus d’être vécue.

Bien sûr, parfois c’est difficile de ne pas juger. C’est compliqué de trouver la juste distance, de prendre du recul sur mon histoire personnelle, de faire murir mes idées. Mais ce n’est pas propre aux externes cathos, c’est le lot de chaque externe. C’est ça aussi, apprendre à être médecin. Tous, nous devons apprendre à être en relation avec des patients, des collègues, des chefs.

***

Et puis enfin, je porte une croix autour du cou. Et je n’ai pas honte de dire ma Foi, d’en parler à mes collègues, de témoigner de la joie qui m’habite. Ce n’est pas tabou, ce n’est pas une chose honteuse qui se cache. Croyants ou non, nous sommes tous habités par une soif de spiritualité, de transcendance, et de belles conversations peuvent surgir !

Je vous promets, ça ne changera pas mes ordonnances de Paracétamol.

 

 

Admiration d’externe

24 nov

7h45, tour du matin. Bienvenue en chirurgie.

8h30, incision du premier patient. 7 blocs sont prévus dans la matinée.

14h30, déjeuner sur le pouce, avec ce qui reste du menu du jour.

15h, tour de l’après-midi.

17h, une appendicite aux urgences, retour au bloc.

18h, dictée des courriers de sortie du jour.

20h, RCP (Réunion de Concertation Pluridisciplinaire)

23h, fin de la journée.

***

Je pourrais faire un portait à l’acide des chirs, plaisanter sur leur tour express, vous rapporter leur propos orgueilleux, me défouler sur leur humour *spécial*, faire un top five des meilleurs courriers de chirs… et peut-être qu’un jour je ferai tout ça. (Nan sans dec’, y’a de la matière !)

***

Mais avant, bien avant… Je voudrais leur rendre hommage. Et ben ouais, ils m’épatent.

Ils ont 5 ans d’internat + 1 année de recherche quasi-systématique + 2 ans de clinicat. En gros, 13-14 ans avant d’être complètement de vrais chirurgiens.

Ils se donnent à fond, ils ont des horaires pourris, des gardes, des astreintes à n’en plus finir.

Ils ont une grosse pression. Une main qui tremble, et paf la veine cave. (Et paf le patient). Les plaintes et procès se multiplient, les erreurs ne sont plus admises.

Ils sont capables de déjeuner en 5 minutes top chrono.

Ils sont capables de ne pas déjeuner.

Ils sont capables de ne pas faire pipi pendant plus de 10h d’affilée. Vraie performance, mine de rien.

Ils sont capables de se réveiller à 4h du matin, de s’habiller en stérile (déjà), et d’aller sauver la dame en pleine péritonite.

Ils maitrisent le moindre recoin de l’anatomie humaine.

Ils savent rester polis garder la maitrise de leurs gestes quand le patient se transforme en champ de mines explosant les unes après les autres.

Ils sont un peu des grands gamins parfois, laissant l’externe graver ses initiales sur un bout de foie pour qu’elle s’entraine. (Et ouais, je sais).

Ils touchent des tumeurs de leurs doigts, ils luttent à mains gantées contre ces saloperies.

Ils doivent toujours rester dans la course. Toujours se former, essayer, innover. Diminuer les risques, limiter les dégâts, tenter l’impossible.

Ils sont plus que les autres peut-être soumis au manque de moyens : manque de blocs, de matériel, de personnel, de plateau technique.

Ils ne sont pas toujours bien vus, ni par leurs confrères, ni par leurs patients.

Ils voient des gens mourir en direct live (si j’puis dire).

Ils sauvent des vies.

***

C’est vrai, ils ont des défauts. Tant pis.

Ce sont avant tout des médecins incroyables.

(M’est avis que les anesths déteignent sur eux) :)

***

Ps: par exemple, tenez: Stockholm, interne de chir, ben elle déchire.

Réflexion de cafet’

27 sept

L’autre jour, le service était désert, le chef était absent, il flottait dans l’air comme un petit goût de liberté… Je suis descendue à la cafet’ de l’hosto faire une pause, et même que j’ai pris mon temps. Ok, j’assume, j’ai scandaleusement glandé en regardant les gens qui passaient la porte. J’ai ce côté concierge qui sommeille en moi.

Bref, je savourais tranquillement mon double-expresso, et j’en ai profité pour réfléchir – ou méditer si tu préfères (c’est la même chose en version catho) – à l’incroyable mélange de personnes que constitue un hôpital.

Il manque juste ma cafet’, mais sinon l’hôpital des Sims parait cool. De "Theme Hospital, pardon. (Merci les geeks <3 )

***

Des fœtus, des enfants, des adultes, des vieux.

Des vivants et des morts. Des qui vont naître, des qui vont mourir.

Des pauvres et des riches, des ouvriers et des patrons, des clodos et des célébrités. Surtout des clodos, quand même.

Des familles et des amis.

Des femmes enceintes et des femmes éplorées.

Des médecins, des chirurgiens. Des internes, des externes et quelques thrombus de couloir qui font joli dans le décor.

Des cadres, des infirmières, des aides soignantes, des sages-femmes.

Des psychologues, des assistantes sociales, des ergothérapeutes, des kinés.

Des brancardiers, des laborantins, des manips radio, le mec de la morgue.

Des secrétaires, des femmes de ménage, des informaticiens, des mecs de la sécurité.

La nana de la cafétéria, aussi. Elle a le droit à une ligne pour elle toute seule, elle. <3

Le directeur avec son joli costume, la direction, ceux qui gèrent le côté business. Les mecs du bureau du Personnel.

Les dames (et le monsieur) cantine.

Les bénévoles de soins palliatifs, ceux de la bibliothèque, ceux pour les enfants malades, l’aumônier.

 ***

Cette liste est loin d’être exhaustive ; pourtant déjà, elle me donne le tournis.

Et tous ces gens sont réunis… par la volonté de soigner les malades.

Au service de la vie.

Je ne sais pas, je trouve ça dingue. Je trouve ça beau.

Quand je discerne

23 sept
Elle a 24 ans.
Elle fume.
Elle est anorexique.
Elle croit qu’elle est allergique au pollen mais elle n’est pas sûre.
Elle est dépressive.
Elle ne voit plus bien dans ses lunettes d’il y a 4 ans.
Elle a une IVG à son actif, pas de contraception et des rapports sexuels non protégés dès qu’il y a « un moment de passion ».
Elle a souvent mal au ventre, souvent ballonnée, tous les examens sont normaux, elle ne comprend pas. Son médecin « ne la croit pas ».
Elle a les jambes lourdes en fin de journée, et une veine qui commence à bien se voir.
***
Elle est aux urgences gynéco.
Elle vient pour une infection urinaire.
Elle est soignée pour une infection urinaire.
***
Je suis terriblement frustrée.
Je pense que je veux être médecin généraliste. :)

 

 

[Article court pour me remettre en jambes après tout ce temps, vous m'excuserez... Et pour ceux qui vivent dans le suspense depuis le dernier article: j'ai validé mes rattrapages! \o/ ]

M. Échec aurait-il réussi quelque chose?

6 juin
Dans ma tendre enfance de carabine, je n’avais pas le blog, mais j’écrivais déjà. J’ai gardé ces textes, et aujourd’hui je m’y suis un peu replongée. Alors, autant celui sur mon voisin de palier de l’époque est parti à la poubelle et a même été effacé de la poubelle et plus personne ne le lira jamais et je peux recommencer à respirer, autant je publie celui-ci, là, qui suit.
                                                             ***
1/ M. Échec s’appelle M. Échec, donc déjà ça sent pas bon pour lui.
J’étais quand même super perspicace, à l’époque.
2/ M. Échec est insuffisant cardiaque, il a donc des œdèmes suintants.
Pour ceux qui ne font pas partie du corps médical, ça veut dire que des gouttes d’eau sortent de ses jambes, et au bout de deux heures, une petite flaque se forme à ses pieds. Flippant.
3/ M. Échec est insuffisant rénal, les diurétiques lui sont donc interdits: on lui tuerait ses reins sans espoir de résurrection.
4/ M. Échec est artéritique, on ne peut donc pas lui mettre des bas de contention pour faire diminuer les œdèmes.
5/ M. Échec a un mauvais retour veineux, il a donc des ulcères très moches. L’eau des œdèmes n’arrange rien, évidemment.
6/ M. Échec est diabétique depuis de longues années, l’état de ses pieds est donc épouvantable. Pas encore le mal perforant plantaire, mais pas loin. Associé à ses lésions des jambes et à ses œdèmes, cela lui fait des membres inférieurs vraiment affreux.
7/M. Échec, avec tous ces problèmes, a un métabolisme un peu déglingué. L’effet des médicaments n’a donc plus rien de scientifique mais relève plutôt de la loterie. Par exemple, on a beau avoir arrêté son traitement anticoagulant depuis 5 jours, son INR reste à 4,6.
Pour ceux qui ne font pas partie du corps médical, sachez que son sang est  beaucoup trop « liquide ».
Et que comme  ça me saoule de réécrire « ceux qui ne font pas partie du corps médical » à chaque fois, à partir de maintenant, vous êtes surnommés les Moldus. Voilà, les médecins sont des sorciers, et ma fac, c’est Poudlard. Cool.
Outre cet INR à 4,6, le bilan du jour montre une perte de 4 points d’hémoglobine en 24h. Avec une recherche de sang dans les selles positive. Conclusion : le patient saigne de l’intérieur.
8/ M. Échec a un début de maladie d’Alzheimer, il est donc un peu ingérable. Du genre à appeler en pleine nuit pour avoir du chocolat « du-dessus de l’armoire », à uriner sur ses jambes (décidément ses ulcères n’ont aucune chance), ou encore à refuser la FOGD.
Chers Moldus, apprenez que FOGD signifie Fibroscopie Oeso-Gastro-Duodénal, et consiste en l’introduction d’une petite caméra par la bouche et l’observation du tube digestif haut. Dans le cas de M. Échec, une FOGD permettrait de repérer le saignement, et éventuellement de faire un geste pour arrêter l’hémorragie.
Mais là, M. Échec la refuse.
9/ Sa perte de sang aggrave ses insuffisances cardiaque et rénale. Ce qui majore donc les œdèmes, ce qui amplifie son artériopathie, ce qui…
Vous avez compris.
10/ J’avais écrit tout ça il y a une semaine… Et voilà, M. Échec est décédé hier.
Il était ce qu’on appelle une « impasse thérapeutique ». Logique irréfutable de ces « donc » accumulés, traçant une route directe vers la morgue, malgré tout le panel de médocs à notre disposition.
Alors apprendre à être médecin, ce n’est pas seulement étudier la médecine. La médecine ne pouvait rien pour M. Échec.
Apprendre à être médecin, c’est aussi apprendre à gérer ces situations. Ou plutôt à se laisser dépasser par elles (?), en en tirant malgré tout quelque chose de positif.
Par exemple, M. Échec m’a appris l’humilité médicale. Je lui devais bien ça, un p’tit peu de réussite…
***
NB: 3 ans après, je me rappelle vraiment très bien de ce patient, son nom me vient spontanément, et je vois encore sa tête… C’est assez rare pour être souligné.

Un merci pour un prix.

15 mai

Ceci n’est pas un nouveau billet. Ceci n’est même pas un billet, d’ailleurs.

Juste un p’tit coucou en passant, parce qu’il s’est passé un truc de fou aujourd’hui pour Dopamine, et puis du coup pour moi aussi. Ça fait bizarre si j’écris « pour nous deux » ?

Bref.

J’ai donc gagné le prix du blog catho 2012 organisé par la rédaction de Pèlerin. C’est carrément la classe, évidemment !

Alors c’est l’occasion de faire un p’tit discours. Rien de transcendant, juste des clichés mais cette fois-ci c’est moi qui appuie sur l’appareil-photo alors ça change tout. (Clichés, photo, tout ça…)

Bravo aux autres concurrents. J’en connaissais certains, j’en ai découverts d’autres, je vous ai tous aimés. (Bon en revanche, ma liste perso de favoris ne ressemble clairement plus à rien : 42 blogs, ce n’est pas crédible). Je suis très fière d’avoir été sélectionnée avec vous. Et merci, vous m’avez tous félicitée… On fait vraiment une belle équipe de gentils bisounours !

Merci à Pèlerin. D’avoir organisé ça, d’avoir donné à nos quelques blogs un peu plus de visibilité, de nous avoir consacré de l’espace internet. (Je sais que ce n’est pas comme ça que l’on dit, mais je rappelle que ceci n’est même pas un article alors je ne vais pas creuser. D’abord.)

Merci au jury. Vous êtes formidables, et moi je suis très honorée. Puis vraiment, en plus. Merci aussi pour les conseils que vous me donnez, ça me donne un moyen de progression et c’est chouette.

Merci à vous tous qui permettez à ce blog d’exister.

Merci à toi, lecteur. Merci à vous, correcteur.

Merci à Toi, Dieu Trinité. Je te dédie ce prix, tiens.

Ps : dans les conseils que le jury me donne, je note le graphisme à développer. Sauf que voilà… je ne suis pas très douée, c’est un euphémisme de grade III (+++, quoi). Pour vous donner une idée, une personne de ma vraie vie a mis du temps à me croire pour Dopamine : « Toi, tenir un blog ? Haha, impossible, tu ne saurais pas ». Haha.

Donc voilà, si par hasard un de mes lecteurs se sent de m’aider, ben je suis super preneuse, +++ et tout et tout. Alors si ton cœur fait boumboum, tu peux m’écrire dans les commentaires, m’envoyer un mail, me gazouiller sur Twitter. Je suis une fille overconnected alors n’hésite pas. MERCI !

Problèmes cardiaques, prostatiques et spirituels.

5 avr

Tadaaaaaam…

Voilà donc le nouvel article que tout le monde me demande! Bon, par "tout le monde", comprenez 3-4 personnes, mais je trouve chouette l’idée de la foule en délire, c’est mon côté « (potentielle) star de rock » qui ressort.

Depuis 15 minutes que je regarde ma page, il y a bien 20 milliards d’idées d’articles qui m’ont traversé l’esprit (vous aurez remarqué l’intensité du trafic, le périph’ parisien peut aller se rhabiller).

Côté catho, le carême, la semaine sainte, Pâques et la dernière homélie de mon curé préféré fourniraient de quoi remplir ce blog jusqu’à… longtemps. Coté hosto, c’est encore pire: partiels, co-externes, stage, patients, hôpital, ambiance, café, ascenseur, sans oublier… plein de trucs (oubliés, donc).

Et alors, allez savoir pourquoi, mais je ne suis pas très forte pour faire des choix. Vous le voyez, le billet bordel qui se profile à l’horizon ou pas ? Bon, évitons, et pour cela retournons aux fondamentaux. Je suis une catho à l’hosto, ok. Qu’est ce que ça veut dire ?

Ben, par exemple…

-aujourd’hui, Jeudi Saint. En termes de catho-importance, sur une échelle de 0 à 10, je dirais 9. La première messe, la première communion, l’Institution de l’Eucharistie et celle de la prêtrise… On ne fait pas les choses à moitié chez les cathos. Du coup, j’avais prévu de sortir de l’hôpital à 17h30 (c’est honnête) pour aller tranquille à la messe de 18h30, puis me faire un bon dîner en vue du bol de riz de demain et dormir tôt.

17h25, j’étais dans le timing.

17h26, l’infirmière vient me voir : M. Vive-Les-Imprévus a une douleur thoracique et euh… il respire bizarre.

17h27, je cours.

17h41, le tracé de l’ECG ne laisse aucun doute : M. Vive-Les-Imprévus s’offre un infarctus.

18h25, je sors de l’hôpital… Ce sera donc la messe de 20h.

-demain, Vendredi Saint, 15h. Jésus meurt sur la croix. Oh, comme j’aimerais passer ce moment dans une chapelle, plongée dans ce mystère improbable d’un Dieu qui meurt homme pour que les hommes renaissent à Dieu ! Mais là, tel que ça se profile à l’horizon, je serai en train de faire le TR de M. Prostate-A-Explorer. Moins glamour.

-les samedis de boulot. Mon interne compatissant me dit de prendre ceux où c’est lui qui est là, comme ça je ne viens pas et il ne dira rien au chef. Ça parait être un bon plan, non ? Simplement, mentir comme ça pendant des mois, ça sent le roussi pour la prochaine confession.

Parfois c’est donc difficile d’être une catho à l’hosto, de concilier ces deux parties de ma vie, sans tomber dans la si facile opposition: je suis catho, MAIS je suis à l’hosto. Je ne pourrais donc pas "bien vivre" mon Vendredi Saint, avec la concentration et la dévotion et le recueillement et tout et tout.

Et en fait, non. Stop, machine arrière.

Je suis catho ET je suis à l’hosto. Les deux parties ensemble, pas opposées mais enrichies mutuellement. Ça tombe sous le sens, mais c’est bon de se le redire de temps en temps.

Demain, quand Jésus sera étendu sur la Croix, j’aurai (peut-être) mon doigt dans un rectum. Et (sûrement) mon cœur au Golgotha.  Je suis une catho à l’hosto, quoi.

Lecture Critique d’Affiche / pour le droit de débattre dans la vérité

16 mar

Ce billet va être court.

Et pour cause : il pourrait être si long…, ce ne serait pas raisonnable. (Je suis une fille raisonnable).

Je sais bien qu’un billet étoffé compenserait l’irrégularité de publication. Mais fais moi confiance, ami lecteur (oui oui, toi et moi c’est du solide), c’est mieux en court. En plus c’est moi qui décide. Et l’argument ultime…je n’ai jamais aimé « compenser », y’a rien qu’à voir les talons qui le sont pour comprendre pourquoi.

(En vrai, c’est pas vrai, j’aime bien certaines chaussures à talons compensés… J’ai même une paire. Mais tu t’en fous un peu.)

Arrivée à l’issue de cette introduction, il est sans doute temps de t’annoncer le sujet (quand même): la campagne de communication de l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité. ADMD. Elle est sortie il y a une dizaine de jours, tu remarques que je me suis retenue.

Je précise: je ne parlerai pas de l’euthanasie. Juste de la campagne en elle-même.

On pourrait dire pas mal de trucs, Koztoujours par exemple en a glissé trois mots. Pour ma part, je vais juste me concentrer sur le médical, rapport à l’idée de faire court, et de maitriser un tantinet mon sujet.

Trois patients souffrant d’une maladie, type cancer ou une autre saloperie dans le genre. La possibilité de guérir est écartée.  La démarche n’est donc plus curative et nous sommes dans une logique palliative.

Jusque là, tout le monde est d’accord. Il n’y a rien de conflictuel dans ce que je viens de dire (je ne suis pas une fille conflictuelle).

Maintenant, je pose mon regard d’externe en soins palliatifs sur cette affiche. Quelques éléments…m’interrogent et me hérissent le poil.

Parce que, contrairement à ce que l’ADMD nous montre,

- dans un vrai service de soins palliatifs, la nourriture est bonne. Préparée dans le service par les aides-soignantes, elle fait saliver les externes surtout quand c’est Pascale qui cuisine, je peux en témoigner. Par conséquent, les patients n’ont pas ce teint verdâtre du mec qui va bientôt vomir sa langue de bœuf (souvenirs de cantine). Cette couleur est simplement le résultat d’un filtre photographique savamment choisi.

- dans un vrai service de soins palliatifs, les malades ne sont pas en blouses d’hôpital, en tout cas pas tous : l’équipe soignante essaie au maximum d’avoir le linge personnel du patient. Pour lui et sa famille, c’est bête, mais ça change tout. Ça semble un point de détail, ça ne l’est pas. Sinon, l’affiche ne mentirait pas là-dessus.

- dans un vrai service de soins palliatifs, Mme Le Pen et M. Bayrou n’auraient pas de saturomètre, ce petit machin blanc accroché à leur doigt, qui permet aux médecins de savoir si le sang de la personne est bien oxygéné.

Explications :

* dans un service de médecine curative (médecine interne, gynéco, pneumo, etc.), ça arrive, oui. Surtout en pneumo, forcément. Si la sat’ diminue, on augmente l’oxygène. Bon, c’est du raccourci que je fais, sinon on ne se coltinerait pas 10 ans d’études, quand même.

* dans un service de soins palliatifs, on ne règle pas l’oxygène sur la sat’, mais sur le ressenti du patient : est ce qu’il cherche l’air ? Est-ce qu’il est gêné cliniquement par l’hypoxie ? Le but n’est pas d’obtenir une sat’ supérieure à 90%, mais d’assurer le plus grand CONFORT possible au malade. D’où l’absurdité d’utiliser un saturomètre, en continu qui plus est.

Sauf bien sur pour jouer sur le misérabilisme, rajoutons des tuyaux, ça fera plus pire.

- dans un vrai service de soins palliatifs, ben c’est pareil, ce serait un non-sens total de coller un tensiomètre à un patient. Au niveau médical, ça n’apporterait rien. En revanche, ce truc se gonfle bruyamment toutes les 3 minutes, encombre le patient, et… rajoute du pathétique à la scène. #OhWait, comme on dit sur Twitter.

- dans un vrai service de soins palliatifs, vu la tête des patients, le traitement antalgique aurait été majoré depuis belle lurette. La morphine, ça s’appelle. Et ça marche vachement bien.  Ah, c’est sûr, ça fait moins pleurer dans les chaumières.

Voilà. Je suis restée sur le médical pur, et déjà les mensonges affluent. L’ADMD joue sur le misérabilisme d’une manière éhontée, c’en est même offensant pour toutes les équipes médicales qui cherchent à assurer le meilleur confort à leurs patients.

L’euthanasie, pour ou contre, est un débat qui mérite d’avoir lieu. Mais pour qu’il y ait débat, encore faut-il qu’il y ait information, réflexion, discussion. On en est très loin avec ces images, qui se rapprochent plutôt d’une sorte de kidnapping émotionnel.

Je m’arrête là, ce n’est pas court du tout, même en enlevant les photos. Je ne suis pas une fille raisonnable, en fait.

Je suis une fille énervée.

My name is…

5 mar

Il y a de la révélation dans l’air, j’espère que tu es assis. Sinon, trouve-toi vite une chaise, je ne voudrais pas que tu te casses quelque chose, une fracture du col du fémur est si vite arrivée. (C’est ce qu’on appelle de la prévention primaire).

Rien de moins que…mon nom. Tadaaaaam !

Je te laisse vérifier : nous ne sommes pas le premier avril. Et je n’ai pas avalé de clown au petit déjeuner, juste une orange pleine de bonnes vitamines (on y croit tous). Mais ne t’emballe pas, une crise cardiaque serait aussi malvenue qu’une mauvaise chute. Et puis, je ne vais pas VRAIMENT te donner mon nom, faut pas déconner. Disons que je te livre… un surnom.

Certes, je suis déjà une catho à l’hosto. Mais comme prénom, tu avoueras que ce n’est pas terrible. Typiquement, on ne va pas boire de martini (et c’est quand même le but ultime de ce blog) avec Lacathodelhosto. Il faut un vrai prénom, type Gertrude ou Cunégonde, par exemple. A la limite, un surnom, genre Stroumpfette, Fantômette voire Docquette (mais là, c’est prendre des risques tout de même). Private joke inside.

Par exemple – comparaison foireuse à l’horizon – « Dieu » n’est "que" un titre, une fonction. En vrai, son prénom, c’est Jésus (je schématise, hein, parce qu’Ils sont trois alors c’est un peu plus compliqué). Et…oui, sous tes yeux ébahis, je viens bien de me comparer à Dieu. Pas de souci, je suis à l’aise.

Bref, ma fonction est d’être une catho à l’hosto. Mon surnom, c’est… (Roulement de tambour)…

Dopamine. Tadaaam ! Acclamations du public.

D’abord, ça sonne bien.

Ensuite, je suis sûre de mieux retenir ce cours, maintenant. Ce qui en soi est un avantage non négligeable, je te prie de le croire. Surtout si tu n’es pas en médecine et que tu es complètement perdu par ce que je te raconte. Trust me.

Enfin, je cherchais quelque chose de médical ET qui ait du sens. Dopamine, crois-le ou pas, mais ça remplit très bien ces deux conditions.

Extraits (très) choisis de l’ami Wiki et traduction profane sont là pour te le prouver, sceptique lecteur. Oui, là, toi.

La dopamine est un neurotransmetteur. Ça veut dire que c’est quelque chose que tu crois que c’est compliqué, alors qu’en fait, non. J’essaie juste de te transmettre une info, à toi de voir si tu y es réceptif.

La dopamine est principalement produite dans la substance noire et dans l’aire tegmentale ventrale. Je suis donc issue de la substance noire. Ça me fait tout drôle, dis donc.

Bien que la dopamine, avec la noradrénaline et la sérotonine, soient très minoritaires dans le cerveau, elles jouent un rôle de modulateur des sorties motrices et psychiques essentiel. Spéciale dédicace à mes potes cathos…C’est vrai, nous ne sommes pas les plus nombreux. Mais n’empêche, nous sommes indispensables. Rapport à la motricité et au psychisme du corps entier, tu comprends.

La dopamine est le précurseur de l’adrénaline. Ouais, parce qu’avec moi, y’a de l’action. Yihaaa !

La dopamine joue également d’autres rôles: elle permet par exemple chez la mouche drosophile la création de l’exosquelette. Je fais de l’effet aux mouches. Je ne sais pas comment je dois le prendre.

La réaction est assurée par deux enzymes : la tyrosine hydroxylase, puis par la DOPA-décarboxylase. Sans doute mes parents…Mon surnom est tout de suite super sympa, n’est ce pas ?  Dans mes livres de médecine, sois sûr que j’aurais pu trouver pire.

Environ 80 % de la dopamine est recaptée par les bla bla bla. Sauf au niveau du cortex préfrontal, où la dopamine est recaptée par les bla bla bla  via le transporteur NET. Ca ne s’invente pas ;-)

La maladie de Parkinson est une maladie dont la cause est la dégénérescence du groupe de neurones produisant la dopamine. Parce que je sais que parfois je te manque et que tu en trembles le soir.

La nicotine provoque une augmentation de la transmission dopaminergique. Si l’on en croit la science, il semblerait donc que mes lecteurs soient des fumeurs. Dommage pour vous…ARRETEZ. Je sais être très insupportable convaincante.

Le phénomène de frisson ressenti lors de l’écoute de musique par exemple, est également dû à la sécrétion de dopamine. Et toi, es-tu prêt pour le Grand Frisson? (Le côté kitsch de cette phrase est totalement voulu, je précise.)

Le cannabis augmente la sécrétion de dopamine. Je sais ce qu’il me reste à faire en cas de panne d’inspiration, c’est déjà ça.

Elle (la dopamine) est impliquée dans le trouble de déficit de l’attention. Désolée. Retourne bosser.

Et enfin, une dernière citation, dont j’espère de tout cœur prouver la véracité:

En effet, au niveau physiologique, la sensation de joie est due à l’action de la dopamine sur le cerveau.

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