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Spiritualité diabétique.

30 oct

Nous sommes tous des diabétiques spirituels. Et ben ouais.

Laissez-moi vous expliquer ma métaphore du jour, en commençant par vous résumer mon cours sur le diabète. (Oui parce que je suis super sympa, alors je vais vous éviter mes 200 pages de cours.)

Le diabète.

Facteurs de prédisposition génétiques et environnementaux.

Trouble du métabolisme du sucre, entrainant l’excès de ce dernier dans le sang.

Pas tant de retentissement à court terme de l’hyperglycémie sur le corps, mais plein de trucs tout pourris à long terme, notamment : altération de la vision, de la sensibilité, de l’équilibre, de la fonction cardiaque.

Traitement : hygiène de vie, antidiabétiques oraux, insuline.

Mesures associées : éducation du patient, association de malades, prise en charge à 100%.

Surveillance : A VIE.

Maintenant, j’ai besoin que vous croyiez momentanément en une aberration scientifique (en plus de celle déjà faite consistant à mélanger allègrement les deux formes de diabète). Faites-moi confiance, c’est pour la bonne cause, et puis ma prose aussi a le droit à sa liberté d’expression : admettons que le but, l’état sain, ce soit zéro sucre dans le sang. Oui, je sais, mais faites-le pour moi.

 

Vous y êtes ?

Vous êtes formidables.

Alors j’explique ma métaphore.

Le péché.

Facteurs de prédisposition génétiques et environnementaux.

Trouble du métabolisme des passions, entrainant l’obscurité intérieure.

Pas tant de retentissement à court terme du péché sur l’âme, mais plein de trucs tout pourris à long terme, notamment : altération de la vision, de la sensibilité, de l’équilibre, de la fonction cardiaque.

Traitement : hygiène de vie, prière, confession.

Mesures associées : éducation du patient, association de malades, prise en charge à 100%.

Surveillance : A VIE.

Mouhaha.

Mais n’empêche.

Premier point, les facteurs de prédisposition.

Le péché est dans nos gènes, personne n’en est exempt. Je vous vois agiter la main fébrilement, non je n’ai pas oublié sainte Marie, alias l’Immaculée Conception. Alors voilà, après l’aberration scientifique, voici l’aberration spirituelle : on oublie Marie. (Pardon, Marie). (T’avais qu’à pas flinguer ma métaphore, aussi).

Il y a aussi des facteurs de prédisposition environnementaux, certains ont appelé ça des structures de péché. Des endroits, des situations qui sont susceptibles d’entrainer au péché, de la même façon qu’une obésité favorise l’apparition d’un diabète. Par exemple, les casinos, les boîtes, les soirées médecine, l’exposition médiatique, la grande richesse… Le péché n’est bien sûr pas obligatoire, mais favorisé ; nuance importante qui me permet d’aller en boîte. (En vrai c’est pas vrai, je suis en sixième année de médecine, vous croyez sérieusement que j’ai une vie sociale ??!).

Deuxième point, le métabolisme des passions.

Sur ce coup, je me suis servi dans le Catéchisme de l’Église Catholique (CEC pour les intimes, même que ça fait cake et c’est rigolo).  

Les passions sont des composantes naturelles du psychisme humain (CEC 1764). En elles-mêmes, les passions ne sont ni bonnes ni mauvaises (CEC 1767). La volonté droite ordonne au bien et à la béatitude les mouvements sensibles qu’elle assume ; la volonté mauvaise succombe aux passions désordonnées et les exacerbe. Les émotions et sentiments peuvent être assumés dans les vertus, ou pervertis dans les vices. (CEC 1768)

Tout est dit.

Troisième point, le retentissement.

Pour ne rien vous cacher, c’est celui qui me satisfait le moins dans ma métaphore. Le péché a un retentissement immédiat, en fait. Par exemple, quand je mens, je trompe la personne en face et je blesse sa confiance et son amitié, je me sens mal et je culpabilise, et je me fais engueuler si la personne le découvre. Mais ce que je veux dire avec ce point, c’est que le péché est décidément sournois, car il évolue en partie à bas bruit. Si je mens tous les jours, viendra un jour où je ne saurai plus dire la vérité, et où le mensonge ne me paraitra plus mauvais, ma conscience étant obscurcie. Mes actes et mes paroles ne seront plus vrais, ne seront plus crédibles, mes amitiés seront blessées, je trahirai la confiance de tous.

Mouais, pas très cool comme programme.

Je  suis fan de ce bout-là de la métaphore alors je le répète : à long terme, tel le diabète, le péché peut entrainer altération de la vision (conscience obscurcie), de la sensibilité (dureté du cœur), de l’équilibre (ça complique la route), de la fonction cardiaque (l’amour, le vrai, le grand, le gratuit, le libre, l’inconditionnel, le divin).

Quatrième point : le traitement.

D’abord, l’hygiène de vie. Il s’agit d’éviter les endroits qui nous poussent au péché (personnellement, les boulangeries-confiseries), de favoriser les lieux qui nous poussent au bien (personnellement, les discussions avec ma coloc).

Puis la prière. Surtout la prière. « Veillez et priez, afin que vous ne tombiez pas dans la tentation; l’esprit est bien disposé, mais la chair est faible », comme disait l’Autre (Matthieu 26,41).

Enfin la confession. Je dirais que c’est l’équivalent d’un shoot d’insuline : pfiout, envolé le sucre péché ! Et plus on rencontre la Miséricorde du bon Dieu, plus on  supprime le péché, et plus la lumière grandit, et plus les complications sont maitrisées, et plus la compliance au traitement est forte, car le zéro péché est si bon à vivre ! Je m’étale pas trop, je vous ferai un billet spécial confession un jour. #PointTeasing

Cinquième point : les mesures associées.

Le diabétique doit être éduqué pour connaitre sa maladie, les facteurs aggravants, les complications, les situations d’urgence, la nécessité du traitement. Les associations de malades peuvent aider à se soutenir, à s’écouter, à se comprendre, à s’informer. Le traitement du diabète est pris en charge à 100% par la Sécu, rendant ainsi les soins de cette grave maladie chronique accessibles à tous.

Je vous laisse filer la métaphore :)

Sixième point : la surveillance A VIE.

Ben oui, puisqu’ après la mort, pour peu qu’on le veuille… nous serons DÉFINITIVEMENT sains,  ÉTERNELLEMENT saints ; la surveillance ne sera donc plus nécessaire ! \o/

***

Jolie transition pour finir ce billet : nous fêterons vendredi prochain la Toussaint, la fête de tous les saints… Pour que cette fête devienne vraiment votre fête, une seule solution : l’insuline la confession !

You can do it !

12 déc

L’avantage d’avoir un blog, c’est d’avoir le « tableau de bord » qui va avec. Ce truc me donne plein d’infos sur vous, de votre pays à votre adresse IP, en passant par le nombre d’articles lus. D’ailleurs, cher lecteur du Vatican, je t’embrasse ! (Avec un peu de chance c’est un beau garde-suisse; au pire c’est le pape, ça le fait aussi).

Je vois aussi les requêtes que vous avez tapées dans Google, un vrai recueil de perles ; peut-être que j’en ferai un jour une belle liste avec des commentaires rigolos. C’est un peu la tradition, nan ? Ceci dit,  je connais pas bien la Tradition. Private joke.

Cependant en ce moment, c’est plutôt triste: le concours P1 alias PACES se rapproche, et y’en a plusieurs qui craquent sévèrement : "concours pleurer ventre". "p1 en détresse demande soutien émotionnel de toute urgence :'( ". "Après le concours je m’épile et ce sera biennnnnnnnnnnnn". Et ma préférée: "Une p1 qui s’épile est une carré qui s’ignore".  Y’a même une personne qui a tapé: "Dopamine aide-moi j’en peux plus de la p1 c’est horrible!". (Qui que tu sois, je t’aime, et courage. Et j’en avais fait un tweet, et je pense que c’est donc toi qui réponds, toujours dans Google: "merci beaucoup dopamine je viens de voir ton tweet :)" ). Enfin, un comm laissé ce matin m’informe que le concours commence demain pour certains… Alors voilà, juste un article en forme d’encouragement.

***

Ne fais pas comme moi.

- Ne dors pas 3h par nuit en prenant des Guronsans à 22h, ça t’évitera de t’endormir en épreuve d’embryologie.

- N’oublie pas ta carte d’identité, ça rajoute du stress pour rien. Sérieux.

- Ne décale pas les cases dans ton QCM d’histologie. Pareil, gros stress inutile.

- Ne lis pas l’horoscope du jour, ça peut te pourrir le moral. Jour 1 : « ne vous retenez pas de pleurer, ça fait du bien ! » Jour 2 : « vous avez une mémoire de poisson rouge aujourd’hui ». Jour 3 : « de nouvelles perspectives professionnelles pourraient s’ouvrir prochainement ». CIMER.

- Ne cherche pas à consoler ta voisine de foyer. Un, ça te prendra 3 heures, temps ô combien précieux la veille de l’épreuve d’anatomie. Deux, elle est de toute façon inconsolable, elle a rendu copie blanche en Sciences Humaines et Sociales (SHS) alors qu’elle carre. (A., si tu me lis, bisous).

- Lis bien toutes les questions en épreuve de statistiques. Si le test truc doit être utilisé à la question 6, ce n’était a priori pas lui à la question 2. Sachant cela, tu éviteras de tout recommencer 10 minutes avant la fin de l’épreuve, rendant ensuite une copie à moitié raturée, à moitié illisible, avec des flèches et des astérisques renvoyant deux pages plus loin…  Je ne sais même pas comment le prof a accepté de corriger ce torchon.

- N’écoute pas les commentaires des autres à la sortie. Parce que le mec qui m’a fichu le stress de ma vie à me parler de trucs qui avaient l’air super brillants mais qui n’étaient pas dans ma copie, et ben il a pas eu le concours, lui. Pouet pouet. (Pardon, je régresse, mais il m’avait vraiment fait peur, ce con).

 ***

Ne fais pas comme d’autres.

- Ne rends pas copie blanche en SHS alors que tu carres. Un, tu sais forcément des trucs, ne te laisse pas avoir par le stress. Deux, tu vas pourrir la soirée de ta voisine de foyer la veille de l‘épreuve d’anatomie, et 6 ans plus tard elle en tremblera encore. (A., si tu me lis, sache que tu me dois une bière. Oui, 5 ans après).

- Ne prends pas 3 Guronsans ET 4 cafés, tu finiras aux urgences.

- Mets plusieurs réveils, demande aux gens de t’appeler, reste groupé avec qui tu veux : c’est trop stupide de rater une épreuve. Anecdote : une fille de ma fac s’est levée 10 minutes avant la fermeture des portes, elle est arrivée en pyjama et baskets, un stylo à la main. La classe.

- Si possible, ne va pas vomir de stress dans les toilettes avant l’épreuve. Oh! Personne ne se fichera de toi (les plus prévoyants l’ont fait chez eux). En revanche, tu risques de tomber dans les pommes, et là c’est nettement plus humiliant quand on te retrouve, évanoui couvert de vomi.

- N’éclate pas en fou-rire nerveux au milieu de l’épreuve de droit de la santé, en découvrant la question : « qu’est-ce que le droit de la santé ? (300 mots) ».  

- Ne fonds pas en larmes non plus, ceci dit. C’est hyper déconcentrant pour les voisins.

 ***

En revanche, tu as le droit de faire comme moi à la sortie : assiste à une magnifique veillée de prière. Va boire 2L de vin chaud au marché de Noël avec tes potes, et oublie toutes ces bêtises.

  ***

Bref, dis-toi bien que rien n’est jamais perdu. Regarde ce que j’ai fait ou ce qu’ont fait les autres… Nous l’avons TOUS eu. Même A. et sa copie blanche. Même l’affreux stresseur (bon, il a carré, certes). Même la fille aux urgences, elle est revenue à temps. Même le mec évanoui dans les toilettes. Même la minette en pyjama, qui a objectivement la palme de la grande classe carabine.

Alors, bon courage, et surtout bonne chance, c’est surtout de ça dont il est question après tout ce travail… Que l’Esprit de force, de sagesse et d’intelligence  soit avec toi !

(Et moi je vais bosser. En vrai, c’est encore pire, après. Bisous).

La grâce du P1

4 fév

Il y a UN article qui est incontournable sur un blog médical. C’est celui traitant de la P1, la fameuse première année. Par exemple, Jaddo, qui est aux médecins ce que Koztoujours est aux cathos, en parle très bien ici ou . Et puis, il y a aussi Georges Zafran, Dr Milie, lui qui y consacre carrément tout son blog, pleins d’autres… IN-CON-TOUR-NA-BLE, vous disais-je. Un article récent du Monde, sur les élèves des prépas, me donne envie de m’y mettre, parce que bon, on les plaint on les plaint, mais médecine, c’est pareil, avec des pleurs et des grincements de dents, et je ne laisserai pas la palme du martyre m’échapper si facilement.
Dans ma petite fac, nous étions 700 à passer le concours, avec un numérus clausus de 120 places. En gros, 1 personne sur 6 décrochait le sésame. Bon, « fingers in the nose », quoi. Ceci dit, nous avions de la chance : à Marseille, c’est 1 sur 10.
Lorsque j‘y repense aujourd’hui, je ne sais pas comment j’ai réussi à vivre ça pendant un an. Je crois que je n’ai pas eu le choix, tout simplement. Nous sommes plongés dans un monde parallèle, la tête dans le guidon, sans avoir assez de recul pour voir l’absurdité des choses. Par exemple :
-je me suis levée à 7h tous les jours pendant un an, samedi et dimanche compris.
-j’ai appris à aimer le café. J’ai même découvert qu’il était beaucoup plus efficace d’avaler directement les grains de café.
-les jours où je me donnais le luxe de BOIRE mon café, je le faisais à la paille, pour pouvoir bosser ma chimie en même temps.
-une fois par semaine,  je me pointais devant l’amphi 1h30 avant le début du cours, pour réserver les places. Je n’ai jamais réussi à avoir le premier rang, mais j’ai collecté dans cette joyeuse bousculade de nombreux bleus et hématomes. L’année d’avant, une fille s’était fait fracturer le sternum.
-je pleurais tous les jours.
-j’utilisais un certain shampoing en P1. J’en ai racheté l’autre jour sans faire attention ; rien que l’odeur me fout une boule de stress dans le bide.
-j’ai commencé à vraiment fumer en P1, parce que ça m’obligeait à faire des pauses, mais pas trop longues. Un pote au contraire a arrêté pour gagner du temps de boulot.
-le prof a réussi à nous faire croire que le schéma de la vitamine B12 pouvait tomber au concours. Je l’ai donc appris par cœur, sans remettre en question l’utilité de la chose.
-lorsque je récitais mon cours d’anat’ et me trompais d’un mot, même si ce n’était qu’un adverbe ou un pronom, je reprenais tout depuis le début. A la fin du semestre, mon frère me demandait la page 27 de mon cahier d’anat et je lui récitais nickel. Aujourd’hui encore, en me forçant un peu, je pourrais vous dire que c’était la première page du chapitre sur la glande mammaire. Développée chez la femme, rudimentaire chez l’homme… Grand un, Origines histo-embryologiques. Oui, je pourrais.
-avec ma voisine de foyer, nous étions tellement en détresse émotionnelle  que nous ne regardions que des films niais: « Princesse malgré elle », « Dirty Dancing 2 », « la Fille du Président », …même le Roi Lion me faisait pleurer, et pas seulement la mort de Mufasa (pour laquelle c’est normal de verser une larme, nous sommes d’accord). Sauf que comme nous n’avions pas le temps pour tout le film, nous connaissions le minutage de nos moments préférés pour chaque film (globalement les scènes de bisous, quoi).
-lorsque je m’autorisais un second thé au goûter, c’était une mauvaise journée niveau boulot. Globalement, je travaillais 11h par jour, 13-14h pendant les révisions. Bon, sauf les jours de craquage complet où je me contentais de 6-8h.
-la dissection du mois de mars a été l’évènement le plus marquant de l’année.
Une année de fou, donc. Sans compter que j’y ai aussi  découvert l’esprit carabin :
-je suis devenue une pro des avions en papiers. J’ai hâte d’avoir des neveux/nièces pour leur montrer  comment ils ont une tante trop cool.
-j’ai hurlé « MORUE » à toutes les filles qui arrivaient en retard. J’ai une excuse : tout l’amphi le faisait. Je l’ai aussi hurlé à l’affreuse minette-de-droit-complètement-superficielle-qui-elle-avait-le-temps-de-se-maquiller-et-d’avoir-une-vie-sociale venue squatter notre B.U., qui s’est fait huer par 300 carabins de tout âge. Je repense à la scène, j’en ris encore.
-j’ai vu en un an plus de fesses qu’un fan de porno.
-mon esprit s’est déplacé. C’est bizarre, dit comme ça. N’empêche, j’ai parfois de grands moments de solitude quand je suis avec mes potes cathos pas carabins.
-malgré ma vie de merde, je n’enviais pas mes potes du lycée qui eux étaient à la fac : MOI, j’avais une faluche. Avec des insignes, et tout et tout.
-aujourd’hui encore, entendre le mot « concours » me donne envie de siffler  « ssssssssssssssélection ! ».
-il y a des paillardes qui me trottent encore dans la tête. Et comme je chante souvent sans faire attention… je vous ai parlé de mes moments de solitude? Le Curé de Camaret aux JMJ, par exemple, ce n’était pas le choix le plus judicieux.  

Vous savez le pire ? Parfois, tout ça, ça me manque. Parce que…
-je me suis fait des sacrés bons potes en P1. Typiquement, si un jour j’ai un cadavre à enterrer, c’est eux que j’appellerai. (Et pas mes potes cathos, avec eux j’vois d’ici le drame que ça ferait.)
-l’émulation permanente de l’intellect, c’est quand même autre chose que regarder à la chaine des épisodes de Gossip Girl. Bon, quand c’est apprendre par cœur la vitamine B12, c’est sûr que l’on peut se poser la question.
-passer 1h30 avec une pote à donner des surnoms cyniques à tous les gens et raconter tous les ragots de la fac, ça n’a pas de prix. Même si c’est entre 6h et 7h30, avant les cours.
-en P1, j’avais une très bonne excuse pour m’enfiler les pots de Nutella.
-être gagnante du concours (sssssssssssssélection) de longueur de poil, ça ne m’arrivera sans doute plus jamais. Vous trouvez ça gore ? Dites vous bien que s’épiler les jambes, c’est 30 minutes tous les 10 jours. Impensable.
Et puis surtout, c’est en P1 que ma mère a arrêté de m’imposer la messe le dimanche. Et que je me suis rendue compte que ça me manquait.

N’ayons pas peur de… quoi?

12 oct

Depuis le mois de Septembre, j’ai l’immense joie d’être en DCEM2, soit la quatrième année de médecine. Je plonge donc dans le monde nouveau, tant attendu et pourtant peu réjouissant de l’externat. Maintenant je fais des gardes comme une grande. Je ne vais pas en cours, j’apprends dans des livres que j’ai achetés. Je n’ai plus une thune sur mon compte. De toute façon je ne sors plus, je bosse (hum). Et bientôt en stage, je remplirais des bons de radios comme une grande. Et le médecin ou l’interne SAURA qui je suis. Et tant pis si l’humanité s’en fout, pour moi c’est un grand pas.

Dans toutes ces nouveautés, il y a les « conf’ » (comprenez conférences ECN (comprenez Examen Classant National (comprenez concours de l’internat))). Les conf’, c’est donc un soir par semaine durant lequel je m’entraine à soigner des patients, ou tout du moins à ne pas les tuer (ça, c’est mon objectif du premier semestre, et c’est déjà beaucoup).

Lundi dernier, ma conf’ avait pour thème l’urologie : nous avons parlé torsion de testicule, éjaculation précoce et impuissance, en bref une soirée comme on les aime. Et j’ai appris un truc, bon en vrai plusieurs trucs, parce que c’est quand même l’enjeu de ces charmantes nocturnes à la fac, hein… Mais un truc en particulier :

C’est à cause des cathos que l’on trouve des éjaculateurs précoces. BAM. On savait qu’aller à l’église rendait obèse, mais alors celle-là, on l’avait pas vu venir ! Il faut dire qu’il n’y a pas eu une vraie étude américaine, aussi. Et bien en fait, pour être plus explicative _ et peut être un soupçon plus honnête par rapport aux propos exacts de mon prof, voici la logique : dans notre culture judéo-chrétienne, les ados ont peur de se faire surprendre en train de se masturber donc ils font ça vite, et donc voilà, ça donne des éjaculateurs précoces. CQFD.

Chers jeunes (hommes), n’ayez pas peur ! C’est un homme en blanc qui vous le dit.

Mais quelle vieille sangsue rétrograde, cette « culture judéo-chrétienne » ! On la retrouve partout, elle est de tous les débats. Étonnant, d’ailleurs, car enfin, ce n’est même pas une racine de l’Europe (je ferai une bonne « trolleuse », moi, tiens…). De la bioéthique au mariage gay, des jours fériés aux monuments historiques, de la vision de la politique à la conception de la justice, la culture judéo-chrétienne s’immisce partout, et ne laisse même pas les ados peinards, elle vient les pourchasser dans ce qui est pourtant l’acte solitaire par excellence. Et après, c’est les médecins qui doivent soigner les dégâts, alors merci bien, hein !

(Oui, d’ailleurs, j’y pense, merci bien, 22€ sont toujours bons à prendre ;-)  )

Il y a tant de choses autour de nous et en nous qui viennent de l’héritage judéo-chrétien qu’il devient difficile de savoir quoi exactement. Et pour une personne lambda (donc non catholique) en quête de liberté, je comprends que cela soit lourd à porter. Qu’elle ait envie de faire exploser toute cette « morale chrétienne ».

Face à la question de l’euthanasie, du mariage gay, et de toutes les interrogations actuelles, répondre « Dieu il serait pas content » et s’appuyer sur l’Évangile, ce n’est donc pas très adapté. En revanche, nous pouvons nous appuyer sur un raisonnement humain, une philosophie naturelle. Et là je commence à me dire que notre Créateur a quand même bien fait son boulot: il y a de bonnes raisons d’être contre l’euthanasie même si l’on n’est pas croyant. Et je crois que c’est là un bon défi pour les chrétiens d’aujourd’hui : retrouver par la morale humaine une justification des positions chrétiennes. D’abord pour nous, parce que nous sommes des hommes avant d’être des baptisés, et que nous nous devons d’être toujours en quête de la vérité.Puis pour que les non croyants puissent entendre notre discours, car aujourd’hui,  un argument basé sur la foi est nul et non avenu aux yeux du monde, et faut bien faire avec.

Mais cela ne doit pas être une auto-manipulation de l’intellect pour retomber sur nos pattes catholiques. Cette démarche exige donc une grande vérité envers soi-même, une remise en question parfois douloureuse de nos positions. Et l’acceptation d’être un peu perdu, parfois. Pourquoi au fond du fond du fond, suis-je contre l’euthanasie ? Ça peut faire peur, mais c’est un prix à payer pour être audible dans notre société contemporaine.

Et puis n’ayons pas peur, c’est un homme en blanc qui nous le dit.

C’était donc çà!

15 sept

Aujourd’hui, cours de gynécologie. Pas ce qui me fait le plus rêver, surtout juste après le déjeuner. Et bien j’ai bien fait d’y aller, d’abord parce que devoir d’état, tout ca tout ca, et ensuite et surtout pour l’histoire croustillante que j’y ai récolté.  La prof nous a décrit un tableau clinique très étrange : une femme vierge… enceinte. Le mari souffre de troubles de l’érection qui empêche la pénétration, d’où la virginité. Et bien faut croire que son sperme est très fécond, car le polichinelle est bien installé dans le tiroir, écho à l’appui. Ha, et je précise pour les blasés : la femme est effectivement vierge, hymen intact.

Mais accoucher sans connaitre d’homme (au sens biblique du terme), ça arrive à des gens très bien après tout. Enfin cette dame je ne sais pas, je ne la connais pas. Mais j’en connais une autre à qui c’est arrivé… Une femme TRES bien.

Ps: niveau mots clés, ce post cartonne.

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