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Être catho, le dimanche à la messe et la semaine à l’hosto

10 fév

Récemment, j’ai eu l’occasion de discuter avec des personnes très différentes, dans des occasions tout aussi variées, d’un même sujet de conversation : la place de la foi dans ma vie professionnelle. Et puis, à la messe ce matin, on m’a dit que c’était le Dimanche de la Santé, on a prié pour les malades et leurs soignants. Alors ça a fait tilt dans ma tête : que veut dire être « une catho à l’hosto » ? C’est plus ou moins facile d’en faire un blog, encore faut-il vivre le truc. Réfléchir deux trois minutes, voire plus si affinités. J’en avais déjà parlé , mais je sens que ça va être un thème récurrent par ici. 

croix rouge blog

Quand je suis à l’hosto, je suis catho. Pleinement. Je ne laisse pas Dieu à la porte, je passe la journée avec Lui. (Tout du moins j’essaie… Disons, des instants de journée). Il serait décevant de Lui donner ma vie, « sauf les heures où je travaille, parce que Tu comprends, là ce n’est pas possible, Tu n’es pas assez neutre et politiquement correct. Reste là, assis pas bougé, je Te récupère à 18h30 ». On nous répète avec raison qu’il faut soigner le malade et non la maladie, que le patient n’est pas qu’un corps… et l’on voudrait que le médecin ne soit qu’intelligence ? Je suis une jeune minette catholique, externe, légèrement névrosée mais gentille quand même, et il me faut tenir toutes ces dimensions ensemble, sans compartimenter ma vie. Certains appellent ça l’unité de vie, et il parait que c’est pas mal.

Bon, premier point, je reste croyante à l’hôpital. OK. Concrètement, ça veut dire quoi ?

***

Eh bien, il y a une personne avec qui je ne respecte pas le secret médical… Dieu. Je Lui confie mes patients, en Lui donnant les noms et tout. Ma prière est invisible, et pourtant c’est elle qui change tout. La prière, c’est un élancement du cœur devant un certificat de décès. Une dizaine de mots silencieux pour accompagner un bon d’examen diagnostique. Une famille portée dans ma prière du soir. Un sourire de remerciement pour une guérison. 10 secondes d’intériorité pour recevoir la force de rester aimable… Oh ! Je suis bien loin d’une vie imprégnée par la prière, et souvent j’oublie de parler à Dieu plusieurs heures durant ; mais Lui est là, et m’accompagne tout au long du jour.

(Et même, ça n’a rien à voir mais tant pis, souvent je prie dans la rue, même si c’est interdit. Mais je le fais en silence alors ça va).

***

Certains me disent que cela joue sur ma manière de soigner… J’espère bien ! J’espère et je prie pour que mon cœur de croyante transpire dans ma manière d’être, d’interagir, de regarder le monde (si tant est que des cardiomyocytes puissent transpirer, mais bref).  Pas pour faire du prosélytisme, pas pour répandre les idées sombres, obtuses et dangereuses qu’en bonne catholique rétrograde je véhicule, pas pour juger les gens à l’échelle de mes « valeurs ». D’abord je déteste le mot « valeurs ». Je ne crois pas en des valeurs, je crois en Dieu.

Non. Si mon cardiomyocyte se doit de transpirer, c’est pour aimer. Parce que ce Dieu en qui je crois, Il nous l’a dit : « Aimez-vous les uns les autres ». Alors pour vivre ma foi, il me faut aimer mes chefs, mes patients et leurs familles, la secrétaire, la dame de la cantine et le manip radio. Et tous les autres. Leur vouloir du bien, et voir en eux le bien. Et ben, punaise, souvent c’est difficile. Un sourire, un service rendu, un cours bossé, une oreille silencieuse, une parole de vérité, une bienveillance… De l’amour, quoi, je vais pas vous faire un cours là-dessus. Pour un exemple, j’ai un pote haut placé dans sa boite, il a appris le prénom de tous les employés, et il fait le tour des services chaque semaine. Par amour. Je sais pas vous, mais moi, ça m’épate.

Attention, hein. L’hôpital ne devient pas cuicui les ptits oiseaux, bienvenue à bisounoursland. Mes chefs restent mes chefs, les patients continuent de s’aigrir et leurs familles persistent à nous compliquer la tâche.  M’en fiche, moi j’essaie d’aimer gratuitement, sans retour sur investissement. Et puis, attention, hein (again): je ne prétends pas y arriver, je me donne pas en exemple, je vous parle de mon idéal de vie auquel j’aspire et dont je suis loin.

***

Pour cet idéal, il y a des choses que je ne veux pas faire. Je ne veux pas pratiquer ou assister à un avortement, qu’il s’agisse d’une interruption volontaire ou médicale de grossesse. Par amour pour cette vie qu’on élimine. Et par amour pour ces parents, ne pas les juger eux, mais compatir à leur souffrance. Et tout faire pour diminuer le nombre d’avortements.

Et même si une loi venait à passer, je ne pratiquerai pas non plus d’euthanasie. Soulager la douleur, trouver de nouveaux médocs, écouter la souffrance. Mais jamais, JAMAIS, se dire que la vie de l’autre ne mérite plus d’être vécue.

Bien sûr, parfois c’est difficile de ne pas juger. C’est compliqué de trouver la juste distance, de prendre du recul sur mon histoire personnelle, de faire murir mes idées. Mais ce n’est pas propre aux externes cathos, c’est le lot de chaque externe. C’est ça aussi, apprendre à être médecin. Tous, nous devons apprendre à être en relation avec des patients, des collègues, des chefs.

***

Et puis enfin, je porte une croix autour du cou. Et je n’ai pas honte de dire ma Foi, d’en parler à mes collègues, de témoigner de la joie qui m’habite. Ce n’est pas tabou, ce n’est pas une chose honteuse qui se cache. Croyants ou non, nous sommes tous habités par une soif de spiritualité, de transcendance, et de belles conversations peuvent surgir !

Je vous promets, ça ne changera pas mes ordonnances de Paracétamol.

 

 

Fausse couche, vraie vie

25 oct

Il n’y a pas grand-monde ce jour-là aux urgences, son arrivée me sort de ma léthargie.

« Bonjour Madame, veuillez me suivre. Vous pouvez vous asseoir… Alors, racontez-moi ce qui vous amène ? » 

Merde, elle fond en larmes. Mauvais signe.

Elle est enceinte, elle est venue une semaine plus tôt pour être sûre, même que l’écho était normale. Elle est pliée en quatre de douleurs. Elle saigne. Elle angoisse, elle n’ose pas prononcer le mot de fausse-couche. « Ça porterait malheur. Et puis, c’est peut-être des jumeaux qui étaient superposés à l’écho, ils n’avaient pas assez de place pour deux, alors l’un d’entre eux s’est sacrifié ? ». Bon, ça ne va pas être facile.

J’évoque les différents diagnostics possibles, et tente de dédramatiser une éventuelle fausse-couche ; c’est bien ce qui se profile à l’horizon. Non, ce ne serait pas de votre faute. Oui, vous pourriez avoir d’autres grossesses sans problèmes. Oui, c’est fréquent, environ une grossesse sur 5. Je ne sais pas trop si le message passe, au milieu de ses mouchements ( ?) assez sonores. En tout cas elle s’arrête de pleurer, alors je lui prends ses constantes et lui palpouille le ventre.

L’interne arrive, l’examen gynéco commence avec moi dans le rôle du médecin. Effectivement, ça pisse le sang. Je pose mon spéculum et découvre… un truc bizarre. Je sais pas, le col est gonflé, mais surtout, là au-milieu, c’est, euh, quoi ? Interne chérie ? Me dis pas que c’est… si ?

Du matériel trophoblastique.

L’interne me tend la pince, un petit pot, et je commence à tirer sur les tissus, bloqués au milieu du col. La patiente gémit, elle doit douiller méchamment. Et soudain, je l’ai. Au bout de ma pince, un bout d’embryon.

Petit pot. Étiquette. Je ne le pose pas dans la bannette, je veux le descendre moi-même au labo. Seule dans l’ascenseur, avec ce petit bocal. Avec ce petit bout d’être humain. Avec ce mort qui a vécu. Je suis un peu paralysée… Je dessine timidement une croix de bénédiction, puis récite un Notre-Père, en communion avec cette petite âme déjà plongée dans la Béatitude éternelle, déjà auprès de Lui.

Finalement… Je crois bien que c’est elle qui me bénit.  :’)

Marraine

19 oct

Je n’oublierai jamais cette patiente.

Motif d’hospitalisation : prise en charge palliative d’une patiente de 72 ans, dans un contexte de néoplasie pulmonaire avec métastases hépatiques et cérébrales. Bienvenue en soins pall’.

Je me rappelle de son nom, son visage, son rire, ses yeux lumineux. Son mari était décédé, ils n’avaient pas eu d’enfants. Elle était croyante, catholique, d’une foi profonde qui avait guidé sa vie. Chaque fois que nous allions la voir dans sa chambre, elle essayait de nous convertir… « Vous savez, je vais mourir, je suis si heureuse de Le rejoindre !»… « Vous savez,  faut pas avoir peur, Il m’a rendue heureuse toute ma vie, Il veut faire pareil avec vous ! »… « Vous avez lu la Bible ? Vous devriez ! ». Autant vous dire que je riais beaucoup sous cape ma blouse.

***

Elle n’avait qu’une visite : sa filleule qu’elle avait élevée, protégée, aimée. Elle lui avait transmis sa foi. Ces deux femmes vivaient dans une incroyable complicité de cœur. Elles avaient traversé bien des choses ensemble, ça se voyait. La filleule ne parlait pas de Dieu, mais de sa marraine : « vous savez, dans les contes, les marraines ce sont des fées… ben Marraine c’est pareil : ma bonne fée. »… « Marraine a eu une belle vie, elle a aimé tous ceux qui se sont trouvé sur son chemin »… « Marraine a tellement de chance de pouvoir être là, quelle bulle de paix dans l’hôpital ! ».

Il y avait aussi la fille de sa filleule, une petite puce d’une dizaine d’années. Elle avait l’air de trouver tout ça normal, l’hôpital, les soins pall’… Elle passait des heures à dessiner près de Marraine, à lui tenir la main, à jouer avec le chien du patient d’à côté. Elle ne parlait pas beaucoup, mais elle chantait des cantiques, avec sa frêle voix d’enfant.

 ***

Marraine est restée quelques jours avec nous. Venir la voir était un bonheur, elle avait toujours le sourire. Elle voyait son ange-gardien, on notait hallucinations dans le dossier médical. Elle était béate, on écrivait état d’euphorie persistant. Sacrées métastases cérébrales !

 ***

Et puis, elle est décédée. Les mains croisées sur sa poitrine, tenant son vieux crucifix de bois. Sa filleule lui caressait la main et égrenait un chapelet en silence. La petite fille chantonnait, on l’entendait du couloir.

Evenou shalom alerhem !
Evenou shalom alerhem !
Evenou shalom alerhem !
Evenou shalom alerhem !


Nous vous annonçons la paix,
Nous vous annonçons la paix,
Nous vous annonçons la paix,
Nous vous annonçons la paix, la paix, la paix de Jésus !

Nous vous annonçons la joie,
Nous vous annonçons la joie,
Nous vous annonçons la joie,
Nous vous annonçons la joie, la joie, la joie de Jésus !

Nous vous annonçons l’amour,
Nous vous annonçons l’amour,
Nous vous annonçons l’amour,
Nous vous annonçons l’amour, l’amour, l’amour de Jésus !

Nous vous annonçons la paix,
Nous vous annonçons la joie,
Nous vous annonçons l’amour,
Nous vous annonçons la paix, la joie, l’amour de Jésus !

Je suis catho, kesako ?

13 oct

Jeudi dans le (pas si) petit monde catho, a débuté l’année de la Foi. Du coup, y’a pas de raisons que vous n’en profitiez pas. C’est l’occasion d’en parler, surtout à vous, chers lecteurs athées (voire anticléricaux pour les plus vilains). 

Je suis catholique. Qu’est ce que ça veut dire ?

Je ne couche pas le premier soir

Je vote à droite

Je vote à gauche

Je ne vote pas

Je suis contre le mariage homosexuel

Je suis contre l’avortement

J’ai 23 Claire dans mon répertoire

Je suis sage

Je me brosse les dents 3 fois par jour

Je ne peux pas comprendre

C’est un peu ma faute pour le SIDA

J’écoute Glorious en boucle

Je fais de l’humour catho

J’ai un père spi (coucou mon père)

J’aide les gens

Je connais beaucoup de familles nombreuses

Je suis pour la paix dans le monde

Je crois en Dieu.

Croyez-moi, c’est déjà beaucoup.

 

Je crois que Dieu est trine, le Père (le vieux à la barbe), le Fils (Jésus), et le Saint-Esprit (la colombe). Trois personnes différentes, et si profondément unies dans l’amour qu’on ne peut les dissocier. (Je suis d’accord, ça m’occupe des heures entières à méditer là-dessus).

Je crois que Dieu a créé le monde et l’a donné à l’homme, par amour. Et cela était bon, harmonieux, splendide. A l’image de Dieu.

Je crois que l’homme (un peu aidé de la femme, faut l’admettre) a voulu faire bande à part, et devenir calife à la place du calife. Au lieu d’obéir par amour pour Dieu, il a désobéi par amour pour lui-même, par orgueil: c’est ce qu’on appelle le péché originel. Il s’est retrouvé bien embêté ensuite, soudain l’harmonie était rompue. Et Dieu a souffert de voir sa création entachée ; Il avait prévu le coup, bien sûr… mais avait préféré voir l’homme pécheur plutôt que privé de la liberté de pécher. (Notez l’Amour du bon Dieu pour nous).

Je crois que Dieu n’a pas lâché l’affaire, Il nous aime pas à moitié, Il s’est décidé à sauver l’humanité de son péché. Il a commencé par un peuple, parce qu’Il est pragmatique quand même. Va savoir pourquoi, Il a choisi les juifs. Abraham devait avoir une bonne tête, ou alors Il voulait du soleil… ça, c’est son mystère. Il a envoyé des prophètes à ce peuple (Moïse, Élie, et des centaines d’autres), Il leur a donné une Loi (les 10 Commandements), Il les a accompagné dans leur histoire… Le peuple juif écoutait, priait, apprenait à connaitre Dieu… puis s’en écartait. Ben ouais, même élus par Dieu, ils restaient des hommes.

Je crois que Dieu a alors mis le paquet : Il est venu lui-même sur terre. Il a grandi dans une famille normale (j’veux dire, à part sa mère vierge), il avait un boulot normal (charpentier), Il s’est chopé des coups de soleil et a tapé sur un bout de bois pour faire de la musique, comme tout un chacun. Il a annoncé la Bonne Nouvelle, à savoir le salut de l’humanité et la résurrection. Il a prêché la révolte de l’Amour parfait. Il a guéri les malades, Il a dépassé les clivages de son époque… Il a aimé. Étiqueté « fauteur de troubles », Il a été tué : Dieu s’est laissé crucifier par sa créature, et Il est mort. Rigidité cadavérique et tout. Vraiment mort, quoi. Et après… IL EST RESSUSCITÉ ! (Alléluia, Il est vraiment ressuscité! #réflexe #pardon) La mort est vaincue, le Mauvais est laminé à plates coutures. Oh, encore aujourd’hui il se déchaine, y a pas de doute ; justement, il sait qu’il a perdu. L’amour de Dieu vaincra, toujours.

Je crois que l’Esprit Saint a alors élargi son action pour atteindre le monde entier; que depuis 2012 ans, Il souffle dans le cœur de chaque homme, pour venir y vivre et en faire des saints, pour construire la Civilisation de l’amour ! Je crois que St Paul, St Louis, Ste Jeanne d’Arc, Ste Thérèse de Lisieux, Bienheureux Jean-Paul II, mère Térésa, les moines de Tibhirine et tous les autres (et ils sont nombreux) vivaient de cet Esprit, de cet Amour. Et que moi, Dopamine, je suis appelée à la même chose. Et ouais.

Sainte Dopamine, ça claque, non ?

Ps: je vous rassure, aucun des psychiatres de l’hosto ne veut m’interner pour l’instant. En même temps, y’a 2 milliard de personnes comme moi, y’aurait un sérieux manque de place. \o/

Ps 2: j’ai utilisé mes propres mots pour vous parler de ma foi, je ne saurais pas faire autrement… Si un catho passant par là voit des erreurs ou approximations, qu’il n’hésite pas! Merci :)

 

Il était une fois des premières fois, et puis une foi.

26 avr

Avant toute chose, ami lecteur, faut lire cet article en écoutant une chanson précise. Et comme la vidéo de cette chanson est parfaitement collector, je te propose de la regarder une première fois, puis de faire replay et de revenir ici pour lire avec le son.

Tu y apprendras entre autre que Bellatrix Lestrange ne sort pas de nulle part.

Que le mouvement « le changement c’est  maintenant »  n’est pas né en 2012, mais à 3min39 de cette vidéo.

Que le déboitement spontané d’épaule peut être perçu comme glamour.

Que y’a des gens, tu croirais qu’il faut les interner, mais en fait non. C’est de l’art, tu peux paaaas comprendre.

Et puis normalement, tu devrais bien rigoler. Allez, découvre cette petite merveille.

C’est bon, tu es revenu ? Tu as gardé le son ? Alors, je peux commencer mon article. L’avantage de cette introduction à la mord-moi-le-nœud que je t’ai fait, c’est que tu as compris le sujet (je mise sur le fait que tu es malin, ça me parait probable au vu de tes lectures).

On a tous des « premières fois » : le premier but en handball (jamais vécu pour ma part), la première cigarette, le premier vote, la première voiture, la première dernière-cigarette,  le premier tweet, le premier « oups, ça ira mieux avec la pièce jointe », le premier déambulateur… C’est plutôt bon signe : nous n’arrêtons pas de découvrir des nouveaux trucs.

À l’hôpital, c’est pareil. Pour devenir médecin, y’a tout un tas de « première fois » qui jalonnent le chemin. Laisse-moi te raconter les miennes.

Premier jour à l’hôpital. 17 ans, le concours tout juste en poche. Le chef de service me hurle dessus : "TROUVE MOI MARTINE, C’EST L’INFIRMIÈRE, BORDEL!". "Bienvenue à l’hosto, petite" aurait suffit.

Premier dextro. Je n’ai jamais fait, j’ai vu faire une fois. Rassembler le matériel : un pansement, la languette, le truc pour piquer, la machine… un monde à l’époque.

Première prise de sang. Une vieille dame qui geignait dès qu’on la touchait. Et je vous le donne en mille… elle avait un Parkinson. L’infirmière (Martine ?) a du s’asseoir sur son épaule pour arrêter le tremblement. Épique.

Premier bloc. Pose d’une PTH (prothèse totale de hanche). J’ai passé une demi-heure à ne surtout pas analyser la position de la jambe déboitée par rapport au reste du corps. Et ça fait bien 3 ans que j’essaie d’oublier le bruit de succion lors du « ré-emboitage » du fémur. Sluuurp.

Premier décès. En réa, un monsieur dans le coma, intubé et ventilé. Juste un corps que je lavais tous les matins, pour qui je préparais des perfs, à qui je faisais des dextros… Pfiout, un jour en arrivant, son nom n’était plus dans le tableau, et l’histoire était terminée. On ferme.

Première saloperie sentie sous mes doigts. En médecine polyvalente, un cancer du foie. J’avais l’impression de palper directement l’adversaire, de n’avoir plus rien entre lui et moi. Tu vas voir, sale crabe, à partir de maintenant, c’est fini la fiesta hépatique, j’appelle les flics. Euh, les oncologues.

Première (et unique) patiente qui meurt alors que je lui tiens la main. En soins palliatifs, évidemment. On avait appelé sa famille et ses enfants arrivaient, mais il était hors de question de la laisser seule en attendant. Je l’ai donc accompagnée pendant 20 minutes avant qu’elle ne décède… à la dernière dizaine de mon chapelet, que j’avais choisi glorieux : couronnement de Marie au Ciel.

Première garde. « Bonjour, j’ai des crampes aux cuisses. J’ai fait 3h de sport aujourd’hui alors c’est peut-être ça mais dans le doute je suis venu ». Les urgences, en vrai. Rendez-moi Docteur Carter.

Premiers points de suture. Une belle plaie du crâne sur un patient dur au mal. C’est un peu le rêve de tout externe : on n’a pas peur d’y aller franco ou de foirer la cicatrice. Malheureux les chauves, ils porteront des casquettes.

Premier TR (toucher rectal). Inoubliable. D’abord, j’en ai parlé dans un billet, et Internet n’enlève rien du gouffre intersidéral qu’est sa mémoire (mais que ça ne t’empêche pas de commenter, hein!). Puis ensuite, un TR, quoi ! Mon doigt, son rectum, le contact. Tout est dit.

À venir: premier plâtre, premier bloc en étant « habillée » (mais c’est pas ce que tu crois pour mes blocs précédents), premier toucher vaginal (c’est exactement ce que tu crois), premier massage cardiaque, premier gaz du sang RÉUSSI, premier sourire de la secrétaire de radio (vaste défi), premier accouchement, première échographie cardiaque comprise (va reconnaitre ta valve mitrale insuffisante et on en reparle), premier….

Ça fait un peu peur tous ces trucs, vais-je arriver à faire tout ça ? J’ai un sérieux doute sur le gaz du sang par exemple, vraiment. Mais au moins, je sais où je vais.

Avec Dieu, c’est un peu plus galère.

Je peux me projeter dans 10 ans comme remplaçante d’un médecin généraliste (pourquoi pas). Je serais bien incapable de dire ce que je vivrai à ce moment-là avec Dieu.

De une, Il adore les surprises.

De deux, tu saurais dire comment ta relation avec ton meilleur pote évoluera sur ces dix prochaines années, toi? Les amitiés se construisent à partir de la vie même, il n’y a pas d’étape obligatoire comme à l’hosto. Par exemple, j’ai un ami dont je n’ai même pas le numéro de téléphone. Pourtant, normalement, c’est quand même la base, non ?

Du coup, ça ne sert à rien de se projeter dans l’amitié. Encore moins dans celle avec Dieu : je l’ai dit, Il adore faire des surprises.

Le truc, je crois, c’est de vivre aujourd’hui avec Lui. C’est maintenant que l’on peut faire un pas en plus sur ce chemin d’amitié.

Euh… devant cet épisode aigu de kitscherie, je laisse la place à Saint Augustin – en tout cas ce dont ma mémoire en a retenu – pour conclure ce billet avec une citation qui donne le peps (je trouve).

« Avance sur ta route, car elle n’existe que par ta marche ».

Au pas camarade, au pas camarade, au pas, au pas, au pas.

Problèmes cardiaques, prostatiques et spirituels.

5 avr

Tadaaaaaam…

Voilà donc le nouvel article que tout le monde me demande! Bon, par "tout le monde", comprenez 3-4 personnes, mais je trouve chouette l’idée de la foule en délire, c’est mon côté « (potentielle) star de rock » qui ressort.

Depuis 15 minutes que je regarde ma page, il y a bien 20 milliards d’idées d’articles qui m’ont traversé l’esprit (vous aurez remarqué l’intensité du trafic, le périph’ parisien peut aller se rhabiller).

Côté catho, le carême, la semaine sainte, Pâques et la dernière homélie de mon curé préféré fourniraient de quoi remplir ce blog jusqu’à… longtemps. Coté hosto, c’est encore pire: partiels, co-externes, stage, patients, hôpital, ambiance, café, ascenseur, sans oublier… plein de trucs (oubliés, donc).

Et alors, allez savoir pourquoi, mais je ne suis pas très forte pour faire des choix. Vous le voyez, le billet bordel qui se profile à l’horizon ou pas ? Bon, évitons, et pour cela retournons aux fondamentaux. Je suis une catho à l’hosto, ok. Qu’est ce que ça veut dire ?

Ben, par exemple…

-aujourd’hui, Jeudi Saint. En termes de catho-importance, sur une échelle de 0 à 10, je dirais 9. La première messe, la première communion, l’Institution de l’Eucharistie et celle de la prêtrise… On ne fait pas les choses à moitié chez les cathos. Du coup, j’avais prévu de sortir de l’hôpital à 17h30 (c’est honnête) pour aller tranquille à la messe de 18h30, puis me faire un bon dîner en vue du bol de riz de demain et dormir tôt.

17h25, j’étais dans le timing.

17h26, l’infirmière vient me voir : M. Vive-Les-Imprévus a une douleur thoracique et euh… il respire bizarre.

17h27, je cours.

17h41, le tracé de l’ECG ne laisse aucun doute : M. Vive-Les-Imprévus s’offre un infarctus.

18h25, je sors de l’hôpital… Ce sera donc la messe de 20h.

-demain, Vendredi Saint, 15h. Jésus meurt sur la croix. Oh, comme j’aimerais passer ce moment dans une chapelle, plongée dans ce mystère improbable d’un Dieu qui meurt homme pour que les hommes renaissent à Dieu ! Mais là, tel que ça se profile à l’horizon, je serai en train de faire le TR de M. Prostate-A-Explorer. Moins glamour.

-les samedis de boulot. Mon interne compatissant me dit de prendre ceux où c’est lui qui est là, comme ça je ne viens pas et il ne dira rien au chef. Ça parait être un bon plan, non ? Simplement, mentir comme ça pendant des mois, ça sent le roussi pour la prochaine confession.

Parfois c’est donc difficile d’être une catho à l’hosto, de concilier ces deux parties de ma vie, sans tomber dans la si facile opposition: je suis catho, MAIS je suis à l’hosto. Je ne pourrais donc pas "bien vivre" mon Vendredi Saint, avec la concentration et la dévotion et le recueillement et tout et tout.

Et en fait, non. Stop, machine arrière.

Je suis catho ET je suis à l’hosto. Les deux parties ensemble, pas opposées mais enrichies mutuellement. Ça tombe sous le sens, mais c’est bon de se le redire de temps en temps.

Demain, quand Jésus sera étendu sur la Croix, j’aurai (peut-être) mon doigt dans un rectum. Et (sûrement) mon cœur au Golgotha.  Je suis une catho à l’hosto, quoi.

Quand il n’y a plus d’espoir, il reste l’Espérance.

21 fév

Depuis deux semaines, j’apprends beaucoup de mauvaises nouvelles. Décès, suicide, maladie, chômage. Une amie enceinte d’un enfant atteint de la trisomie 21. Un pote dont le père vient d’apprendre son cancer du poumon. Un père de famille viré de sa boite au retour des vacances. Une amie que l’on redécouvre anorexique.

Une série noire, comme on en fait peu.

Une amie me soutient que c’est le mois de février qui veut cela. Février et septembre seraient deux mois sombres. Ouverture des bouches de l’enfer, alignement des planètes, passage entre deux trous noirs, je ne sais pas. Toujours est-il qu’elle me le soutient mordicus, et je suis priée d’en croire sa longue expérience, 6 ans de plus que moi tout de même.

Bref. Ça se voit qu’elle ne bosse pas dans ce monde à part qu’est l’hôpital, parce que là-dedans, c’est un carnaval de mauvaises nouvelles, chaque jour que Dieu fait. Les pleurs et les grincements de dents, c’est par là que ça se passe.  Entre Mme F. qui allait rentrer chez elle mais dont l’état s’est aggravé la nuit dernière et qui est décédée ce matin, et Mme L. dont des nodules suspects ont été découverts au foie, en passant par le père de Mr M. qui est hospitalisé pour un AVC… Faut avoir le sourire bien accroché.

Mais comment peut-on gérer ça au quotidien ? Ce lot de souffrances nous contamine, nous affaiblit, nous salit si vite !

Alors mes profs, les médecins, mes co-externes, tous ces gens qui partagent cette difficulté, me disent les mots de distance, recul, autoprotection, barrière. Il faut se préserver, ne surtout pas trop s’investir, garder un œil extérieur. Et pas de compassion.  La compassion, c’est le maaaal.

Certes. Mais moi ça ne me suffit pas. L’anesthésie de fibre empathique, je sais pas bien faire (d’une manière générale d’ailleurs, l’anesthésie, ce n’est pas mon trip). Ou alors, il faudrait que ce soit permanent, parce que c’est exactement la même fibre qui s’allume quand je vois un clodo, un toxico, un désespéré, un mal-aimé, un con, un chômeur, un éconduit, un divorcé, un immigré, un émigré, un raciste, un misérable, un rejeté, un superbe, un… Ouais, vous l’avez compris, j’ai l’empathie facile.

Et du coup, c’est dur à vivre. Bordel, c’est quoi toute cette souffrance ?

Et je suis catholique. Et Dieu est Amour. Et franchement, Dieu, je ne comprends pas, moi. Tu es sérieusement en train de me demander d’être pleine d’Espérance ? Et même de témoigner de cette Espérance ? T’as pas bien vu l’état du monde, c’est pas possible. Tu sais que 2000 ans ont passé depuis la dernière fois,  faut que tu redescendes un coup, là, hein !

(Et ouais, je lui parle comme ça moi, au Seigneur, c’est parce qu’on est potes).

Et Il me répond, avec un sacré sens de l’à-propos (ce « sacré » étant globalement assez bien calé) :
« Heureux les pauvres de cœur : le Royaume des cieux est à eux.
Heureux les doux : ils auront la terre en partage.
Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés.
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés.
Heureux les miséricordieux : il leur sera fait miséricorde.
Heureux les cœurs purs : ils verront Dieu.
Heureux ceux qui font œuvre de paix: ils seront appelés fils de Dieu.
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le Royaume des cieux est à eux.
Heureux êtes-vous lorsque l’on vous insulte, que l’on vous persécute et que l’on dit faussement contre vous toute sorte de mal à cause de moi.
Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux; c’est ainsi en effet qu’on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés. »

Matthieu, 5, 1-12.

Ainsi, le Seigneur me donne des raisons d’espérer, de cette Espérance qui vient de Lui, que l’on peut demander dans la prière. Ce qui n’est pas toujours facile face à la souffrance,comme en témoigne Zabou.

Et comme Il est généreux et mauvais commercial, Il nous fait un pack : pour une vertu demandée, trois vertus données ! Ce sont la Foi, l’Espérance et la Charité, et cette offre exceptionnelle est valable… toute l’année.

Mauvais commercial, vous dis-je. Mais Bon Dieu.

La grâce du P1

4 fév

Il y a UN article qui est incontournable sur un blog médical. C’est celui traitant de la P1, la fameuse première année. Par exemple, Jaddo, qui est aux médecins ce que Koztoujours est aux cathos, en parle très bien ici ou . Et puis, il y a aussi Georges Zafran, Dr Milie, lui qui y consacre carrément tout son blog, pleins d’autres… IN-CON-TOUR-NA-BLE, vous disais-je. Un article récent du Monde, sur les élèves des prépas, me donne envie de m’y mettre, parce que bon, on les plaint on les plaint, mais médecine, c’est pareil, avec des pleurs et des grincements de dents, et je ne laisserai pas la palme du martyre m’échapper si facilement.
Dans ma petite fac, nous étions 700 à passer le concours, avec un numérus clausus de 120 places. En gros, 1 personne sur 6 décrochait le sésame. Bon, « fingers in the nose », quoi. Ceci dit, nous avions de la chance : à Marseille, c’est 1 sur 10.
Lorsque j‘y repense aujourd’hui, je ne sais pas comment j’ai réussi à vivre ça pendant un an. Je crois que je n’ai pas eu le choix, tout simplement. Nous sommes plongés dans un monde parallèle, la tête dans le guidon, sans avoir assez de recul pour voir l’absurdité des choses. Par exemple :
-je me suis levée à 7h tous les jours pendant un an, samedi et dimanche compris.
-j’ai appris à aimer le café. J’ai même découvert qu’il était beaucoup plus efficace d’avaler directement les grains de café.
-les jours où je me donnais le luxe de BOIRE mon café, je le faisais à la paille, pour pouvoir bosser ma chimie en même temps.
-une fois par semaine,  je me pointais devant l’amphi 1h30 avant le début du cours, pour réserver les places. Je n’ai jamais réussi à avoir le premier rang, mais j’ai collecté dans cette joyeuse bousculade de nombreux bleus et hématomes. L’année d’avant, une fille s’était fait fracturer le sternum.
-je pleurais tous les jours.
-j’utilisais un certain shampoing en P1. J’en ai racheté l’autre jour sans faire attention ; rien que l’odeur me fout une boule de stress dans le bide.
-j’ai commencé à vraiment fumer en P1, parce que ça m’obligeait à faire des pauses, mais pas trop longues. Un pote au contraire a arrêté pour gagner du temps de boulot.
-le prof a réussi à nous faire croire que le schéma de la vitamine B12 pouvait tomber au concours. Je l’ai donc appris par cœur, sans remettre en question l’utilité de la chose.
-lorsque je récitais mon cours d’anat’ et me trompais d’un mot, même si ce n’était qu’un adverbe ou un pronom, je reprenais tout depuis le début. A la fin du semestre, mon frère me demandait la page 27 de mon cahier d’anat et je lui récitais nickel. Aujourd’hui encore, en me forçant un peu, je pourrais vous dire que c’était la première page du chapitre sur la glande mammaire. Développée chez la femme, rudimentaire chez l’homme… Grand un, Origines histo-embryologiques. Oui, je pourrais.
-avec ma voisine de foyer, nous étions tellement en détresse émotionnelle  que nous ne regardions que des films niais: « Princesse malgré elle », « Dirty Dancing 2 », « la Fille du Président », …même le Roi Lion me faisait pleurer, et pas seulement la mort de Mufasa (pour laquelle c’est normal de verser une larme, nous sommes d’accord). Sauf que comme nous n’avions pas le temps pour tout le film, nous connaissions le minutage de nos moments préférés pour chaque film (globalement les scènes de bisous, quoi).
-lorsque je m’autorisais un second thé au goûter, c’était une mauvaise journée niveau boulot. Globalement, je travaillais 11h par jour, 13-14h pendant les révisions. Bon, sauf les jours de craquage complet où je me contentais de 6-8h.
-la dissection du mois de mars a été l’évènement le plus marquant de l’année.
Une année de fou, donc. Sans compter que j’y ai aussi  découvert l’esprit carabin :
-je suis devenue une pro des avions en papiers. J’ai hâte d’avoir des neveux/nièces pour leur montrer  comment ils ont une tante trop cool.
-j’ai hurlé « MORUE » à toutes les filles qui arrivaient en retard. J’ai une excuse : tout l’amphi le faisait. Je l’ai aussi hurlé à l’affreuse minette-de-droit-complètement-superficielle-qui-elle-avait-le-temps-de-se-maquiller-et-d’avoir-une-vie-sociale venue squatter notre B.U., qui s’est fait huer par 300 carabins de tout âge. Je repense à la scène, j’en ris encore.
-j’ai vu en un an plus de fesses qu’un fan de porno.
-mon esprit s’est déplacé. C’est bizarre, dit comme ça. N’empêche, j’ai parfois de grands moments de solitude quand je suis avec mes potes cathos pas carabins.
-malgré ma vie de merde, je n’enviais pas mes potes du lycée qui eux étaient à la fac : MOI, j’avais une faluche. Avec des insignes, et tout et tout.
-aujourd’hui encore, entendre le mot « concours » me donne envie de siffler  « ssssssssssssssélection ! ».
-il y a des paillardes qui me trottent encore dans la tête. Et comme je chante souvent sans faire attention… je vous ai parlé de mes moments de solitude? Le Curé de Camaret aux JMJ, par exemple, ce n’était pas le choix le plus judicieux.  

Vous savez le pire ? Parfois, tout ça, ça me manque. Parce que…
-je me suis fait des sacrés bons potes en P1. Typiquement, si un jour j’ai un cadavre à enterrer, c’est eux que j’appellerai. (Et pas mes potes cathos, avec eux j’vois d’ici le drame que ça ferait.)
-l’émulation permanente de l’intellect, c’est quand même autre chose que regarder à la chaine des épisodes de Gossip Girl. Bon, quand c’est apprendre par cœur la vitamine B12, c’est sûr que l’on peut se poser la question.
-passer 1h30 avec une pote à donner des surnoms cyniques à tous les gens et raconter tous les ragots de la fac, ça n’a pas de prix. Même si c’est entre 6h et 7h30, avant les cours.
-en P1, j’avais une très bonne excuse pour m’enfiler les pots de Nutella.
-être gagnante du concours (sssssssssssssélection) de longueur de poil, ça ne m’arrivera sans doute plus jamais. Vous trouvez ça gore ? Dites vous bien que s’épiler les jambes, c’est 30 minutes tous les 10 jours. Impensable.
Et puis surtout, c’est en P1 que ma mère a arrêté de m’imposer la messe le dimanche. Et que je me suis rendue compte que ça me manquait.

Béni sois-tu carillonneur, qui m’accroches à ta cloche !

24 jan

Dimanche dernier, d’une manière totalement non maitrisée, j’ai rencontré quelqu’un d’un peu fou.
Un chrétien indigné. (Déjà.)
Ecolo. (Pire.)
Amoureux des cloches. (Des cloches des églises, hein, pas des blondes, ou alors seulement des bières…mouhaha.) Le genre de rencontre que l’on ne fait que le dimanche, et encore, après la messe.

Il m’a parlé de sa passion ; des 8 tonnes de Marie, des 3 siècles d’existence d’Emmanuel  (je crois) ; du symbolisme du mi mineur  (je crois) ; de la manière de fondre les cloches en terre sacrée et de leur caractère sacramental; des travaux de rénovation des cloches de je-ne-sais-plus-où qui vont coûter un paquet. Et je crois bien qu’il aurait pu continuer longtemps si mon sens critique ne s’était pas mis en éveil : indigné, décroissant ET ok pour payer une fortune en cloches?

Il me semble qu’il y a plus pertinent à faire aujourd’hui, non ? Des gens meurent dans la rue, des vieux finissent seuls chez eux, des femmes sont battues, des enfants souffrent, des prostituées sont exploitées, des handicapés ne sortent jamais de chez eux, des malades ne sont pas soignés, il y a encore des lépreux, et bordel, même les chiens des clodos crèvent la dalle ! (Je sais, j’ai 21 ans, l’âge des ardentes révoltes… ca me passera sans doute, rassurez-vous.)
Alors, si l’Eglise ou ses donateurs ont de la thune à donner, pas pour des cloches, quoi !

Je disais.

Parce que le monsieur un peu fou, il m’a réexpliqué la vie  a sagement calmé ma fougue m’a répondu. Les cloches qui sonnent pour les messes et l’Angélus, c’est un des derniers liens que le français moyen a avec l’Eglise. C’est LE moment où il est « obligé » d’être conscient de la culture et des racines chrétiennes de son pays (quoiqu’en dise ce cher préambule, gnagnagnère). Et c’est précieux.

Bon, je reste sceptique à l’idée de dépenser autant d’argent pour entendre ding dong, et clairement je n’en ferai pas le combat de ma vie. En revanche, avoir conscience que d’autres s’investissent là-dedans, je trouve ça chouette. Savoir que d’autres dans l’Eglise s’engagent dans des thématiques que je ne soupçonnais même pas, et que chacun à notre place nous bossons pour Dieu et son Règne, moi ça me fait du bien à mon ptit coeur .
Un peu comme le pied qui galère à avancer dans la poussière, et à qui ca fait du bien de savoir que la main trime aussi pour tirer la charrette. (Comparaison absurde, je suis bien d’accord ; le pied ne peut pas SAVOIR _ ou alors il a un cerveau mais du coup çà devient un drôle de pied. Et puis tirer une CHARRETTE, sérieux ? Mon cerveau métaphoriphile me lâche, j’y peux rien. )

Et du coup, face à cette diversité dans les vies des chrétiens,  je m’exclame, et bruyamment encore… L’Église, c’est vraiment une mère super accueillante, et tous ensemble, nous formons un de ces Corps du Christ de la mort qui tue du feu de Dieu !

Jésus, sacré pêcheur !

21 jan

Dans l’évangile d’aujourd’hui  d’hier de jeudi dernier _ petit retard de publication_  Jésus, on le sent un peu débordé dans son taf. Imaginez-vous : le Christ en train d’annoncer le Royaume, de proclamer la Bonne Nouvelle… VS « tous ceux qui souffraient de quelque mal se précipitant sur lui pour le toucher » _ sans forcément prêter attention à ce qu’Il dit. Un joyeux bordel, donc, en tout cas, c’est comme ça que je m’imagine la scène.

Jésus va donc voir ses disciples, et leur dit: Houlà les gars, y’a trop de peuple, c’est le moment de se carapater sur le lac, au moins là-bas y’a pas le feu  « Tenez une barque à ma disposition pour que je ne  sois pas écrasé par la foule » (dit l’homme prudent qui va finir crucifié 3 ans plus tard).
Jésus monte dans une barque de pêcheur, donc.

Bon, ce n’est pas clairement écrit que ce n’était pas une barque de loisir, certes. Mais 1/ca m’arrange, 2/ils z’avaient pas que ça à foutre  3/la mer dans la culture juive, ce n’est pas leur grande pote. Donc une barque de pêcheurs, et si vous n’êtes pas d’accord ben c’est pareil.

Mise en marche de mon cerveau métaphoriphile.
Le pêcheur  / Jésus
lance son filet de pêche  / donne sa Parole
efficace   / efficace et agissante
pour attraper les poissons  /  pour nous attirer à Lui.
Le poisson pêché  / Le pécheur repenti
se fait manger  /  il y a une limite à toute comparaison
et devient le corps du pêcheur  /  devient le Corps du Christ.

Ainsi, ici, Pierre devient pêcheur d’hommes.
Ainsi, aux disciples qui sont fatigués, qui n’ont rien pêché de la nuit, qui se demandent comment ils vont payer leurs factures, Jésus demande de jeter le filet. Dans la confiance. Et bim, ça rate pas, plein de poissons. Ainsi, l’efficacité de la Parole de Dieu ne nous appartient pas ; en revanche, il nous revient de La proclamer. Y’a Nemo  et ses potes qui nous attendent.

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